“Vin” bleu corse : des perquisitions ont été effectuées la semaine dernière

Le feuilleton autour de la présence ou non de colorant dans la boisson dure depuis plusieurs mois / © FTViaStella
Le feuilleton autour de la présence ou non de colorant dans la boisson dure depuis plusieurs mois / © FTViaStella

Une enquête pour « pratiques commerciales trompeuses » a été ouverte il y a un mois à l'encontre de la société qui produit Imajyne, le « vin bleu » de Corse. En cause, des traces de colorants retrouvées dans la boisson.

Par Axelle Bouschon et Sébastien Bonifay avec AFP

Nouveau rebondissement dans l’affaire du vin Imajyne, cette boisson alcoolisée de couleur bleue produite en  Corse.

Colorant ou pas colorant ? Les analyses menées les frères Milanini, concepteurs de la boisson, et qu'ils nous avaient communiqué pour se défendre au début du mois de juillet, semblaient indiquer l’absence de produit ajouté pour donner sa teinte si particulière au « vin de la mer ».

Une version désormais remise en cause par le procureur d’Ajaccio, Eric Bouillard, qui a annoncé le 31 juillet dernier l'ouverture d'une enquête pour « pratiques commerciales trompeuses ». Des perquisitions ont eu lieu la semaine dernière, en Corse du Sud et en Haute-Corse.

Un scientifique, vraisemblablement un chimiste, qui aurait participé à la création de la boisson bleue, est également mis en cause par les enquêteurs. 

Interdit par la réglementation européenne


Des traces de colorants E133 avaient été retrouvées dans le breuvage. Un colorant qui aurait justement été acheté en 2017 par un ancien associé des producteurs du vin bleu, ajoute Eric Bouillard.

Un ajout sans danger pour la santé des consommateurs, affirme la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

Sauf que le vin, rappelle la DGCCRF, est « un produit obtenu exclusivement par la fermentation alcoolique, totale ou partielle, de raisins frais, foulés ou non, ou de moût de raisins ».

Et tout ajout « d’ingrédient qui ont une propriété colorante » est strictement interdit par la réglementation européenne.

 
 

« Cocktail aromatisé »


Avertis par les autorités, les producteurs de la boisson ont tenté de changer l’appellation du produit en « cocktail aromatisé ».

Proposition rejetée par le procureur d’Ajaccio : « pour qu’il s’agisse d’un cocktail, il faut que la boisson soit aromatisée ». Et la nouvelle version du produit ne contient justement pas d’aromatisant.

Plus problématique encore, pour cette nouvelle version, les frères Milanini ont fait usage d’un autre colorant, le E131 ou bleu patenté V.

Un pigment que l’on retrouve également dans les bonbons « Schtroumpfs » de Haribo, par exemple.
 

C'est du sel !


Un ajout qui serait nécessaire pour « stabiliser » la couleur de la boisson, susceptible au changement avec « la chaleur et le temps », affirme Sylvain Milanini.

« C’est un colorant sous forme de sel minéral. C’est du sel ! » se défend-t-il.
  

« Pas du vin »


Pour la DGCCRF, l’objectif premier reste d’avertir les consommateurs, qui pourraient être tentés par ce breuvage présenté comme un vin et vendu « très cher » (autour de 30 euros la bouteille), et qui n’est en réalité « pas du vin ».

Les producteurs de la boisson Imajyne ne comptent pas s’arrêter de sitôt pour autant : « lors de la prochaine cuvée, il n’y aura aucun colorant » promet Sylvain Milanini. Y compris ceux à base de « sels minéraux ».
 

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