Ouistreham ,"Ce n’est pas juste un film, c’est une cause" : 3 bonnes raisons d'aller voir le film avec Juliette Binoche

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Écrit par G.Louis, M. Lorillec
L'équipe de Ouistreham, au 74 ème festival du film de Cannes
L'équipe de Ouistreham, au 74 ème festival du film de Cannes © SEBASTIEN NOGIER / EPA

Y aller avec Juliette Binoche aurait été une bonne raison, c'est sûr... mais le casting du film, le scénario et l'implication de chacun vaut à lui seul le déplacement.

Ce n’est pas juste un film, c’est une cause. C’est la défense du métier d’agent d’entretien et la demande d’une meilleure considération.

Hélène Lambert, femme de ménage et actrice de Ouistreham.

Pour prendre conscience de la vie des "invisibles" qui nous entourent

Patricia Prieur a été "femme de ménage", "technicienne de surface", et aujourd'hui on l'appelle "agent d'entretien". Elle nettoie toujours les locaux de son entreprise mais depuis quelques années, elle a les mêmes horaires de travail que les autres salariés. "Maintenant on voit les petites mains qui travaillaient très très tôt le matin ou très tard le soir. Maintenant on a un visage, on a un sourire, et ça c'est la plus belle des récompenses"

Patricia commence désormais sa journée à 6 heures le matin et termine à 14 heures : une révolution opérée il y a sept ans dans son entreprise.  "Avant, je me levais tous les matins à 3h30, je commençais à 5 heures du matin et j'enchaînais site sur site pour finir à 19 heures. Je travaillais les samedis et les jours fériés. Avec une moyenne de 103 kilomètres parcourus par jour"

En lisant le livre de Florence Aubenas, je me suis dit que c'était vraiment un sujet important surtout vu les crises qu’on traverse.

Juliette Binoche

"Les plus démunis ont besoin d'être protégés et qu'on parle d'eux" précise Juliette Binoche, "qu''ils ne soient pas laissés au ban de la société, qu'ils soient soutenus". "Ces femmes courent à droite à gauche faire deux heures par-ci, une heure par-là, dans des conditions de froid ou d'épuisement, parce qu'elles doivent courir pour pouvoir accumuler des heures et survivre. Donc je pense que notre société doit les soutenir un peu plus, parce que c'est vraiment de la survie".

"Ces femmes m'ont appris le sens de la rigolade" explique Juliette Binoche, " Elles ont ce besoin de légèreté, de tout d'un coup être comme des bulles de champagne, d'avoir envie de s'éclater, ouais c'est vraiment le terme. De se serrer les coudes, de s'entraider, de rire et de de partager ces moments de chaleur pour oublier la solitude et puis parfois l'humiliation de ces métiers-là.  Elles aiment dire agents de la propreté plutôt que femme de ménage, je comprends parce que c'est l'idée d'une dignité, de faire les choses dignement et d'être respecté, ce qui n'est pas toujours le cas. J'espère en tous cas que ce film aidera certaines personnes à s'éduquer, entre guillemets, et à avoir un mot, un regard, une parole, qui fasse qu'on se réhumanise."

Parce que les actrices sont épatantes

"Choisir des acteurs non professionnels pour jouer ces rôles-là, pour moi c'était la meilleure façon d'aborder au plus près possible la réalité sur le sujet de ces invisibles" estime Juliette Binoche. "Quand je suis arrivée, elles ont été d'une manière générale très accueillantes et avec le besoin qu'on parle d'elles. Mais j'ai senti au cours du tournage qu'elles avaient une espèce d’enthousiasme de ferveur, l’envie de parler de leur réalité. Elles étaient beaucoup plus responsables que n'importe quel acteur qui aurait essayé de jouer leur rôle.

Ce naturel, c'est bien ce qui importait à Juliette Binoche : "mon envie réelle dans ce film" explique-t-elle "c'était que tout soit bien, et que tout soit vibrant, vrai, qu'elles sortent des choses d’elles-mêmes. D'être étonnée par elles finalement. Et c'est ce qui s'est passé avec chacune, différemment. Mais j'étais surprise par leur excitation d'être filmées et de parler d'elles, de ce qu'elle vivait dans la réalité"

Hélène Lambert partage l'affiche du film Ouistreham avec Juliette Binoche. "Je pense qu'ils m'ont pris à cause de mon regard" s'amuse-t-elle, "tout le monde pense que je suis pas aimable quand on me regarde..."

Dans le film, la personnalité des actrices est intégrée aux personnages par le réalisateur. "Il a été à l'écoute" explique Hélène, "je pense que, honnêtement, il n'aurait pas écouté notre avis sur le scénario, le film n'aurait pas été aussi bien, aussi vrai"

Emily Madeleine a travaillé sur le nettoyage des ferries quand elle était étudiante, avec Florence Aubenas à l'époque. La journaliste s'était faite embaucher sur ces bateaux (comme son personnage joué par Juliette Binoche) pour publier un livre mettant en lumière le difficile quotidien des femmes de ménage. Dix ans plus tard, Emily a elle aussi été embarquée dans l'aventure du film :

Juliette Binoche nous a dit fais-ca comme ça, où si tu stresses pense à ça, t'inquiète pas, occulte la caméra, fait comme si vraiment tu étais avec tes copines... et au final on a suivi son conseil tout le long du film et je pense que c'est pour ça qu'on nous a souvent dit à Cannes vous êtes sûres que vous l'avez jamais fait, parce que vous paraissez ultra naturelles, et je pense que c'est parce qu'on était naturelles pour le coup. On était vraiment nous-mêmes.

Emily

Le film a été tourné il y a deux ans. Depuis, ces femmes ont repris leur vie. Seule Patricia travaille. Les autres cherchent un emploi mais plus dans le monde de la propreté. 

C'est une adaptation libre du livre de Florence Aubenas

Le film est librement adapté du livre, aussi, même si vous l'avez lu, le film vous réserve quelques surprises.
"Le film est indépendant du livre" précise Juliette Binoche, "la structure même du film a été inventée par Emmanuel Carrère. D'abord je joue un écrivain et pas une journaliste c'est quand même différent et il a aussi adapté le scénario en fonction des personnes qu'il a choisies pour jouer ces rôles-là. Donc ce n’est pas tout à fait le livre mais c'est un film qui s'en inspire."

Florence Aubenas a-t-elle eu du mal à accorder sa confiance pour la réalisation du film ? Pour Juliette Binoche, "non, sa confiance a été donnée rapidement. Elle a demandé qu'Emmanuel Carrère soit celui qui adapte avec ses mots, parce qu'il y avait une admiration et une confiance aussi".   

"Je pense que le succès du livre n’a pas été facile pour elle, parce qu'elle a vécu ce rôle d'une femme de ménage. Elle a traversé le froid, les heures difficiles et les finances serrées, parce qu'elle a voulu se mettre vraiment dans les mêmes conditions qu'une femme quinquagénaire qui n’a plus de travail, divorcée et rejetée et qui n’a pas de diplôme."

"Donc elle s'est vraiment mise dans ces conditions-là" rappelle l'actrice "mais à la fin, le succès du livre a fait que gagner de l'argent, vivre avec ce décalage-là c'est peut-être une culpabilité aussi."

"Je pense qu'il devait y avoir une difficulté encore de voir perdurer ce succès-là, je ne sais pas, je pense que c'est dans cette zone-là, même si elle ne m’en n'a pas parlé directement.  "

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