Atteint de la sclérose en plaques, l’explorateur et pilote Loïc Blaise alerte sur le réchauffement climatique

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Écrit par Maxime Clady
Loïc Blaise lors de l'expédition Polar Kid
Loïc Blaise lors de l'expédition Polar Kid © Life Odyssey

L'aviateur alsacien Loïc Blaise, atteint de la sclérose en plaques, explore les zones du globe les plus touchées par le réchauffement climatique. Il était l'invité de "Vous êtes formidables" : chaque jour une histoire positive, du lundi au vendredi à 9h05 sur France 3 Grand Est.

"On ne guérit pas dans un monde malade." Voilà le credo qui anime au quotidien Loïc Blaise, un homme déterminé à se battre à la fois contre la sclérose en plaques qui l'affaiblit peu à peu, et contre le réchauffement climatique.

Mordu d’aviation depuis ses 23 ans, c’est le 3 juillet 2012 à 34 ans que le pilote professionnel alsacien apprend qu’il est atteint de la sclérose en plaques. L'annonce pour ce battant amoureux de la vie fut difficile. "Je ne connaissais pas la sclérose en plaques, je l’ai découverte après. Mais tout ce que je voyais, c’est qu’on m’interdisait de voler du jour au lendemain; explique-t-il à Valérie Alexandre sur le plateau de Vous Êtes Formidables. Y’avait rien de pire pour moi que d’arrêter de voler. Tout le reste (la maladie), j’y songeais même pas vraiment, puis ensuite j’ai découvert ce que c’était, c’était compliqué aussi."

Malgré sa maladie, il s'est donné pour but d’éveiller les consciences pour rompre l'individualisme et prendre soin de son environnement. L'explorateur et aviateur garde les pieds sur terre et reste motivé à déployer son énergie pour agir, tant qu'il en est encore temps.

Rencontre avec un pilote atypique

Quand Loïc Blaise parle d’aviation, nous comprenons d'emblée qu'il n'y a pas plus prenant à ses yeux "L’aviation, ce n’est pas une passion. Pour moi c’est une façon d’être, c’est constitutif de qui je suis, de la façon dont je réfléchis, de la façon dont j’agis au jour le jour, c’est plus qu’une passion."

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune cyclique "Un jour on est bien, un jour on est au fond du trou." nous confie Loïc, qui ne renonce pas pour autant à se battre contre la maladie "Quand on se donne du mal et qu'on coupe les poisons, le gain est immédiat, on le sent sur notre santé." Pour lui, le lien entre le combat contre la maladie et pour la préservation de l'environnement est évident, lui rappelant l'impact positif du premier confinement de mars 2020 sur notre planète.

Pour les patients dans son cas, il ajoute de ne pas rester seul avec la maladie. "Souvent on se rend compte que les gens les plus bienveillants qui sont autour de nous, ont parfois du mal à comprendre cette maladie, parce que nous-mêmes on a du mal à la comprendre. Elle est cyclique. Il y a des jours où ça va super bien et des jours où on n’arrive pas à marcher. C'est difficile de faire comprendre ça aux gens qui t’aiment."

Et quand on le demande si c’est la maladie qui l'a poussé à faire de telles explorations, sa réponse est en demi-teinte : "Oui et non. C’est une maladie dégénérative, ça exacerbe le sentiment d’urgence. Sur les maladies auto-immunes, il y a aussi une grosse composante environnementale : on ne guérit pas dans un monde malade. Si le monde est de travers, on reste malade."

On ne guérit pas dans un monde malade.

Loïc Blaise

Ce parallèle entre la maladie et l'état de notre planète semble être inscrit dans l'ADN de l'explorateur alsacien. "La maladie m’a aidé à mettre le doigt sur l’urgence et cette nécessité absolue d'agir et de ne pas baisser les bras sur les problèmes de climat et de santé. Tout est tellement lié, on ne peut pas dissocier la santé d’un être humain de la santé de son environnement. […] À force de bousiller les écosystèmes, on se prend des retours de flammes phénoménaux. Après ce que j’ai vu en Sibérie et dans l’Arctique Américain, autant dire que le Covid c’est rien à côté de ce qui peut arriver dans les années qui viennent avec la fonte du permafrost."

Pour lui, l'enjeu de son engagement et de sa lutte est de "faire le maximum de ce qui m’est possible" tant qu'il en est encore possible. "Avec la sclérose en plaques, on perd quelque chose à chaque minute qui passe, parce que cette maladie attaque le cerveau et la colonne vertébrale. Et quand je regarde l’Arctique, je vois que chaque jour c’est la même histoire, on perd quelque chose aussi à cause du réchauffement climatique."

