Bas-Rhin : atteints de troubles psychiques, ils vont vivre pour la première fois de façon autonome

Début novembre, dans un petit immeuble tout juste sorti de terre à Schiltigheim, 23 studios vont accueillir des personnes atteintes de maladies psychiques. Pour beaucoup, c'est un premier pas vers l'indépendance.

Une nouvelle vie va commencer au début de ce mois de novembre pour vingt-trois jeunes hommes et jeunes femmes, dans une résidence d'accueil à Schiltigheim. Particularité, ils sont tous atteints de troubles psychiques.

A l'origine de la démarche, la fondation Vincent de Paul de Strasbourg. La nouvelle structure de vingt-trois studios est inspirée de l'expérience de l'association Espoir 67 à Sarre-Union, en Alsace Bossue. 

"La Résidence Accueil est une pension de famille qui accueille, sans condition de durée, des personnes seules ou des couples dont la situation sociale et la maladie psychique rendent difficile l’accès à un logement ordinaire." explique Marie Chemkhi, chef de service du secteur solidarité à la fondation Vincent de Paul. "La personne y trouve un logement dans un cadre de vie à taille humaine, dans une « atmosphère familiale », elle y bénéficie d’un suivi renforcé par les services de psychiatrie du secteur. Les personnes orientées vers l’établissement sont suffisamment stabilisées pour respecter et bénéficier des règles de vie collective et vivre en logement autonome."

Selon l'Organisation mondiale pour la santé, vivre dans un logement où l'on se sent bien et en sécurité, fait partie des éléments essentiels pour se sentir bien dans la vie. Mais jusqu'à présent, le logement individuel n'était pas proposé aux personnes en souffrance mentale. Les hôpitaux psychiatriques ne les accueillent pas sur le long terme et les bailleurs sociaux ne s’adressent à elles. Elles devaient donc rester chez leurs parents ou dans des structures collectives, pas toujours adaptées à leur situation. C'est donc une innovation de taille. 

"Pour mon appartement, je suis un peu euphorique et anxieuse à la fois »

Tiffany Sampaio, bénéficiaire d'un des 23 studios de Schiltigheim

Avec l'ouverture de ces nouveaux logements, vingt-trois personnes souffrant de schizophrénie, de troubles bipolaires, d'addictions, de dépression ou de troubles obsessionnels compulsifs, vont avoir leur chez soi pour la première fois. Parmi elles, Tiffany, 32 ans. Pour elle, c'est un grand saut dans l'inconnu, "Je suis un peu anxieuse et euphorique à la fois, car je vais prendre mon envol." dit elle, "ça permet une certaine forme de liberté, on sera chacun chez soi, sans être vraiment seul."

Faire ses courses, le ménage, gérer ses finances : un défi 

L'installation des résidents est prévue début novembre. "C’est la première fois que je quitte mes parents. Il va falloir décider et faire les choses seule." réalise Tiffany. "Pour la cuisine et les courses ça ira, je sais faire, mais pour le ménage, je ferai appel à ma maman. Elle est ma pierre précieuse. Et pour le déménagement, mes deux parents vont m'aider."

Il lui faudra aussi gérer son budget. Elle est consciente de la difficulté que cela peut représenter pour elle : "De par ma maladie, je peux avoir des accès d'achats compulsifs." Pour payer son loyer mensuel de 475 euros, elle dispose de son allocation d'adulte handicapée et de l'APL (aide personnelle au logement). Il lui faudra assurer les 150 euros restants, donc pas droit à l'erreur de gestion. 

Tiffany qui a des difficultés à se déplacer, est rassurée car installée au rez-de-chaussée, comme toutes les personnes à mobilité réduite. "Ce qui m'inquiète un peu, c'est de côtoyer d'autres personnes atteintes de troubles plus lourds que moi." Mais elle sait aussi qu'elle pourra s'adresser au personnel encadrant appelés "les hôtes". 

Un logement collectif et non un établissement médico-social

Les hôtes gèrent l’organisation de la résidence d'accueil. Ils assurent aux résidents un suivi de leur situation individuelle selon les besoins, à travers des accompagnements pour certaines démarches ou rendez-vous, et des visites à domicile pour soutenir la gestion quotidienne de leur logement.

"Les résidents bénéficient de services à domicile selon leurs besoins : infirmier à domicile, auxiliaire de vie, aide-ménagère, portage de repas..." précise Marie Chemkhi, "Ils bénéficient d’un accompagnement quotidien avec la présence de deux hôtes d’accueil, des travailleurs sociaux. Les soins nécessaires continuent d’être organisés à l’extérieur, auprès du service médical compétent. Il n’y a pas de présence d'encadrants la nuit et les hôtes assurent deux week-ends par mois. Une astreinte téléphonique des chefs de services du site est assurée les soirées et nuits ainsi que les week-ends non couverts par la présence des hôtes. Il s’agit d’une offre de logement en collectif et non d’un établissement médico-social", insiste la responsable du service Solidarité.

"La présence des hôtes garantit un cadre sécurisant aux résidents, leur permettant de ne pas se sentir isolés." 

Marie Khemkhi

Cheffe de service-secteur solidarité-Fondation Vincent de Paul

La nouvelle résidence est un petit immeuble de logements à loyers modérés, associés à des parties communes partagées. Il y aura des activités communes, dans deux espaces collectifs, une cuisine et un salon. 

Dans les studios tout équipés, les bénéficiaires n'auront qu'à apporter leur vaisselle, leur linge de maison et de toilette, et leurs idées de décoration. "Pour moi, ce sera selon les saisons. J'ai déjà acheté un calendrier de l'Avent pour les quatre semaines avant Noël, et comme ce sera d'abord Halloween, j'ai acheté des ampoules et des bougies comme déco", raconte Tiffany.

En attendant, la jeune femme pense surtout à un nom pour la nouvelle structure " Moi et mes futurs voisins et les responsables, on va chercher. A mon avis, il faudra que ce nom évoque le vivre ensemble." Et elle se réjouit de l'initiative, vivre de façon assez indépendante, avec de l'aide, mais sans être stigmatisée. "L'inclusion dans la société de personnes comme nous, c'est essentiel."

Selon les spécialistes, la vigilance quotidienne de l’équipe apporte de la stabilité aux résidents. Les recours à hospitalisation diminuent car les périodes de crises sont accompagnées et repérées rapidement.

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