Lesménils (54) : réunion publique d'ANTICOR

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Écrit par Eric Molodtzoff

L’association ANTICOR a été créée pour porter et transmettre la conviction que l’honnêteté en politique est un objectif démocratiquement raisonnable, même si quelques uns ont une approche dévoyée de leurs fonctions, et si beaucoup ne veulent pas s’attaquer à ces dérives.  

Autant dire qu’il a fait particulièrement chaud jeudi 23 octobre 2014 dans la salle des fêtes de Lesménils.

La petite commune sise juste à la limite des 2 départements de la Moselle et de la Meurthe et Moselle a accueilli une réunion publique organisée par l’ association Anticor sur la prise illégale d’intérêts et la corruption.

Parmi les intervenants : Séverine Tessier présidente d’Anticor, Eric Alt magistrat et vice-président, Gilbert Thiel ancien magistrat et adjoint au maire de Nancy, Pascal Bernard avocat des lanceurs d’alerte.

C’est Marcel Claude, président d'une association liée à un élu politique local.et responsable aujourd’hui d’Anticor Meurthe et Moselle qui ouvre le bal devant 80 personnes très très attentives.

Il rappelle et assume ses erreurs passées pour qu’elles servent à faire changer les choses.
Quelles choses ? Comme le définit l’ancien magistrat Gilbert Thiel : la corruption pour un élu consiste à échanger son pouvoir de décision contre un intérêt privé : de l’argent par exemple.

Séverine Tessier pointe ce paradoxe : Ce sont ceux qui définissent les règles qui les transgressent.

Eric Alt de son côté rappelle que la carrière des procureurs dépend du ministère de la Justice. Il faut pour que les affaires dénoncées ne soient pas enterrées séparer les pouvoirs et appelle à un rééquilibrage démocratique.

Il faut savoir que dans le cas d’une fraude fiscale avérée d’un élu c’est le ministre du budget qui décide ou non d’enclencher une procédure.
Il faut faire sauter ce verrou politique. Et le magistrat d’évoquer l’article du Canard Enchainé paru cette semaine où 60 élus seraient en délicatesse avec le fisc.
Cela va de la simple contestation à la fraude avérée…

Le vice-président d’ Anticor enfonce le clou : Les élus corrompus nous volent à nous citoyens notre capacité à définir ensemble notre destin commun national.

Avec la professionnalisation de la politique, le clientélisme et la réélection d’élus condamnés, le pacte démocratique se délite.

Anticor milite pour la limitation à deux mandats successifs.

Les marchés publics pèsent 150 milliards € par an. Le tout très mal contrôlé et donc ouvert à tous les abus. Un rapport sénatorial récent qualifie le processus de contrôle de : Passoire à géométrie variable. La porte ouverte  à toutes les malversations.

Noel Guérard le maire de Lesmenils intervient : attention au : «  Tous pourris  ». Pas d’amalgame avec les petits maires dont l’ engagement quotidien frise le bénévolat. Ils  sont nombreux à bien faire leur boulot.

Impossible de passer à côté de l’affaire Malick.
En 2009 cet entrepreneur en BTP aurait refusé de verser une somme d’argent à un élu lorrain connu en échange d’un marché public. Il dénonce cette pratique à la répression des fraudes. Depuis c’est la descente aux enfers.

L’ entrepreneur ruiné et anéanti par cette affaire, c’est sa femme Virginie qui témoigne :

"En août 2012 nous avons fait l’objet d’une tentative d’intrusion à notre domicile en plein jour, sans doute pour nous intimider.
Notre voiture a été volée sur un parking de supermarché et retrouvée calcinée ¾ d’heure plus tard à proximité de Woippy. Ce mois d’août, nous sommes partis en vacances pour les enfants et à notre retour nous avons trouvé notre maison complètement brûlée, plus de vêtements, plus de meubles, plus de souvenirs, une vie balayée, des enfants terrifiés et notre santé
".

Virginie Malick n’ira pas plus loin. Elle s’effondre en pleurs.

Maitre Pascal Bernard son avocat dénonce la lenteur de l’instruction : Pendant 8 ans 3 juges d’instruction qui ne connaissaient pas l’ affaire se sont succédés en reprenant chaque fois l’étude des 5 tomes de la procédure à zéro !


Séverine Tessier assure les époux Malick du soutien total d’ Anticor et demande une réelle protection juridique pour les lanceurs d’ alerte.
Au Etats-Unis, la loi les protège. Ils ne peuvent être licenciés s’ils dénoncent des malversations au sein de l’entreprise ou de l’administration qui les emploie.

Là-bas, une fois la corruption, la fraude ou la prise illégale d’intérêt avérée, il n’y a pas de transaction ou d’arrangement possible avec le fisc. Il faut régler toute la note. L’année dernière grâce aux lanceurs d’alerte le fisc américain a récupéré 14 milliards de dollars.

Maitre Bernard prend le relais : Si en tant qu’avocat ou magistrat je suis condamné je ne pourrai plus exercer ma fonction. Un élu condamné peut tout à fait se faire réélire ! ( A qui peut-il bien penser ?....) il faut empêcher cela !

Gilbert Thiel qui a eu à instruire dans les années 80 l’affaire des fausses factures de Toul temporise :

"Les excès d’une réglementation proliférante entraîne des erreurs involontaires pour les petits élus qui ne disposent pas d’un service juridique pour appuyer leurs décisions comme dans les grandes villes.La formation des élus est nécessaire.Par contre, la corruption qui consiste à échanger son pouvoir de décision contre de l’ argent ne demande pas de formation particulière pour s’en apercevoir !"

Nous lui laisserons le mot de la fin :

« La transparence oui mais la mise à poil non !  »

ndlr : Anticor pourrait bientôt être reconnue d’ utilité publique ce qui lui permettrait tout comme les associations environnementales ou de santé d’agir en justice.



ANTICOR : site officiel ICI