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Invasion de punaises diaboliques : elles débarquent et ce n’est qu’un début

A gauche, l'envahisseuse punaise diabolique venue d'Asie ; à droite sa cousine européenne, la punaise nébuleuse. / © Punaise diabolique : Hectonicus, punaise autochtone : Didier Descouens
A gauche, l'envahisseuse punaise diabolique venue d'Asie ; à droite sa cousine européenne, la punaise nébuleuse. / © Punaise diabolique : Hectonicus, punaise autochtone : Didier Descouens

Apparue en France, à Strasbourg, en 2012, la punaise diabolique (ou asiatique) se développe de manière très rapide. Avec la baisse des températures, elle s’invite en nombre dans nos maisons. Au stade larvaire comme adulte, elle n’a aucun prédateur. Faut-il s’en méfier? Comment s’en débarrasser?
 

Par Caroline Moreau

Elle nous a accompagnés tout l’été au jardin, s’invitant sur la table du repas de famille, remontant bravement la façade de votre maison ou atterrissant d’on ne sait trop où sur votre hamac pendant votre sieste. Avec la baisse des températures, la bestiole s’est invitée dans votre maison. Sa présence se trahit par l’impressionnant bourdonnement qu’elle produit en volant puis au "ploc" qu’elle émet en rencontrant une paroi – mur ou vitre. 

Vous voilà donc désormais hôte de Halyomorpha halys, traduisez "punaise diabolique". Un sobriquet dont on ne connaît pas l’origine: ce surnom lui a été donné par les Canadiens, confrontés depuis quelques années au phénomène, peut-être en raison du tempérament invasif de l’insecte, à moins que ce ne soit en raison de sa résistance car une fois l’insecte installé, difficile de le déloger. On la nomme aussi parfois punaise asiatique, car elle est originaire de Chine.
 
Punaise diabolique repérée dans un potager à Bischheim, début octobre 2018. / © C. Moreau/France 3 Alsace
Punaise diabolique repérée dans un potager à Bischheim, début octobre 2018. / © C. Moreau/France 3 Alsace

Certains d’entre vous auront peut-être constaté le phénomène: la punaise diabolique est en nette recrudescence en France. En attestent les signalements faits auprès de l’Institut national de recherche agronomique (Inra). "Entre le début 2015, moment où nous avons lancé l’application permettant ces signalements et le début du mois d’août dernier, nous avions reçu une centaine de signalements. Mais rien que pour le mois d’août de cette année, ce chiffre a triplé", commente Jean-Claude Streito, spécialiste de l’insecte à l’Inra. Principales régions concernées par cette invasion : l'Alsace et la région parisienne. "Je viens même d’avoir un signalement qui provient de Corse. Plus aucune région de France n’y échappe", ajoute le chercheur.


Comment reconnaître la punaise diabolique ?

Avec un corps en forme de bouclier, Halyomorpha halys mesure entre 12 et 17 mm, est colorée de plusieurs teintes de brun. Elle présente des taches blanches sur le bout du corps. La punaise diabolique, également appelée punaise marbrée, ressemble assez à ses cousines autochtones, notamment à la punaise nébuleuse (ou punaise grise) courante dans nos contrées.

Quelques indices permettent toutefois de les différencier. Observez bien les antennes : la punaise européenne a trois anneaux blancs distincts à intervalles réguliers. La punaise diabolique ne présente que deux marques blanches sur les antennes, l’une de ces tâches chevauchant l’articulation de l’antenne. Si vous êtes intrépide, vous pouvez également noter une différence sur l’abdomen de la punaise: l’espèce européenne y présente un petit crochet que n’a pas l’envahisseuse.
 
A gauche, l'envahisseuse punaise diabolique venue d'Asie ; à droite sa cousine européenne, la punaise nébuleuse. / © Punaise diabolique : Hectonicus
Punaise autochtone : Didier Descouens
A gauche, l'envahisseuse punaise diabolique venue d'Asie ; à droite sa cousine européenne, la punaise nébuleuse. / © Punaise diabolique : Hectonicus Punaise autochtone : Didier Descouens

Autre indice qui ne se voit pas sur le corps : la punaise asiatique a l’instinct très grégaire. Elle vit toujours en groupe et aurait tendance à aimer se regrouper dans un même endroit, sur une même plante ou une même branche. Elle pond des œufs jaunes et elliptiques sous les feuilles, en masses de 20 à 30.
  

Est-elle dangereuse ?

"La punaise diabolique ne présente aucun danger ni pour l’homme ni pour les animaux de compagnie" rassure le spécialiste Jean-Claude Streito qui étudie l’insecte depuis 2014. Il a réalisé une analyse des risques que pouvait représenter l'insecte pour le compte de l’Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (lire les conclusions de cette analyse de risques). Même si elle élit domicile chez vous, la punaise ne représentera aucun danger de piqûre ni d’allergie. Le plus grand désagrément sera de la voir réintégrer votre intérieur à chaque automne.