Avec la sclérose en plaques, on perd quelque chose à chaque minute qui passe […] Et quand je regarde l’arctique, je vois que chaque jour c’est la même histoire, on perd quelque chose aussi à cause du réchauffement climatique.

Loïc Blaise

L'expédition Polar Kid

Cette envie de se surpasser l'a poussé à partir en expédition en 2017 vers le Grand Nord de la Russie et les dernières forêts vierges d'Europe à bord de son hydravion Polar Kid pour établir un constat du réchauffement climatique. Cette mission a donné naissance au documentaire L’incroyable voyage de Polar Kid (réal. Mike Magidson), "Née d'une révolte contre la fatalité, l’isolement et la paralysie." Documentaire dont vous pouvez visionner des extraits commentés par Loïc Blaise dans le replay de l'émission Vous êtes formidables du 13 septembre.

Pour effectuer cette mission, Loïc a été accompagné par un copilote d'exception, Valeri Tokarev, une légende de l’aérospatial russe. "C’était incroyable, je n’en revenais pas […] dans la communauté des spationautes et des cosmonautes, il a son nom inscrit en lettres d’or. C'est un type extraordinaire et d'une culture tellement différente de la mienne."

Une mission en apparence compliquée qui l'est d'autant plus pour un malade de la sclérose en plaques. La phase de préparation fut d'ailleurs éprouvante "Quand j’ai commencé à changer de régime de vie, j’étais un jour sur deux en fauteuil roulant, il a fallu être strict, je me suis fait violence. Mais au bout de quelques mois j’étais sur mes deux jambes, j’étais costaud et trois ans plus tard j’ai fait le tour du cercle arctique et j’ai fait un truc que même des gens bien portant avaient jamais fait."

Mais malgré son impressionnante remise en forme, l'angoisse de vivre une rechute durant son expédition n'était pas écartée. "J’ai vécu dans la trouille pendant deux mois et j’ai eu des hauts et des bas pendant la mission. Quand je suis arrivé au détroit de Béring, je me suis effondré, j’y arrivais plus, j’ai mis une semaine avant de monter dans l’avion. […] Au Groenland le monde est vraiment plus grand que soi. […] Il y a eu des haut et des bas, mais finalement c’est ces "bas" qui font qu’à un moment, on savoure la victoire."

Nouveau départ en avril 2022

"On va au bout de ses rêves, mais surtout au bout de soi-même, on ne rêve pas de voir l’état de l’Arctique, on ne peut plus parler de rêve. Il n'y a qu'en se confrontant au réel et à la réalité de la maladie qu’on se découvre soi-même, et qu’on se rend compte qu’on a tellement plus de force que ce qu’on peut s’imaginer."

Un parcours jusqu'ici déjà hors du commun, et dont les prochains objectifs sont nombreux. "Je reste sur des choses très concrètes et atteignables, je crois beaucoup aux choses qui peuvent se faire à hauteur d’homme. J’essaie paradoxalement de garder les pieds sur terre." Il repartira en avril 2022 avec le réalisateur Mike Magidson pour fouler les dernières glaces de la baie d’Uummannaq et en mesurer l’impact sur la population locale. La même année devrait également paraître son livre La course contre la nuit (Robert Laffont) dont la date de sortie ne nous est pas encore précisée. Et enfin en 2023, l'équipage devrait à nouveau reprendre les airs mais avec cette fois-ci un ambitieux avion à zéro émission ("autant en production qu’en utilisation" nous précise Loïc Blaise), une prouesse qu'il ne s’imaginait pas lorsque le projet Polar Kid n'en était qu'à ses balbutiements, "On va de surprises en surprises". L’écart entre la théorie sur une carte et la réalité du terrain prête à rêver "C’est beau le réel, et il faut s’y confronter le plus possible. C’est à partir du réel qu’on peut trouver des solutions."

Si comme Loïc, vous souhaitez vous aussi partager votre formidable récit à l'antenne de France 3 Grand Est, n'hésitez pas à remplir le formulaire ci-dessous. "C'était génial de participer à l’émission, Valérie était absolument adorable, et en plus, je suis reparti avec des mirabelles, donc autant dire que j’étais ravi." Retrouvez chaque jour une nouvelle histoire positive, du lundi au vendredi dès 9h05 dans Vous êtes formidables sur France 3 Grand Est.

 

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