Economie : la Scop, un modèle d'entreprise à succès en Alsace avec vingt créations en cinq ans

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Écrit par Catherine Munsch
Société coopérative / Image d'illustration.
Société coopérative / Image d'illustration. © Christophe Morin / IP3 PRESS / MAXPPP

En cinq ans, une vingtaine de sociétés coopératives et participatives ont été créées en Alsace. En quoi se distinguent-elles des entreprises classiques et pourquoi certains ne jurent-il plus que par ce modèle? Témoignages.

Thomas Wasser est menuisier, il a rejoint une société coopérative du bâtiment (Cobâtir) en 2018. Deux raisons majeures l'ont poussé à entreprendre cette démarche. "J’aurais pu devenir auto-entrepreneur, mais j’ai préféré me faire épauler pour me lancer. Là, je suis accompagné au niveau administratif; nous avons trois personnes spécialisées en comptabilité et dans le domaine juridique, ce qui me permet à moi de me concentrer sur mon métier de menuisier."

La spécialité de cet artisan est la fabrication de petit mobilier et l'agencement intérieur. Pour lui, la Scop a un côté humain très agréable, mais aussi un autre atout majeur : le cumul des savoirs. "On a d'autres spécialistes à nos côtés, ce qui peut nous faire obtenir des chantiers plus grands."

Autre aspect relevé par cet artisan menuisier, l'intérêt grandissant des clients pour ce type d’entreprise. Le modèle économique n'est plus considéré comme une sous-entreprise, comme cela a pu être le cas au départ. Les Scop ne sont pas des associations, elles se soucient de leur chiffre d'affaire, comme toute société classique. Elles conjuguent donc efficacité économique et mode de travail coopératif. 

 

"Je déjà recommandé la Scop, parce que c'est plus sécurisant de ne pas être tout seul. Ce modèle rassure et ouvre des portes."

Thomas Wasser - Menuisier, membre d'une Scop

C'est quoi une Scop et pourquoi cet engouement ?  

 

Une Société coopérative et participative est une société de forme SA (Société anonyme), SARL (Société à responsabilité limité) ou SAS (Société par action simplifiée), dans laquelle le partage du profit est équitable. Les salariés sont les associés majoritaires et le pouvoir est exercé démocratiquement. C'est le principe de "un salarié égale une voix", quel que soit son statut, son ancienneté et le montant du capital investi. (Les salariés détiennent au moins 51 % du capital social et 65 % des droits de vote.) Le fonctionnement de la Scop est basé sur l'égalité entre salariés et la transparence des informations et stratégies. A la différence d'une entreprise traditionnelle, le dirigeant est élu par les salariés associés.

Il existe des variantes de sociétés coopératives comme la SCOP-CAE (Coopérative d'activité et d'emploi) qui permet aux entrepreneurs d'être salariés et entrepreneurs. Dans ce modèle, l'entrepreneur peut bénéficier d'un contrat d’appui au projet d’entreprise, grâce auquel il peut "tester" son entreprise, tout en bénéficiant du statut de demandeur d'emploi et donc de l'allocation chômage. 

Marie-Madeleine Maucourt, directrice de l'Union régionale des sociétés coopératives du Grand Est, a une expérience de trente ans dans le monde coopératif. Elle est à l'origine de nombreuses créations, reprises, transmissions, transformations de Scop et Scic (Société coopérative d’intérêt collectif). Elle a pu observer l'évolution de ce type d'entreprises : "Elles se développent et surtout elles sont prises au sérieux, à la hauteur de leurs ambitions. Il fut un temps on pensait qu'elles étaient vouées à l'échec. Or, de nombreuses entreprises ont passé le cap des quarante ans, comme Scop espace verts, Au Port'UnESGénie climatique de l'Est, ce qui prouve bien leur capacité à gérer une entreprise." De leur côté, les banques aussi ont évolué ; elles font davantage d'efforts et, en dehors des banques coopératives, les banquiers n'ont plus peur du statut juridique de la Scop. 

Du côté de l'Union régionale des sociétés coopératives du Grand Est, l'offre a également évolué, tout comme le regard des entreprises et  des salariés sur ses compétences. "Il y a trente ans, on était reçu un peu froidement, aujourd'hui, on nous considère comme n'importe quel partenaire qui sait trouver des solutions à la reprise ou transmission d'entreprise. Nous savons répondre aux porteurs de projets et les accompagner, tant dans l'ingénierie que sur le plan financier." Plutôt que de chercher systématiquement des repreneurs à l'extérieur d'une société, la solution pourrait-être cherchée d'abord à l'intérieur. C'est ce que propose l'URSCOP.

 

70.000 salariés de Scop en France, 4.000 dans le Grand Est 

Aujourd'hui, la SCOP ne fait plus peur. "Elle est même plutôt à la mode." précise Marie-Madeleine Maucourt, "beaucoup de gens cherchent du sens à ce qu'ils font, et ce modèle d'entreprise correspond à ce critère." Services, commerces, bâtiment... le regard sur la Scop change. En France, environ 70.000 personnes sont salariées et salariées-associés dans ces entreprises. Elles sont 4.000 dans le Grand Est, et 1.000 personnes ont rejoint ce type d'entreprises la dernière année. En Alsace, il y a eu vingt créations dans les cinq dernières années et sur le Grand Est, soixante-dix.

Ce mardi 23 novembre, l'URSCOP signe une convention avec l’Eurométropole de Strasbourg. Objectif : développer davantage de scop sur ses trente-trois communes, dans des secteurs précis, comme la rénovation énergétique, l'économie sociale et solidaire ou encore l'économie circulaire. Pour cela, une antenne de développement des Scop va être créée sur l'Eurométropole de Strasbourg, avec un budget de 180.000 euros pour 2021-22-23 et 24. C'est la première fois qu'une telle convention est signée avec un territoire.

 

 

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