Charleville-Mézières : le photographe Jean-Marie Lecomte réalise 100 portraits d’Ardennais

Jean-Marie Lecomte, natif de Charleville-Mézières, a photographié 100 Ardennais pour dresser, à travers ces images, un portrait des Ardennes. / © Jean-Marie Lecomte
Jean-Marie Lecomte, natif de Charleville-Mézières, a photographié 100 Ardennais pour dresser, à travers ces images, un portrait des Ardennes. / © Jean-Marie Lecomte

Dans les Ardennes, Jean-Marie Lecomte a tout de l’enfant du pays. Le photographe, dont l’atelier se trouve à Bouvellemont, a décidé de photographier 100 Ardennais. Des monsieur et madame Tout-le-monde qui, rassemblés au sein d’un album, dépeignent l’âme de ce territoire. 
 

Par Flore Caron

« Je voulais que ceux qui ne sont pas dans le livre se disent : "Eh oui ! C’est ça les Ardennes".» Il y a un an, le photographe Jean-Marie Lecomte, originaire de Charleville-Mézières a décidé de rassembler 100 portraits d’Ardennais. À l’intérieur de l’album, on y trouve des photos de ceux « dont on ne parle pas ». Des personnages qui, à eux tous, dressent un portrait des Ardennes. Ces gens, ce sont la vendeuse de lunettes de Charleville-Mézières, les vannières du marché de Rethel, l’aubergiste de Mazagran ou encore des enfants d’agriculteurs.

Barbu, cheveux longs attachés en arrière, Jean-Marie Lecomte attire immédiatement la sympathie. Sourire aux lèvres, affable, il émane de ce photographe une grande humanité. « J’aime les rencontres », dit-il, passionné. Car, oui, chaque portrait est avant tout le fruit d’une rencontre. Il passe facilement une demi-journée avec ses sujets.
 
Jean-Marie Lecomte a créé la maison d'édition Noires Terres en 2003 / © Flore Caron - France 3 Champagne-Ardenne
Jean-Marie Lecomte a créé la maison d'édition Noires Terres en 2003 / © Flore Caron - France 3 Champagne-Ardenne


Né à Charleville-Mézières, Jean-Marie Lecomte est un enfant du pays. Son atelier se trouve dans le village de Bouvellemont, dans l’ancienne ferme familiale. Dans le département, il connaît tout le monde et s’il ne connaît pas quelqu’un, il connaîtra sûrement une personne qui le connaît. Il faut dire qu’au fil du temps, le photographe a eu le temps de parcourir les Ardennes jusque dans ses moindres recoins et en retirer son essence. « Une région a un caractère qui se traduit par des paysages, des traditions, etc. Si vous rassemblez tout ça, vous avez une vue des Ardennes, raconte-t-il. Pour moi, ça aurait été un échec que le livre ne concerne que les gens qui y sont
 

Monsieur et madame Tout-le-monde

C’est dans les années 1990 que tout a commencé. Le photographe s’associe avec le Journal du pays d’Argonne et livre un portrait toutes les trois semaines. « Les lecteurs attendaient mon portrait parce que ça aurait très bien pu être eux », se souvient-il. En 2018, il décide de créer l’album Cent portraits ardennais, en piochant dans ceux qu’il avait déjà réalisés et en en photographiant de nouveaux. Et pourquoi 100 ? « Ça sonne bien, ça impressionne.» Les portraits sont donc ceux de monsieur et madame Tout-le-monde et Jean-Marie Lecomte pourrait passer des heures à raconter leurs histoires.

Je connais ce pays. J'ai appris qu'il avait une forte identité. Les gens sont fiers de leur département, 
- Jean-Marie Lecomte, photographe et éditeur de l'album Cent portraits ardenanais 


« Elle, c’est Madeleine Magonnet, l’aubergiste de Mazagran. » Sur la photo qu'il pointe du doigt, une vielle dame pose au premier plan, son châle sur les épaules et ses chaussons aux pieds devant l'auberge. Son chat regarde par la fenêtre. « Depuis, son auberge a été rasée », raconte le phtographe.  Dans l'album, il y a également Marcelle Desrousseaux, une fille du pays elle-aussi, qui maintenant travaille au CROUS à Reims et qui retourne souvent dans son village natal « parce qu’elle adore laver ses draps dans la fontaine ». Jean-Marie Lecomte y a aussi glissé une photo de ses neveux, qui, depuis leur plus jeune âge, rêvent de reprendre la ferme de leur père « Ils connaissent le nom de toutes les vaches », s’amuse le photographe. Certaines photos sont le fruit du hasard : « J’étais partie acheter des lunettes, se souvient-il. Et je suis sorti avec un portrait de la vendeuse. » Pour que le tableau soit complet, il a choisi d'intercaler dans l'album quelques photos de paysages de la région.
 

Renouer avec l’argentique

Les photos sont toutes prises à l’argentique. Dès l’arrivée du numérique dans les années 2000, le photographe a tout de suite compris l’impact que celle-ci allait avoir sur sa profession. Il ne s’est pas trompé : il voit des studios disparaître ainsi que des métiers. Lui-même s'est mis au numérique et le retour à cette technique lui confère beaucoup de plaisir : « Je trouve dans ces portraits une espèce de parenthèse où je renoue avec l’argentique ».
 

Jean-Marie Lecomte

Il noue aussi un lien spécial avec le modèle. « Je photographie les gens par le haut. Il y a une sorte de révérence », explique-t-il. Il s’installe entre eux et moi une sorte de cérémonial. » De ces portraits, Jean-Marie Lecomte a d'abord fait une exposition, à laquelle se sont rendus nombre de ses modèles. L'une d'entre-elle, la modiste, a lancé « Mon père va être fière de moi ». Pour le photographe « C'est fantastique ».
 

L'enfant du pays

« Les gens achètent des livres pour apprendre des choses.» C’est en partant de ce postulat que Jean-Marie Lecomte a créé sa maison d’édition Noires Terres en 2003 avec un objetcif : « Faire des livres de photos de la région. » Passionné par la Champagne-Ardenne, il voulait raconter son histoire avec une écriture simple et digeste. C’est pourquoi il aime s’entourer de journalistes ou d’écrivains qui, pour lui, ont une écriture plus légère que les historiens. Sorti en 2018, Cent portraits ardennais s'est vendu a environ 700 exemplaires à ce jour. 

Prochain objectif : réaliser un livre sur la géographie du territoire ardennais, en s’entourant des conseils d’un naturaliste. « C’est un département où, tous les 30 kilomètres, vous changez de paysage ». Le livre s’intitulera Les Ardennes plus que nature. Un projet qui s’inscrit dans l’air du temps puisque le photographe veut interpeller le grand public, montrer que « la nature c’est aussi un patrimoine ».
 

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