• MÉTÉO
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • DÉCOUVERTE
  • FAITS DIVERS

Un nouvel insectarium en construction à l'Université de Strasbourg

© Chargée de recherche à l'INSERM, Stéphanie Blandin cohabite au quotidien avec des milliers de moustiques
© Chargée de recherche à l'INSERM, Stéphanie Blandin cohabite au quotidien avec des milliers de moustiques

Ce nouveau laboratoire de l'IBMC sera dédié à l'étude des maladies véhiculées par les moustiques telles le paludisme, la dengue ou le virus Zika. Le nouveau bâtiment répondra à des normes drastiques de sécurité et de confinement.

Par Caroline Moreau

Les moustiques sont vecteurs de pathologies humaines de type parasitaire ou viral. Le paludisme - ou malaria - est la maladie parasitaire la plus répandue au monde. Chaque année, celle-ci est responsable de plus de 430 000 décès, dont 90 % sur le continent Africain (consulter à ce sujet le rapport de l'OMS sur le paludisme dans le monde en 2014). Elle est causée par des parasites du genre Plasmodium, qui sont transmis par des moustiques femelles du genre Anopheles, qui servent de vecteurs entre les personnes lors de piqûres qu’ils infligent. Le moustique est également le vecteur de virus comme la dengue, le chikungunya ou plus récemment Zika.
Tout l’enjeu scientifique des équipes de recherche est de comprendre comment les parasites et les virus infectent les hommes et les moustiques afin de développer de nouvelles stratégies pour soigner les personnes infectées et pour réduire la transmission des pathogènes.

Cette plateforme expérimentale de haute technologie, biosécurisée, regroupant notamment une animalerie et un insectarium, donnera la possibilité d’infecter les moustiques avec des pathogènes humains, étape essentielle pour comprendre les interactions entre les moustiques et leurs pathogènes et tester de nouveaux moyens de lutte.

Un insectarium en construction à l'Université de Strasbourg
Reportage de Caroline Moreau, Grégory Fraize et Caroline Singer Intervenants : Stéphanie Blandin, Chargée de recherche à l'INSERM ; Jean-Luc Imler, Directeur adjoint de l'Institut de Biologie Moléculaire et cellulaire ; Jacob CELNIKIER, Architecte Agence Celnikier et Grabli Architectes ; Jules Hoffmann, Prix Nobel de médecine 2011 - France 3 Alsace


Le financement de l’opération


Les partenaires ont prévu un budget de près de 6 millions d’euros, pour la réalisation de cette extension de l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire. Ce financement s’inscrit dans le cadre de l’Opération Campus. L’Université de Strasbourg assure la maîtrise d’ouvrage.

Le plan de financement se répartit comme suit :
- Etat : 5,960 millions d’euros
- CNRS : 58 000 euros

L'Université de Strasbourg et le CNRS se dotent ainsi d’infrastructures performantes aux normes internationales de confinement pour mener des recherches de pointe, afin de comprendre et combattre ces pathologies.
Pour réaliser le bâtiment, les partenaires ont choisi un cabinet d'architectes parisiens ayant déjà à son actif la réalisation de plusieurs bâtiments à visée scientifique et technologique avec pour certains les mêmes impératifs de sécurité que le futur insectarium de Strasbourg. Pour garantir le confinement et l'étanchéité des lieux (afin d'éviter toute contamination des chercheurs et veiller à ce qu'aucun moustique contaminé ne s'échappe dans la nature), ils ont imaginé un système de "boîte dans la boîte" : l'insectarium sera dans un espace semi-enterré (en vert sur le croquis ci-dessous), espace lui-même confiné sous tout un étage servant aux équipements techniques. Le tout sera accolé à l'actuel bâtiment de l'IBMC (à droite sur le croquis). Certaines parties de ce laboratoires auront un niveau de confinement P3 (le plus haut niveau de sécurité étant le niveau P4).

