Infection pulmonaire des chevaux : un centre hippique joue la transparence malgré les conséquences

Le club hippique de Saverne est dans la tourmente financière. Depuis le 14 février 2024, une partie de ses chevaux est infectée par la gourme, une maladie pulmonaire non létale mais très contagieuse.

La gourme est une infection à streptocoque exclusive du cheval qui n'est pas létale, mais qui pourrait avoir la peau du club hippique de Saverne, géré par une association.

Le 14 février 2024, le premier cas de gourme est décelé sur un cheval du club hippique de Saverne : une forte fièvre et des ganglions, ce sont souvent les premiers symptômes. Pour essayer d'endiguer l'épidémie débutante, le club organise astucieusement son écurie : deux zones sont créées. 

D'un côté les chevaux positifs à la gourme ou symptomatiques, de l'autre les chevaux encore sains. "Entre les deux, notre palefrenier passe ses journées à désinfecter, pour éviter la contamination", explique d'une voix fatiguée Estelle Le Naëlou, vice-présidente du club et vétérinaire. "L'une des deux monitrices, équipée de surchaussures, de gants et de charlotte passe sa journée auprès des chevaux malades. Le soir elle laisse tous ses habits contaminés sur place. C'est très contraignant, mais grâce à ces précautions, tous nos chevaux ne sont pas tombés malades." Il faut savoir que la bactérie peut rester trois jours sur des habits ou les poils d'un chien. 

Estelle Le Naëlou se dit satisfaite de cette gestion de crise, pour essayer d'endiguer l'épizootie. Le club a été fermé dès le début, pour éviter une propagation à d'autres clubs hippiques. Il a rouvert le 2 avril, avec l'écurie saine, environ la moitié des chevaux, soit une vingtaine d'équidés. "Et depuis deux mois, nous prenons la température de tous les chevaux deux fois par jour, pour mettre en quarantaine un cheval infecté au plus vite : c'est comme ça qu'on évite la contagion. Mais c'est très contraignant."

Cette gestion exemplaire coûte très cher au club : quatre concours ont été annulés, ainsi que des cours et le programme des vacances de février. Pendant la fermeture, il fallait continuer de nourrir et soigner les chevaux, et de payer les trois salariés. Au total le club a perdu entre 10 et 12.000 euros.

Le club a perdu entre 10 et 12.000 euros. Nous avons rouvert le 2 avril pour ne pas couler.

Estelle Le Naëlou, vice-présidente du club hippique de Saverne

"Nous avons rouvert le 2 avril pour ne pas couler", explique la vice-présidente. "On fonctionne comme on peut avec des chevaux sains. J'ai demandé aux monitrices de rajouter des créneaux de cours le dimanche, on a essayé de regrouper les leçons en cours collectifs, mais il faudra qu'on rattrape des cours et plein d'activités n'ont pas eu lieu." Sans compter le coût des PCR infligés aux chevaux six semaines après les derniers symptômes, 60 euros par test. 

Le club lance une cagnotte en ligne et cherche des solutions pour sauver son activité. "La grande majorité de nos chevaux est en fin de maladie, ils n'ont plus du tout de symptômes, mais ils sont encore positifs. Les PCR positifs, longtemps après la maladie, c'est un sacré choc à chaque fois."

La prochaine échéance redoutée aura lieu vendredi 12 avril, un PCR sera fait pour tous les chevaux de la zone quarantaine. "On espère pouvoir en sortir quelques-uns, mais ce n'est pas sûr", Estelle Le Naëlou.

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PCR fait sur un cheval au club hippique de Saverne en 2024 ©club hippique de Saverne

Alors le club se démène. "On a prévu de faire un challenge interne le 21 avril avec les chevaux valides et un repas merguez-frites-saucisses pour rentrer de l'argent, et ça permettra de nous retrouver et de faire vivre le club." Les parents des jeunes cavaliers font aussi du démarchage et 1.000 euros de dons directs ont déjà été apportés au club, la solidarité s'organise.

L'épizootie de gourme s'étend actuellement sur l'Alsace, la Moselle et l'Allemagne. Très peu de clubs jouent la transparence, "certains continuent de participer à des concours et de propager la bactérie, mais je ne leur jetterai pas la première pierre", tempère Estelle Le Naëlou. "Tout ça a un coût énorme, et impossible de prendre une assurance "perte d'exploitation", trop coûteuse pour nous."

Le club espère sauver la fête des 60 ans du club, le 23 juin. Tombola, spectacle de voltige, démonstration de longues rênes, baptêmes de poneys. "On espère y arriver ! On se débat pour ça, pour sauver nos trois emplois et notre club."