Bronchiolite : comment ne pas surcharger inutilement les urgences pédiatriques

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Alors que l'épidémie a démarré tôt et fort en Alsace comme dans la plupart des régions françaises, il ne faut pas se précipiter systématiquement à l'hôpital, sous tension. Voici les bons réflexes à avoir avant de vous y rendre.

Au standard de SOS médecins, dans le Bas-Rhin, les appels pour bronchiolite restent rares ces derniers jours, alors que Santé Publique France a placé la région au niveau d'alerte rouge dès la fin du mois d'octobre. "Les gens se sentent très vite inquiets face aux symptômes de la bronchiolite, qui touche surtout les nourrissons, explique-t-on du côté de l'association chargée d'assurer une permanence de soins et souvent appelée en urgence. Alors ils vont directement aux urgences pédiatriques."

Difficultés respiratoires, perte d'appétit, grande fatigue : les urgences, en effet, font face à un afflux de petits patients depuis le début de l'automne, en raison de la précocité et de la force de l'épidémie. L'an dernier, en pleine épidémie de Covid, les gestes barrières, mais aussi les épisodes de confinement ont évité à de nombreux enfants ces épisodes de maladies saisonnières. Alors cette année, elles reviennent en force, bronchiolite en tête.

"Sur les 37 lits de nos urgences pédiatriques, 10 sont pour le moment fermés pour cause de manque de personnel, explique-t-on au CHU de Strasbourg. Nous faisons face, avec un service en effet très sollicité, mais le Covid a épuisé les soignants..." Si du renfort est espéré grâce à l'arrivée de nouveaux internes en pédiatrie, la nécessité de limiter les passages aux urgences qui auraient pu être évités est réelle. 

Le docteur Yves Alambik, président du groupement des pédiatres du Bas-Rhin, nous donne ses conseils pour bien gérer le virus lorsqu'il atteint vos enfants.

L'épidémie vous surprend-elle et vous inquiète-t-elle?

"Elle surprend par sa précocité, car nous voyons habituellement arriver le virus responsable de la bronchiolite plutôt vers le 1er décembre. Là, dès le mois d'octobre, il y a eu des cas... De manière générale, toutes les maladies saisonnières, les rhino-pharyngites, les inflammations de la gorge, sont présentes, comme si on rattrapait deux saisons d'un coup : j'étais de garde le week-end dernier au Nouvel hôpital civil, pour le groupement des pédiatres du Bas-Rhin, et nous avons accueilli plus du double de patients par rapport au même week-end l'an dernier!

Mais déjà moins de bronchiolites, il semble que le pic était plutôt il y a une quinzaine de jours. Et nous avons su y faire face. Dans mon cabinet, deux-trois cas ont nécessité une hospitalisation."

Quels symptômes faut-il particulièrement surveiller?

"Lorsque les enfants sont atteints, il y a un freinage à l'expiration, qui montre la difficulté à respirer. Pour les cas les plus graves, chez les tout-petits, les nouveaux-nés, on constate également un pincement des ailes du nez. Ils gémissent, ce qui montre qu'ils souffrent en respirant. Il n'y a en général pas de fièvre, mais une vraie perte d'appétit, une très grande fatigue, le teint gris..."

A quel moment faut-il prendre la direction de l'hôpital?

"Le facteur-clé, c'est l'âge : en-dessous de six mois, on n'échappe rarement à l'hospitalisation... Il faut être très très prudent avec les nouveaux-nés, quand ils ont un mois, deux mois, il y a un vrai risque de décompression.

Au-dessus de six mois, ils supportent déjà mieux. On contrôle leur taux de saturation, la présence d'oxygène dans le sang et si elle reste au-dessus de 94%, il n'y a pas de raison d'aller à l'hôpital. On traite essentiellement par lavages de nez, on surélève l'enfant et on patiente 2-3 jours.

"Au-delà d'un an, il n'y a pas d'inquiétudes à avoir, les enfants luttent contre le virus. En-dessous de six mois, au contraire, il faut être très très prudent.

Dr Yves Alembik, président du groupement des pédiatres du Bas-Rhin

Enfin, au-delà d'un an, l'infection se mêle aux rhino-pharyngites, à une possible inflammation des bronches, de la gorge, qui provoquent d'ailleurs possiblement de la fièvre. Paradoxalement, la fièvre est presque "bon signe", puisqu'il y a lutte contre l'infection. Il ne faut pas s'inquiéter."

Doit-on encore avoir recours à la kiné respiratoire?

C'est une technique devenue très rare, on ne l'utilise quasiment plus car on s'est rendu compte qu'elle était inutile. Lorsque les toux sont sèches, et c'est la grande majorité des cas, ça ne sert à rien puisqu'il n'y a rien à expulser.

La kiné peut aider lorsqu'il y a des glaires, du mucus à expulser. Mais ces toux grasses interviennent plutôt lorsqu'il y a inflammation des bronches, à des âges où les enfants sont le plus souvent capables de tousser, donc d'expulser eux-mêmes les glaires. Il n 'y a guère que pour les enfants très fragiles, anciens prématurés par exemple, que nous faisons appel à des kinés, ceux qui ont vraiment l'habitude de cette pratique.