Bas-Rhin : pourquoi le camp de concentration du Struthof reste un élément essentiel pour transmettre la mémoire des déportés

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Écrit par Michael Martin

Une enquête d'opinion publiée jeudi 20 janvier révèle que les Français, et notamment les Alsaciens, sont convaincus de la nécessité de transmettre la mémoire des déportés, notamment à travers la visite des sites comme l'ancien camp de concentration du Struthof.

Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof fait partie des éléments les plus importants pour transmettre la mémoire des déportés aux jeunes générations. C'est l'une des conclusions d'une enquête d'opinion confiée à l'Ipsos par le Centre européen du résistant déporté (CERD) de Natzwiller (Bas-Rhin), présentée ce jeudi 20 janvier 2022.

Selon l'étude, le seul camp de concentration situé sur le territoire français reste bien connu, malgré quelques disparités géographiques : 92% des Alsaciens en ont déjà entendu parlé, contre 75% des habitants du Grand Est, et 39% pour l'ensemble des Français. Une grande part des Alsaciens a déjà visité ce haut lieu de mémoire (64%), contre 13% de l'ensemble des Français (soit environ cinq millions de personnes).

"Cela prouve que nous devons poursuivre nos efforts, affirme le directeur du CERD, Guillaume D'Andlau. Les politiques en faveur des voyages éducatifs mis en place par l'Education nationale et parfois soutenues par les collectivités fonctionnent bien."

Les derniers témoignages directs

Selon l'étude, 51% des Français, et 53% des Alsaciens, sont convaincus que les lieux de mémoire comme le Struthof sont les meilleurs canaux de transmission de la mémoire. L'existence encore aujourd'hui de ces sites, et la possibilité de les visiter, sont essentielles pour les sondés, avant même les témoignages des déportés. C'est la mémoire de pierre, face à la mémoire des Hommes.

Un glissement générationnel s'opère. Les personnes de plus de 35 ans ont davantage bénéficié d'un témoignage direct que les plus jeunes et y sont ainsi plus sensibles. Moins de 10 déportés français du camp du Struthof sont encore en vie, et sont âgés de 95 à 100 ans. "Les rencontres avec d'anciens déportés sont irremplaçables, raconte la directrice de l'Office national des Anciens combattants, Véronique Peaucelle-Delelis. Mais nous vivons les dernières années avec des témoignages directs."

"Il n'y aura plus le même impact, admet Guillaume D'Andlau. C'est pourquoi la mémoire de pierre, la mémoire des lieux, prend plus d'importance." Cela conforte le CERD dans sa mission, et justifie les engagements et investissements réalisés sur le site.

Entretenir le lieu de mémoire

Le bâtiment qui abrite la chambre à gaz sera à nouveau accessible en avril 2022 après avoir été restauré. Les miradors ont également bénéficié d'une réfection.  De grands investissements ont aussi été réalisés pour la baraque cuisine, qui n'est actuellement pas ouverte au public. "C'est un lieu symbolique car chaque témoignage de déporté évoque la privation de nourriture endurée dans les camps", explique Véronique Peaucelle-Delelis.

Les visiteurs individuels vont prochainement bénéficier d'un audioguide gratuit, disponible en six langues. Cela ne remplace pas un guide ou un témoignage, mais le public sera mieux accompagnés dans la visite de l'ancien camp de concentration. 

Le sondage a été réalisé par Ipsos, sur un échantillon de 1027 personnes "représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus", du 19 au 29 novembre 2021.