Pénurie de bois de chauffage : «Cet hiver, il n’y en aura pas pour tout le monde»

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Écrit par Claire Peyrot .

Moins cher que le gaz et l'électricité, le chauffage au bois attire de nombreux particuliers. Mais trouver du bois de chauffage en Alsace relève de la mission impossible cette année. Les professionnels croulent sous la demande, et n'arrivent pas à y faire face.

"Chaque jour, je reçois 20 ou 30 appels de clients. Je ne sais plus comment faire ! Il y en a même un qui a suivi mon mari en livraison". Sylviane Iffland vend du bois de chauffage avec son mari à Rittershoffen (Bois de chauffage Heinrich), non loin de la frontière allemande, depuis 25 ans. Comme tous les professionnels du secteur, cette année, elle n’a plus rien à vendre ou presque. Selon elle, la demande est quatre fois supérieure à d’habitude. "Je n’accepte pas de nouvelles commandes depuis le mois de mai et je priorise mes clients habituels".

Même constat aux établissements Glad, situés à Wissembourg, dans le nord de l’Alsace. Face à la masse de sollicitations (50 à 60 appels par jour), l’entreprise a dû limiter l’accueil téléphonique au matin. "Sinon, notre secrétaire n’aurait pas pu faire autre chose de la journée", explique Christophe Glad, qui dirige la société. "C’est sûr, il y a des clients qui n’auront pas de bois de chauffage cet hiver" confirme ce professionnel, également président du groupement syndical des négociants en bois de chauffage d’Alsace.

La situation n’est pas nouvelle. Des tensions existaient déjà sur ce marché en 2021. Mais le phénomène a pris une ampleur sans précédent. Depuis la crise du Covid, incités par les aides financières de l’Etat ou des collectivités locales, de nombreux consommateurs se sont équipés en poêles à bois. Autant de nouveaux clients qui arrivent sur le marché. Alors que la production locale, elle, n’a pas augmenté.

Allumer un feu chez soi, en télétravail 

Les producteurs ont commencé l’année avec des stocks plus faibles que les années précédentes car les clients avaient beaucoup acheté de bois. "L’an dernier, on a chauffé longtemps dans la saison, jusqu’en mai", se souvient Sylviane Iffland. "Et puis, beaucoup de personnes sont en télétravail, ça donne envie d’allumer un feu chez soi".

La pression sur la demande s’est accentuée avec l’éclatement de la guerre en Ukraine et l’explosion des prix du gaz et de l’électricité qu’elle a provoquée, de nombreux particuliers se tournant vers le bois pour essayer de se chauffer à moindre coût. 

Pression du marché allemand

Outre-Rhin, les particuliers se sont rués sur le bois de chauffage car ils ont peur de manquer cet hiver. Avec pour conséquence immédiate une « flambée » des prix. "J’ai même entendu jusqu’à 200 euros le stère" s’étonne Sylviane Iffland. Alors les Allemands cherchent moins cher. Et se tournent facilement vers le marché alsacien (où le stère avoisine les 80-90 euros TTC livré), accentuant encore les tensions.

En France aussi le prix du bois de chauffage a augmenté. D’abord en raison de l’augmentation du prix de la matière brute. "Au printemps, il y a les enchères organisées par les communes et l’ONF. Là, il y a eu entre 30 et 35% de hausse", explique Jocelin Auffret. Cet entrepreneur vend du bois de chauffage depuis 2014 à Gerstheim.

Plus 7 euros le stère

Il faut ajouter les coûts de production. Car une fois les arbres achetés, les professionnels bucheronnent et font sécher les bûches. "Du bois, il y en a" relativise Christophe Glad. "C’est ce séchage qui prend du temps". Selon lui, (en fonction des conditions de conservation et de la météo), il faut un an à un an et demi pour faire sécher le bois de manière « naturelle ».

Les séchoirs réduisent ce délai à un mois. Mais la rapidité a un coût : les producteurs subissent eux aussi la hausse des coûts de l’énergie, qui se répercute sur le prix du bois qu’achètent les particuliers. "On a augmenté de 7 euros le stère" précise Sylviane Iffland.

Attention aux arnaques !

Profitant de la forte demande, des cybercriminels ont monté de faux sites internet, imitant ceux de professionnels existants, pour escroquer des clients. Cela est arrivé à Christophe Glad à Wissembourg. Des clients l’ont appelé pour lui demander où en était la livraison de leur commande, pour laquelle ils avaient payé un acompte sur internet. Or, cet entrepreneur ne pratique pas cette méthode de paiement. Une fois le virement effectué, le site internet, créé au Canada, n’existait plus.

Et quand ils sont réels, tous les professionnels du secteur ne se valent pas. Jocelyn Auffret met en garde ses clients : "Dans le contexte actuel, un tas d’acteurs vont se révéler ou s’improviser marchands de bois" prédit le producteur. "Il ne faut pas hésiter à aller voir le bois qu’on achète. Même si on n’a pas d’humidimètre, on peut facilement évaluer l’humidité d’une buche. Vous en entrechoquez deux, si ça sonne sourd, c’est qu’il y a de l’eau dedans. C’est facile à voir."

"Il faut revoir le mode de livraison" ajoute David Rozenfarb, de l’association Fibois, qui regroupe les acteurs de la filière dans le Grand Est. "Jusqu’à présent, on avait l’habitude de "rentrer le bois" en une seule fois, au début de l’hiver. A l’avenir, il faudra probablement accepter d’être livré en plusieurs fois, au fur et à mesure de la production." Et espérer que l'hiver soit doux.

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