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Deux chercheuses alsaciennes récompensées par la Fondation L’Oréal et l’UNESCO

Delphine Geyer (à gauche) et Sarah Merkling ont reçu des bourses de 15000 et 20000 euros / © Fondation L’Oréal/Carl Diner
Delphine Geyer (à gauche) et Sarah Merkling ont reçu des bourses de 15000 et 20000 euros / © Fondation L’Oréal/Carl Diner

Deux jeunes scientifiques alsaciennes ont obtenu des bourses France L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la Science décernées par les membres de l’Académie des sciences, lors d’une cérémonie organisée le 8 octobre à Paris, au Palais de la découverte.

 

Par M.C.



La Fondation L’Oréal, en partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO, a remis lundi 8 octobre, dans le cadre de la semaine de la Fête de la Science, ses bourses France L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la Science. Les 30 boursières (20 doctorantes et 10 post-doctorantes), sélectionnées parmi près de 900 candidates pour leur excellence académique, se sont vues décerner une bourse de recherche pour les accompagner dans la suite de leur carrière et soutenir leurs travaux de recherche. Elles bénéficient également d’un programme de formation en leadership. Parmi elles figurent deux Alsaciennes, Sarah Merkling et Delphine Geyer.
 
Sarah Merkling / © Fondation L’Oréal | Carl Diner
Sarah Merkling / © Fondation L’Oréal | Carl Diner

Sarah Merkling, originaire de Kutzenhausen.​​​​​ Après avoir obtenu sa licence et son master à Strasbourg, elle a intégré l’Institut Pasteur. Aujourd’hui en post-doctorat, elle cherche à comprendre les interactions entre les moustiques vecteurs de maladies, et les virus qu’ils transmettent, comme ceux de la Dengue, Chikungunya, Zika, ou Fièvre Jaune. Elle a reçu une bourse d’un montant de 20 000 €. "Ne pas inclure les femmes en science, c’est se priver de la moitié des effectifs disponibles et se priver de tous les apports auxquels elles pourraient contribuer. Il est démontré que dans les domaines scientifiques, la diversité d’une équipe de recherche, au sens le plus large, est souvent une clé de succès" explique-t-elle. 
 
Delphine Geyer / © Fondation L’Oréal | Carl Diner
Delphine Geyer / © Fondation L’Oréal | Carl Diner

Delphine Geyer, qui a grandi à Wingen-sur-Moder, a réalisé une partie de ses études supérieures à Strasbourg. Elle est actuellement doctorante à l’Ecole Normale Supérieur de LYON et travaille sur la matière active. La jeune femme a reçu une bourse d’un montant de 15 000 €.

Quel est votre domaine de recherches ?

Des mouvements collectifs impressionnants sont observés à toutes les échelles du vivant chez les animaux qui s’organisent et se déplacent en très grand nombre de manière cohérente (colonies bactériennes, nuées d'oiseaux, foules humaines...). Ces mouvements sont mal compris et mal connus. Il n'existe pas de leader, de chef parmi ces groupes d'individus qui imposent une direction. Comment peuvent-ils émerger alors qu'aucun moyen de communication efficace n'existe entre les individus sur des échelles si étendues ? Pour y répondre, la matière active, domaine de recherche émergent depuis 1995, se propose d'utiliser les outils du physicien. En s'appuyant sur des principes physiques généraux (loi de conservation, théories hydrodynamiques...), elle vise à comprendre l'organisation collective du vivant. 

Que représente pour vous ce prix ?

Cette bourse est tout d'abord un grand honneur et une belle reconnaissance scientifique pour mon début de carrière. Ce prix récompense le sujet de recherche que j'ai mené durant ma première année de thèse. Etre distinguée par un jury de l'académie des sciences me conforte dans ma carrière, me donne confiance et de la légitimité. Du point de vue de l'aspect financier, cette bourse représente un énorme tremplin en début de carrière pour me valoriser et me mettre dans des conditions optimales de réussite (achat de matériel informatique, nouvelles collaborations internationales...). Mais cette bourse représente aussi et surtout une chance de m'investir plus pour l'image des femmes dans la science. Grâce aux projets de vulgarisation j'espère éveiller l'attrait et la curiosité scientifique chez les plus jeunes, mais également transmettre l'image de femmes actives dans la science et épanouies dans leur carrière. C'est la clé, je pense pour accélérer la féminisation des carrières scientifiques.
 
 
Pensez-vous qu’il est, encore aujourd’hui, toujours plus difficile de devenir chercheuse que chercheur ?
 
Je pense que la représentation de la société vis à vis des femmes a évolué et c'est une bonne chose. Malheureusement les chiffres parlent d'eux même: 36% de femmes en doctorat, 26% de femmes en écoles d’ingénieurs, 26% de femmes parmi les chercheurs ; en Europe, seulement 11 % des hautes fonctions académiques sont exercées par des femmes, et, au niveau mondial, moins de 3% de femmes parmi les Prix Nobel scientifiques… Donc oui c'est plus difficile... 

Pour quelles raisons ?

Pour moi, il s'agit aujourd'hui surtout d'un problème de représentation des femmes dans les domaines scientifiques. Beaucoup de jeunes filles ont de la curiosité et de l'intérêt pour les sciences. Mais en voyant que ce domaine est pour le moment, essentiellement masculin, elles ont peur de s'engager dans cette voie qui serait  « trop dure » ou ne leur serait « pas destinée ». C'est dommage, car elles se rabattent très souvent sur des carrières reliées aux sciences ou au domaine médicale mais bien moins qualifiées. Je pense donc qu'il est important en tant que femme et scientifique de communiquer et de renvoyer une image positive des femmes dans la science. Ce qui doit changer c'est la représentation que la société se fait des domaines scientifiques et aussi la pression sociale qui pèse sur les femmes avec l'idée que créer une famille et avoir une carrière accomplie sont incompatibles...

Dans votre parcours scientifique, avez-vous ressenti à un moment ou un autre une différence de traitement, un manque de considération, parce que vous êtes une femme ?

Malheureusement oui. Plus la voie se spécialise, moins on est nombreuse et plus la pression pèse. Et malheureusement ce n'est pas juste le fait d'être une minorité qui est le plus pesant, mais le fait de pouvoir assumer sa féminité tout en ne perdant pas de crédibilité scientifique. Lorsqu'on m'a annoncé dès mon premier oral blanc de physique dans le supérieur, à tout juste 18 ans que j'avais 2 points de plus que mes collègues masculins car « le physique remplace la physique », j'ai pris l’ampleur des embûches supplémentaires qui se dresseraient sur le chemin pour s'affirmer en tant que femme et scientifique... 

Comment faire pour établir une égalité hommes-femmes en science ?

Comme je l'ai mentionné ci-dessus, pour moi il est important d'agir auprès des jeunes générations. Il faut les sensibiliser à ces questions mais surtout leur donner des modèles féminins auxquels elles peuvent s'identifier. Ces modèles ne doivent pas être toutes des Marie Curie mais des femmes concrètes, que ces jeunes générations rencontrent. J'aimerais investir une partie de ma bourse pour monter des projets en collaborations avec des écoles primaires. Mon but sera d'agir avec la double casquette de femme et de scientifique. J'aimerais leur montrer qu'on peut faire de la science et éveiller leur curiosité mais qu'on peut aussi à coté et en même temps être une femme épanouie.

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