Les conclusions des travaux d’analyse sont en revanche plus préoccupantes concernant les potentiels effets dévastateurs de la bestiole pour les agriculteurs. La punaise se nourrit exclusivement de fruits (cerises, pommes, pêches, citrons, poires, kiwis, maïs…). Elle pique les fruits et les branches pour se nourrir de leur sève, entraînant un pourrissement du fruit quelques jours après son passage.
 
Larves et oeufs d'Halyomorpha halys / © David R Lance, USDA APHIS PPQ
Larves et oeufs d'Halyomorpha halys / © David R Lance, USDA APHIS PPQ

Les agriculteurs américains en font les frais depuis plusieurs années maintenant, au point que le magazine américain The New Yorker y a consacré une série relayée par Courrier International. L’insecte est arrivé accidentellement outre-Atlantique en 1996. Aujourd’hui, les dégâts sur les cultures y sont considérables. Jusqu’à 60% de pertes ont été enregistrées dans certaines cultures de l’Est des Etats-Unis. En Pennsylvanie, 25% des récoltes de pêches et de fruits à noyaux ont été perdues, en 2010. Plusieurs tentatives d’éradication ont été menées, jusqu’ici sans succès. 

Pour l'heure, les producteurs alsaciens de maïs n'ont pas constaté de dégâts manifestes provoqués par ces insectes mais confirment l'observation d'une grande abondance de punaises en cet été 2018.


Première apparition en France à Strasbourg

Originaire de Chine, c’est en Alsace que l’insecte a été repéré pour la première fois en France. En 2012, un premier spécimen a été observé à Strasbourg. En 2013, une campagne de captures a confirmé son implantation dans l’agglomération bas-rhinoise avec des individus identifiés dans le quartier de la Robertsau, près du jardin botanique de l’université et à Schiltigheim. La présence de l’espèce était de nouveau signalée comme abondante au cours de l’été et de l’automne 2014.

Sa présence en Europe a été une première fois signalée dans la région de Zurich en 2008. Mais elle se limiterait pour l’instant à la Suisse et ses pays limitrophes (Allemagne, Lichtenstein…). Introduite accidentellement en 1996 aux Etats-Unis, elle y a rapidement colonisé la moitié du pays. Le Canada est aujourd’hui également infesté, ainsi que l’Australie.
 
Presque tous les continents sont aujourd'hui concernés par le phénomène / © Source : EPPO 2013 (European Plant Protectioon Organization)
Presque tous les continents sont aujourd'hui concernés par le phénomène / © Source : EPPO 2013 (European Plant Protectioon Organization)


Comment s’en débarrasser ?

Le chef de mission de l’Inra Jean-Claude Streito est formel: "On ne peut pas arrêter son invasion en Europe. La punaise diabolique va s’installer et en l’état actuel des connaissances, on ne rien y faire." La punaise d’origine asiatique, au stade larvaire comme adulte, n’a aucun prédateur.

"Si vous constatez la présence d’une punaise diabolique chez vous, ne le ramassez pas pour la mettre dehors, elle reviendra. La seule solution est de l’aspirer et de la jeter avec le sac, de la brûler ou de la noyer." L’usage d’un insecticide est inutile car l’insecte vit en groupe: vous risqueriez de n’éliminer qu’un seul spécimen sans vous débarrasser complètement du problème, en vous intoxiquant au passage. Vous pouvez également l'écraser sans crainte des odeurs: selon le président de la société d'entomologie d'Alsace, Christophe Brua, spécialiste des insectes présents en Alsace, à la différence de la punaise nébuleuse européenne, la version diabolique n'émet aucune odeur désagréable.

Tout savoir en trois questions sur la punaise diabolique avec l'entomologiste Christophe Brua

De vastes campagnes d’éradication au moyen d’insecticides ont été menées sur plusieurs parcelles agricoles aux Etats-Unis, mais sans succès. L’Inra travaille actuellement à trouver des solutions d’éradication. Il cherche du côté des parasites qui pourraient permettre d’empêcher le développement des œufs des punaises. Ces recherches devraient prendre plusieurs années.


Devenez observateur participatif

En parallèle de ces travaux de recherche, l’Inra a lancé en 2015 une campagne d’observation participative. Si vous apercevez ce qui vous semble être une punaise diabolique, prenez une photo avec votre smartphone, notez l’emplacement et transmettez ces données via l’application AGIIR mise en place par l’institut agronomique. Ces renseignements lui permettront de suivre l’évolution de l’implantation de l’insecte. En raison du très grand nombre de signalements transmis cette année, ne vous attendez pas à une réponse à votre mail de signalement, les chercheurs étant débordés par les nombreux messages leur parvenant, ils n'ont plus le temps d'y donner suite.

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