Alsace : Alélor, l’unique producteur de moutarde de la région, résiste à la pénurie mondiale de graines

Alors que la moutarde se raréfie sur les rayons des supermarchés, l’unique producteur alsacien résiste à la crise. L'entreprise Alélor, implantée à Mietesheim, est toujours en mesure de produire et de vendre ses produits malgré la pénurie de graines de moutarde.

Comment se fait-il qu'Alélor, le dernier fabriquant de moutarde d’Alsace, s’en sorte mieux que les autres en France ? Pourquoi cette PME de 19 salariés n’est pas à l’arrêt comme d’autres gros moutardiers français, dépendants des pays producteurs de graines, tel que le Canada, la Russie et l'Ukraine ?

Alélor, implantée à Mietesheim (Bas-Rhin) continue pour l’instant à produire ses 1.000 tonnes de moutarde annuelles, contrairement aux géants du secteur, à l'arrêt. En cause, une pénurie de graines de moutarde qui a démarré en fin d’année dernière. 

Alain Trautmann, le directeur d'Alélor confirme :"Aujourd’hui nous sommes dans une situation de pénurie de graines de moutarde au niveau mondial car le Canada a essuyé une lourde sécheresse l’année dernière, ce qui a valu 50% de récolte en moins."

A cela s'ajoute la guerre en Ukraine qui ne permet plus d'avoir accès aux graines de moutarde du pays.

Alélor résiste à la pénurie

Si Alélor peut poursuivre sa production, c’est grâce à la filière locale de graines de moutarde qu'elle a mise en place il y a quinze ans. Dans le Bas-Rhin, une quinzaine d’agriculteurs produisent des graines de moutarde jaunes, celles utilisées spécifiquement pour la moutarde douce, la spécialité de l'entreprise alsacienne.

Alain Trautmann précise que "sur le marché il existe deux types de graines, la jaune et la brune. Elles permettent de faire soit de la moutarde douce soit de la moutarde forte." 

Cette filière locale de graines de moutarde jaune couvre aujourd’hui 60% des besoins d'Alélor et permet pour l’instant d’éviter les ruptures de stock. Et l’objectif, c’est d’augmenter chaque année la production.

"L’idée c’est d’être moins dépendant des graines qui viennent des pays étrangers et donc de plus en plus autonome sur la matière première. Chaque année, on essaye d’augmenter les quantités pour réellement être autosuffisant sur la graine locale", explique Alain Trautmann.

Le dirigeant confirme qu'il a des demandes de toute la France pour compenser cette pénurie mondiale. Des distributeurs français tentent aussi de lui acheter des moutardes plutôt traditionnelles. "Nous essayons de répondre à des marchés qui sont à notre portée en termes de volumes. Mais nous avons opté pour ne mettre aucun client en rupture et on continue à livrer notre marché existant en Alsace-Lorraine."

Flambée des prix

Conséquence de cette pénurie de graines de moutarde démarrée en décembre dernier, une flambée des prix que subit aussi de plein fouet la société Alélor. Alain Trautmann précise "qu'entre fin 2021 et aujourd’hui, le prix prend 1000 euros chaque mois. Donc on est parti sur un prix de graine à 1 l’année et on est à un facteur de 5 aujourd’hui. Donc elle a été multipliée par 5, ça devient compliqué en termes de prix de revient. Mais on essaye de continuer à produire. On arrive encore à se fournir en graines sur le marché. On ne veut pas mettre de clients en pénurie."

Une visibilité à très court terme, jusqu’à la prochaine récolte cet été. Alain Trautmann veut rester confiant sur sa propre production : "Nous on espère fabriquer tout au long de l’année 2022 et les suivantes, forts de notre incrémentation de moutarde alsacienne et vinaigre local."

Pas encore de pénurie mais une augmentation des prix à prévoir. Le directeur d’Alélor doit en discuter avec ses partenaires au mois de juin. De quoi gâcher un peu la fête pour les barbecues estivaux.