Aube : la culture du melon, le pari fou gagné par deux frères

Au mois d’août 2019, les Aubois amateurs de melons avaient découvert ce fruit cultivé chez eux, grâce aux frères Bodié, à Aubeterre, petit village situé à une vingtaine de minutes au nord de Troyes. Ils renouvellent l’expérience cette année.

Habituellement, les frères Bodié cultivent la courge en gros volume sur leur exploitation à Aubeterre, dans l'Aube. Mais en 2019, ils se sont lancés dans une petite production de melons 100 % aubois.
Habituellement, les frères Bodié cultivent la courge en gros volume sur leur exploitation à Aubeterre, dans l'Aube. Mais en 2019, ils se sont lancés dans une petite production de melons 100 % aubois. © Baptiste Bodié
Tout commence en 2018 lorsque Baptiste Bodié, un habitant de l'Aube, âgé de 33 ans, alors salarié dans un centre de remise en forme décide de rejoindre son frère Valentin, 34 ans, aux commandes de la ferme familiale, à Aubeterre. Titulaire d’un diplôme de commerce, Valentin Bodié a, lui aussi, tout laissé quelques années plus tôt. Il a mis à profit la formation agricole, prodiguée par son père depuis son plus jeune âge. Il a repris le flambeau, lors du départ en retraite de ce dernier. 
 
Les deux frères bien qu’ayant grandi dans le milieu agricole ont une vision de l’agriculture bien différente de leurs confrères et ils n’hésitent pas à tester de nouvelles choses. "Le premier test que nous avons décidé de lancer un an après mon arrivée, c’est le melon. Nous avons donc réquisitionné un demi-hectare de notre exploitation pour nos plants de melons. Tout le monde nous regardait de travers et se demandait si nous n’étions pas fous," raconte Baptise Bodié amusé. Et le pari fut tenu. Non seulement, les melons ont poussé, mais en plus, ils se sont vendus "comme des petits pains !" 
 

De nouvelles cultures dues au réchauffement climatique

"Nous avons décidé d’essayer cette culture car le réchauffement climatique se fait sentir chez nous également, depuis plusieurs années. Nous avons toujours beaucoup d’eau l’automne, hiver et même au printemps mais les étés sont très secs et chauds. Ce climat est propice à des cultures sudistes ou même tropicales. L’idée du melon nous est donc venue naturellement. Et nous avons un côté aventureux. Il fallait que l’on essaye," détaille le producteur. 

L’an dernier, la production était prête à être vendue à la mi-août, et jusqu’en septembre les Aubois se sont précipités à le ferme des Bodiés pour acheter au stand de vente directe qu’ils avaient exceptionnellement installé sur leur propriété. 

"Nous sommes sur un axe routier très passant, nous sommes donc très visibles. L’an dernier les clients se succédaient à notre stand. Ils étaient très curieux », explique Baptise Bodié, enthousiaste. « Tous les retours que nous avions sur nos produits étaient extrêmement positifs. On nous a beaucoup parlé du goût sucré. L’avantage d’avoir une petite production comme la nôtre et de la vente directe, c’est que nous cueillons à maturité. Nous n’avons pas à satisfaire les mêmes exigences que les productions de gros volumes du sud qui doivent cueillir plus tôt et dont les fruits peuvent manquer de saveur", ajoute-t-il.
 
Cette année, les frères Bodié se sont à nouveau lancés dans la production de melon, toujours sur un hectare et demi de leur exploitation. Mais ils ont décidé de rajouter d’autres fruits et légumes de saison qu’ils n’avaient pas pour habitude cultiver. Leur exploitation étant en premier lieu consacrée à la culture de gros volumes de pommes de terre, de courges, mais aussi de carottes et oignons bio.
 

Des pastèques en plus du melon ?

"Nous avions envie d’étendre notre production à d’autres produits dits de maraichage. Nous avons donc poursuivi la culture de melons, mais nous avons rajouté des courgettes, des concombres, des poivrons, des tomates, et plein d’autre légumes ainsi que quelques plans de pastèque," poursuit le producteur. 

Très optimistes concernant les plans de pastèque, autre innovation dans l’Aube, les frères Bodié ont décidé d’agrandir le simple stand qu’ils avaient mis en place pour vendre leur melon l’an dernier. Ensemble, ils ont arrangé l’ancien corps de ferme qu’avait réhabilité leur père pour vendre leur production en vente directe, mais aussi celle de leur collègue dont ils connaissent les méthodes de culture.
 

Notre but est de créer un vrai circuit court avec un service de qualité pour nos acheteurs.

Baptiste Bodié-Producteur



"Avec Valentin nous avons travaillé au contact de clients des années. Il était essentiel pour nous de recréer ce lien. Nous avons l’opportunité d’expliquer que nous cultivons sans traitements, tout comme beaucoup de producteurs avec qui nous avons décidé de rentrer en partenariat. Notre but est de créer un vrai circuit court avec un service de qualité pour nos acheteurs. Si certains produits nous manquent sur l’exploitation, nous voyant avec nos voisins pour vendre leur production.Nous ne voulions pas nous servir à Rungis où la traçabilité n’est pas optimum," raconte Baptiste Bodié. 

D’ici quelques semaines, le magasin des frères Bodié ouvrira ses portes sur leur exploitation. Un système de casier "drive" avec "beaucoup de choix en fruits et légumes" sera également mis en place pour les clients pressés ou ceux qui n’auraient pas nécessairement l’opportunité de s’arrêter aux horaires d’ouverture.
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