INSOLITE – Un Strasbourgeois reproduit les châteaux-forts d’Alsace en Lego

Pendant le confinement, le Strasbourgeois Georges Ricardbacker a reproduit onze châteaux-forts d’Alsace en Lego. La ressemblance est parfois troublante. Les gardiens des vieilles pierres l’en remercient.

Reproduction du château d'Hugstein (Haut-Rhin) en Lego.
Reproduction du château d'Hugstein (Haut-Rhin) en Lego. © Georges Ricardbacker
Il y a ceux qui ont profité du confinement pour relire toute leur bibliothèque. Il y a ceux qui se sont découvert une âme de jardinier ou des talents insoupçonnés de couture. Et puis il y a ceux qui sont retombés en enfance. C’est le cas de Georges Ricardbacker.Avec sa femme, ils tiennent une boutique de fripes dans le quartier branché de la Krutenau, à Strasbourg. Le 17 mars 2020, comme tous les commerçants de France, ils sont contraints de fermer leur magasin. Tout s’arrête. 

Les voilà tous deux confinés chez eux, avec beaucoup, beaucoup de temps en perspective. « Dans ces cas-là, il faut trouver de quoi s’occuper. Ma femme s’est mise à la création en couture, raconte Georges. Moi je me suis dit que c’était l’occasion de ressortir les vieux Lego de mon enfance. »

La dernière fois que j’ai ressorti comme cela mes Lego, c’était en 2010, quand j’ai connu une période de chômage.

- Georges Ricardbacker, amateur de petites briques
Georges en pleine construction.
Georges en pleine construction. © Georges Ricardbacker
Georges n’a pourtant pas l’allure d’un adulescent. Avec son imposante moustache noire, ses tatouages et son blouson en cuir, il serait plutôt la parfaite réincarnation de feu Lemmy Kilmister, l'emblématique chanteur et bassiste du groupe de heavy metal Motörhead. Une comparaison qui sied parfaitement à ce Strasbourgeois lui-même bassiste et chanteur d’un groupe de hard rock local, Of Steel.
Georges Ricardbacker à l'oeuvre sur scène dans l'une de ses autres passions : le heavy metal.
Georges Ricardbacker à l'oeuvre sur scène dans l'une de ses autres passions : le heavy metal. © "Hey Frany"
Un extrait de concert du groupe de Georges Ricarbacker donné à Strasbourg peu de temps avant l'entrée en vigueur du confinement permet de mieux se représenter l'univers viril dans lequel il évolue habituellement. 

Du hard rock à la brique colorée

Difficile de se représenter le branché santiags et perfectos - ses autres passions - au milieu des caisses de briques qu’il conserve précieusement depuis les années 80. La source de sa passion est toute aussi surprenante. « Tout vient de l’architecture militaire, explique-t-il. Je suis depuis toujours passionné par les châteaux-forts, les bunkers, les fortifications de la ligne Maginot. Quand j’étais petit, mes grands-parents m’emmenaient souvent dans les Vosges du Nord ou au Haut-Koenigsbourg, à Andlau, à l’Ortenbourg. Au point que j'en ai fait mon métier », dévoile-t-il, sans attiser une certaine curiosité.

Avant de vendre des vêtements vintage, Georges était en effet dans le béton armé. « J’ai commencé ma carrière professionnelle par treize ans d’intérim dans la construction. Et je dois reconnaître que mes compétences en maçonnerie m’aident beaucoup à concevoir mes maquettes. »

Ma grand-mère me disait toujours que je deviendrais architecte. Je le suis. Avec les Lego.

