Concours de lecture à voix haute : Florence Vallet, lycéenne à Strasbourg, est parmi les 12 finalistes de France

Une lycéenne de Strasbourg, Florence Vallet, compte parmi les 12 finalistes collégiens et lycéens du concours "Si on lisait… à voix haute" lancé en lien avec l'émission La grande librairie et Lumni. Une belle aventure pour elle et son professeur de français du lycée Kléber de Strasbourg.

Florence Vallet, finaliste du concours national "Et si on lisait... à haute voix"
Florence Vallet, finaliste du concours national "Et si on lisait... à haute voix" © Laurent Vallet
La bonne nouvelle, Florence Vallet, 15 ans, l'a apprise il y a une semaine, par l'intermédiaire de sa professeure de français, Sophie Gillet, qui l'avait entraînée dans l'aventure : sa prestation, à revoir ici sur la vidéo de 2 minutes et 52 secondes, où elle présente et lit le texte "La Paix" du poète grec Yannis Ritsos (1909-1990), a retenu l'attention du jury. Sur la centaine de vidéos présentées, ce dernier devait en garder douze. Six réalisées par des collégien.ne.s, et six par des lycéen.ne.s. Désormais, pour l'épreuve finale du concours, Florence n'aura donc plus que cinq concurrents lycéens face à elle. Car il y aura deux lauréats, un par catégorie.

Au départ, cette élève de classe de seconde 5 au lycée Kléber de Strasbourg pensait "que c'était un petit concours" et ne s'imaginait "pas du tout arriver en finale." D'autant qu'elle ne se considère pas comme un rat de bibliothèque. "Je lis comme tout le monde, mais ne suis pas une fan de lecture", reconnaît-elle. Elle aime surtout les polars, la littérature fantastique et les romans d'aventure. Côté études, elle se définirait plutôt comme une matheuse, qui apprécie l'histoire-géographie et la géopolitique, et serait tentée par des études de droit.

Ce concours "Si on lisait… à voix haute" est une première. Il a été lancé en septembre 2019 par le producteur de l'émission littéraire La grande librairie diffusée sur France 5, en partenariat avec le ministère de l'Education nationale et l'offre de contenus multimédias pédagogiques Lumni de France Télévisions éducation. "Le but de ce concours, c'est de donner envie aux jeunes de lire" explique Benjamin François, rédacteur en chef en charge du projet. "Mais c'était aussi pour que les profs puissent s'en servir comme outil dans leur classe."


Etape 1 : toute la classe travaille

Première étape, à l'automne 2019, les enseignants de français intéressés devaient inscrire une ou plusieurs de leurs classes de collège ou de lycée au grand complet. Puis travailler la lecture à haute voix en cours avec leurs élèves. Dès le départ, l'initiative a rencontré un immense écho auprès des enseignants. Les organisateurs en ont été les premiers surpris : "Entre septembre et novembre 2019, on a presque eu 5.000 classes qui se sont inscrites" raconte Benjamin François. Autrement dit, environ 140.000 collégiens et lycéens de toute la France.

C'est comme une aventure. Je ne pensais pas que ça m'entraînerait aussi loin.
- Sophie Gillet, professeur de français au lycée Kléber à Strasbourg

Comme des milliers de collègues, Sophie Gillet, enseignante de français au lycée Kléber à Strasbourg, a été immédiatement séduite par le projet. Elle a inscrit deux de ses classes de seconde (Seconde 3 et Seconde 5 - dans laquelle se trouve Florence Vallet), soit 65 élèves au total. Son but : "donner une respiration aux cours" et offrir davantage à ses élèves que la classique "analyse de textes, parfois un peu rébarbative." D'autres années, elle leur proposait "une approche théâtrale de certains textes, avec une mise en espace." Cette fois, c'était l'opportunité de travailler la lecture orale sans jeu corporel.

L'enseignante a malgré tout fait appel une comédienne, Catherine Javaloyes, déjà intervenue dans ses classes. Les élèves ont d'abord travaillé par petits groupes, avant de lire chacun un texte de son choix. L'idée, plus lointaine, était aussi de les préparer à la lecture (notée sur deux points) de l'oral du baccalauréat de français, ainsi qu'au nouveau "grand oral" du bac en terminale. Mais avant tout de "faire aimer aux élèves les textes par l'émotion."