© Celnikier et Grabli Architectes
© Celnikier et Grabli Architectes

 


Savoir se défendre comme un moustique


Les moustiques ne sont pas de simples aiguilles qui passent les parasites d’une personne à l’autre. Ils se défendent contre les parasites et certains moustiques sont même capables d’éliminer tous les parasites, et donc, de ne pas transmettre la maladie.

L’enjeu du futur insectarium est donc :
  • de comprendre comment les moustiques se défendent et pourquoi il y a des variations entre les moustiques d’une même espèce quant à leur capacité à éliminer les parasites ;
  • d'identifier les molécules impliquées afin d’imaginer et de développer de nouveaux médicaments antipaludiques mais aussi de nouvelles stratégies pour limiter la transmission des parasites.
Le moustique tigre ou Aedes aegypti est une espèce est le vecteur principal de la dengue, de la zika, de la chikunguny / © MaxPPP Dans les installations actuelles du campus strasbourgeois, les chercheurs travaillent avec Plasmodium berghei, un parasite de souris utilisé comme modèle d’infection pour des raisons de sécurité. Ce parasite présente cependant des différences importantes avec les parasites humains.
L’enjeu fondamental avec ce futur insectarium est de permettre aux scientifiques de pouvoir travailler sur le modèle parasite humain, Plasmodium falciparumi. 
D’autre part les moustiques, tel que le moustique-tigre Aedes albopictus, sont également vecteur de virus, comme celui de la dengue, du chikungunya ou de Zika. La zone d’implantation des espèces vectrices évolue rapidement en lien avec la mondialisation et les activités humaines.
Là encore, les moustiques se défendent contre les virus qu’ils ingèrent sur une personne infectée. L’étude des interactions entre les moustiques et les virus permettra de mettre en place de nouvelles stratégies de lutte contre ces maladies, pour lesquelles il n’existe à l’heure actuelle aucun traitement.


L'université de Strasbourg renforce son excellence


L’IBMC, auquel est attaché le futur insectarium, est un des pôles d’excellence strasbourgeois dans le domaine de la biologie fondamentale. Il héberge sur son site trois unités propres du CNRS avec plus de 230 chercheurs, doctorants et personnels techniques dont Jules Hoffmann, Prix Nobel de médecine 2011 et médaille d’or du CNRS.

Cette association de compétences diverses place l’IBMC parmi l’un des tous premiers instituts français et européens en termes de production scientifique et de reconnaissance internationale : Prix Nobel de médecine 2011, Médaille d’or 2011 du CNRS, Médaille de l’innovation 2015 du CNRS, lauréats European Research Council (ERC), membres de l’Institut universitaire de France, de l’European Molecular Biology Organisation (EMBO), participation à trois laboratoires d’excellence (Labex)…
Au sein de l’IBMC, le laboratoire Réponse Immunitaire et Développement chez les Insectes (RIDI) , créée en 1993 par Jules Hoffmann, développe depuis de nombreuses années des recherches originales sur les mécanismes de défense contre les infections bactériennes, fongiques, virales et parasitaires chez les insectes.

Les résultats obtenus sur le modèle de la mouche drosophile au sein du RIDI ont permis d’identifier des mécanismes immunitaires anciens et conservés au cours de l’évolution. Ils ont eu un impact important pour la compréhension des mécanismes moléculaires de l’immunité innée chez les insectes, mais aussi chez les mammifères et chez l’homme en particulier.
Depuis 2002, l’équipe Anophèle associée à l’Inserm (Unité Réponse immunitaire chez le moustique Anophele vecteur du paludisme), étudie la réponse immunitaire chez le moustique Anopheles gambiae. Ce groupe a notamment identifié des gènes du moustique qui limitent le développement du parasite et a montré que certaines formes de ces gènes peuvent le rendre complètement réfractaire au parasite, bloquant ainsi la transmission des parasites aux mammifères. Ces résultats déjà marquants ont valu le prix Recherche Inserm 2008 à Elena Levashina et le prix Sanofi/Institut Pasteur à Stéphanie Blandin.


© Celnikier et Grabli Architectes
© Celnikier et Grabli Architectes



Sur le même sujet

Les avantages de l'achat groupé de fioul

Les + Lus