- Georges Ricardbacker, bâtisseur amateur de châteaux-forts

Car s’il se racontait des histoires de chevaliers dans les châteaux de son enfance, ce sont maintenant davantage les structures, les contours, les proportions des vestiges militaires qui intéressent le bâtisseur. Particulièrement ceux du château de l'Ortenbourg, près de Sélestat (Bas-Rhin). L'une des maquettes dont le passionné est le plus fier.Pour édifier ses forteresses, l’architecte amateur ne dispose d’aucun plan, encore moins de notices qui auraient été éditées par la célèbre marque danoise de briquettes. « Je m’appuie sur des images que je trouve sur Internet, sur des livres, des croquis, révèle Georges. Ma connaissance du terrain et mon imagination font le reste ».
Reproduction du château du Haut-Andlau (Bas-Rhin).
Reproduction du château du Haut-Andlau (Bas-Rhin). © Georges Ricardbacker
Ce n’est pas la première fois que les châteaux alsaciens inspirent ainsi les férus de la briquette. Le comte d’Andlau, propriétaire du château éponyme dans le Bas-Rhin, se souvient de la maquette imaginée et conçue en 2013 par l’association alsacienne fanabriques. « Il y avait même la boîte et la notice. Ils l’avaient réalisée à une centaine d’exemplaires, se rappelle celui qui est également président de l'association des châteaux-forts d'Alsace. Nous les avions vendus au profit de notre structure. » A ce jour, il ne resterait qu’une ou deux boîtes invendues, que le châtelain garde jalousement.Ardent défenseur des vestiges auxquels il s’emploie à redonner vie en organisant régulièrement chantiers bénévoles et événements culturels, le châtelain se réjouit de la démarche de Georges. D’autant que chaque réalisation a été postée sur les réseaux sociaux. « Tout est bon à prendre pour faire venir les gens dans nos châteaux, pour qu’ils ne les oublient pas. Si des enfants voient ces maquettes et qu’elles leur donnent envie de venir, c’est comme cela qu’on sauvera notre patrimoine dans le futur. Parce qu’ils reviendront quand ils seront grands. »

En Alsace, on ne sauvera nos châteaux-forts que si on se les accapare. Alors toutes les initiatives sont bonnes à prendre pour donner envie aux gens de venir les voir.

- Comte Guillaume d’Andlau, défenseur du patrimoine alsacien

Et qu’importe si Georges compte davantage de fans de rock n’roll que d’enfants parmi ses contacts. La perspective de voir affluer les blousons noirs au pied de ses remparts enthousiasme le protecteur du patrimoine alsacien. « L’accès aux châteaux est libre, ouvert, gratuit. C’est signe qu’il ne doit y avoir aucune barrière. Ces sites sont à tous ceux qui s’y intéressent. » Au cours des huit semaines qu’il a passé cloîtré chez lui, Georges a consacré jusqu’à 8 heures par jour à ses constructions. « Il me fallait en moyenne deux jours pour faire une maquette. Après, je la déconstruisais et je m’attaquais à une autre ».

Un plaisir masochiste qui répondait à une nécessité matérielle, car les petites briques de couleurs coûtent cher. Il lui fallait donc se contenter du stock de son enfance agrémenté de quelques pièces détachées bien spécifiques, achetées grâce à la revente de toutes ses figurines. « Je n’en ferai plus rien. J’ai arrêté de me raconter des histoires de chevaliers », sourit le gaillard de 39 ans au look de biker.

Auprès de mes potes, je m'apprêtais à passer pour un con. Comme dans le film "un dîner de cons", vous savez, celui qui construit une cathédrale en allumettes. Eh bien même pas. Au contraire, ils m'ont même félicité.
- Georges, passionné décomplexé

Georges a pu rouvrir son magasin de vêtements le 12 mai dernier. « Mais la reprise est très timide », constate-t-il avec fatalisme. Il va aussi progressivement pouvoir reprendre son autre vie de rockeur, à la faveur du déconfinement.

Du coup, il n’a plus beaucoup le temps pour les Lego. Il s’est tout de même lancé dans un nouveau chantier. Et pas des moindres. Reproduire l'intégralité de la star des châteaux-forts d’Alsace, le Haut-Koenigsbourg. Un défi ambitieux car sa structure est très complexe. « Si ça se trouve, je vais mettre deux ans à le finir. Peut-être même que je ne le terminerai jamais."

Cela voudrait dire pour Georges que la vie a repris son cours et son rythme effréné. Comme avant.
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