Etape 2 : un élève par classe envoie une vidéo

A l'issue de ces travaux préparatoires, chaque classe a dû désigner son.sa propre candidat.e. "On a fait un vote, et j'ai été choisie" raconte modestement Florence. Sur une première vidéo "filmée en classe avec la prof et la comédienne" puis envoyée au jury, elle lit un texte de son choix, "Et s'il nous suffisait" de Jean Humenry.

Lire à haute voix, c'est aussi une manière de s'exprimer.
- Benjamin François, l'un des organisateurs du concours

En février, le jury a réceptionné plus de 3.500 vidéos. Et après des centaines d'heures de visionnage, en a retenu les cent meilleurs candidats. "Les élèves sont super bons" se réjouit Benjamin François. "Lire à haute voix c'est un plaisir, et c'est aussi une manière de s'exprimer. Ce que les élèves ont très bien compris."

Plaisir d'autant plus manifeste que chaque participant était totalement libre du choix de son texte, contemporain, poésie, roman, essai, biographie… Il y a même eu quelques classiques, comme le Petit prince, Cyrano de Bergerac, ou les Misérables. L'idée, c'est qu'on lit mieux ce qu'on aime, et en général, on aime ce qu'on choisit", précise Benjamin François. Car s'approprier les mots d'un autre, avec lesquels on entre en résonance, est un bel outil pour extérioriser ce que l'on porte en soi.

Quand j'ai entendu que je faisais partie des 100 premiers retenus, je me suis dit : eh bien, alors autant travailler, pour aller jusqu'au bout.
- Florence Vallet, finaliste

Le proviseur adjoint est venu annoncer en cours que Florence était parmi les demi-finalistes. L'ensemble de la classe "a spontanément applaudi", raconte Sophie Gillet, touchée par l'implication et la motivation de tous ses élèves pour le projet. "J'étais assez fière, et heureuse" avoue Florence. "Quand j'ai entendu que je faisais partie des 100 premiers retenus, je me suis dit : eh bien, alors autant travailler, pour aller jusqu'au bout."


Etape 3 : les demi-finalistes se préparent durant le confinement

Désormais, sur les 65 inscrits au départ, Florence devait poursuivre seule. Malgré le confinement, survenu entretemps, quelques entretiens téléphoniques et trois séances par réseaux sociaux interposés, l'une avec son enseignante, les autres avec la comédienne, lui ont suffi pour progresser.
 
Florence Vallet confinée mais en plein travail
Florence Vallet confinée mais en plein travail © Marie Vallet

Pour trouver un autre texte à lire, elle "n'avait plus trop d'idées". Mais a trouvé son bonheur parmi les propositions faites par Sophie Gillet, et a donc retenu "La paix" du poète grec Yannis Ritsos. C'est un texte poignant qui montre que la paix réside dans chaque moment simple de la vie" explique-t-elle sur la vidéo envoyée au jury. "La paix est une chance, un défi, et il faut la protéger."

J'aime lire du texte avec du sens, et j'aime le fait que l'auditeur puisse continuer à chercher, et essayer d'en comprendre le message.
- Florence Vallet, finaliste

Avec Catherine Javaloyes, Florence a surtout mis l'accent "sur les intentions du texte, et comment je pouvais le mettre en forme sans jouer un rôle." Car "il faut trouver sa propre interprétation, mais rester assez simple pour ne pas aller vers le théâtre." Elle s'est entraînée, s'est filmée à plusieurs reprises, et a envoyé la meilleure de ses vidéos à Sophie Gillet qui l'a transmise au jury.    

Parmi les douze finalistes retenus, le choix des textes est à nouveau très varié, allant de Victor Hugo à un extrait du Consentement de Vanessa Springora. Et les vidéos comme les textes choisis révèlent les personnalités des lecteurs. Concernant Florence, un organisateur du concours aurait confié à Sophie Gillet que c'est "sa sobriété" qui est appréciée, et "qui fait qu'on l'écoute."

A quand la finale ?

Pour cause de coronavirus, la date de la cérémonie finale n'a pas encore été fixée, car elle devrait réunir les 12 candidats à Paris, lors d'une émission en prime time sur France 5. Mais Florence supporte bien cette attente, car elle mesure déjà tout le bénéfice tiré de cette expérience. "Au départ, j'étais assez timide", reconnaît-elle. "Mais au fur et à mesure, j'ai pu interpréter, insister sur certains moments du texte, donner du sens en appuyant sur certains mots, avec mon émotion personnelle. Ça m'a permis d'évoluer."  
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