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Un procès hors norme se tient du 17 mars au 23 mars à Strasbourg. La cour d'assises du Bas-Rhin examine des faits vieux de 30 ans. Nicolas Charbonnier doit répondre du meurtre d'une lycéenne âgée alors de 17 ans et de la tentative de meurtre et du viol d'une fillette de 10 ans. L'affaire dite de "l'étrangleur de la Robertsau" avait défrayé la chronique en 1986.

Le rappel des faits

Nicolas Charbonnier, qui aura 54 ans dans quelques semaines, n'en avait que 23 à l'époque des faits dont il est accusé. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité devant la cour d'assises du Bas-Rhin

30 ans après les faits, "l'étrangleur" de Strasbourg devant la justice
Trahi par ses empreintes après 27 ans sans être inquiété, un homme comparaît à partir de jeudi à Strasbourg pour des crimes commis en 1986 : il est accusé d'avoir violé et étranglé une fillette de 10 ans, puis d'avoir tué une adolescente de 17 ans, après s'être introduit chez elles pendant la nuit. - France 3 Alsace - Le reportage de G. Fraize - X. Ganaye - S. Delalot - S. Sturtzer. Interviews : Me Caroline Bolla, avocate de Nicolas Charbonnier - Me Yannick Pheulpin, avocat de Marion Villain - Me Fabienne Herdly-Klopfenstein, avocate de la famille de Martine Riss
Le témoignage, trente ans plus tard, des victimes ayant survécu à ces agressions, comptera parmi les moments forts du procès de ce "cold case", résolu grâce à une empreinte de la paume de l'agresseur, laissée sur le lieu d'un de ses crimes.Les enquêteurs s'étaient rendu compte en 2012 que cette empreinte, jusque-là inexploitée, correspondait au profil de M. Charbonnier, qui n'était alors connu de la justice que pour des vols mineurs.

Il avait été interpellé en janvier 2013 à Bordeaux, où il vivait depuis les années 1990. Devant la police, l'ancien militaire a reconnu avoir étranglé avec une cordelette, puis violé la petite Marion V., 10 ans, qu'il avait surprise chez elle dans son sommeil, dans la nuit du 21 au 22 janvier 1986 à Strasbourg. L'agresseur avait quitté les lieux en abandonnant l'enfant inanimée. Mais celle-ci a survécu. Elle a aujourd'hui 40 ans et témoignera vendredi devant la cour d'assises.
"Forcément, elle est soulagée que ce procès ait enfin lieu", précise son avocat, Me Yannick Pheulpin. "Après toutes ces années, elle ne nourrissait plus beaucoup d'espoir" que son agresseur puisse être interpellé. "Depuis 30 ans, elle n'a pas eu une seule nuit sans cauchemar", a-t-il rapporté.

Deux semaines après les faits, l'agresseur avait revendiqué son crime, via un coup de fil anonyme au père de Marion. "Est-ce que votre fille va bien, celle que j'ai violée la dernière fois ?", avait-il demandé, en se présentant comme "Zorro".  Sur l'enregistrement de cette brève conversation, dont dispose la justice, la voix de Nicolas Charbonnier a été formellement identifiée par un expert.

Extrait téléphonique diffusé en 1988
Extrait d'une conversation téléphonique entre l'auteur présumé, et le père de la jeune fille violée.

L'autre crime reproché à l'accusé remonte au 17 mars 1986. Ce soir-là, un mystérieux agresseur s'introduit dans un appartement strasbourgeois où vivent deux soeurs étudiantes, de 17 et 18 ans. Il surprend d'abord dans son sommeil et tue par strangulation la plus jeune, Martine R., puis tente de tuer sa soeur aînée, Patricia. Mais celle-ci crie et il prend la fuite. Trente ans plus tard, Patricia R., 48 ans, viendra témoigner au procès du meurtrier présumé de sa soeur. L'accusé ne sera cependant pas poursuivi pour avoir tenté de la tuer elle aussi, car ces faits sont aujourd'hui prescrits.

Nicolas Charbonnier a une fille de 10 ans, l'âge de sa première victime

Pour les mêmes raisons, Nicolas Charbonnier ne devra pas répondre des agressions nocturnes commises sur deux étudiantes, en octobre 1985 puis en novembre 1986. Il nie la première, a reconnu la deuxième, mais les deux sont prescrites. Pour l'avocat de la défense, Me Eric Braun, "toute la difficulté dans ce dossier, c'est de savoir comment juger, 30 ans après, un individu qui n'est plus du tout le même".

Pendant ces 27 années, l'ancien soldat - dont le père était officier supérieur - a "quasiment toujours travaillé, en exerçant différents boulots", comme manoeuvre ou agent de surveillance, et "a toujours été inséré". Il a également vécu longtemps en couple et a une fille de 10 ans, détaille l'avocat. La prescription des crimes en droit français est en principe de 10 ans, ce qui dans ce dossier aurait dû conduire à l'extinction de l'action publique en 2007, 10 ans après un non-lieu. Mais une loi de 2004 a porté ce délai à 20 ans pour certains crimes commis sur des mineurs, ce qui a rendu possible ce procès.

Des empreintes palmaires décisives

Les enquêteurs disposaient comme "éléments exploitables" une empreinte palmaire. Mais ce n'est que depuis 2010 que ce type d'empreinte est entré au fichier automatisé des empreintes digitales. En 2012, la police strasbourgeoise a interrogé à nouveau ce fichier, en tournant l'empreinte, faisant cette fois mouche. Les empreintes correspondaient au profil d'un homme impliqué dans une affaire de "vol simple" en 2011.

Empreintes digitales : les progrès incessants de la police scientifique. Reportage diffusé en février 2013.
Empreintes digitales : les progrès incessants de la police scientifique

© G.Fraize
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L'ouverture du procès de Nicolas Charbonnier

© G.Fraize
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Surnommé "l'étrangleur" de Strasbourg, Nicolas Charbonnier, 53 ans, a dit jeudi, au premier jour de son procès, sa "honte" devant "l'horreur" de ses actes, restés impunis pendant 27 ans: le meurtre d'une adolescente de 17 ans et le viol d'une fillette de 10 ans.

"J'ai commis l'horreur", a déclaré d'un ton posé le quinquagénaire devant les assises du Bas-Rhin, observant que sa propre fille de 10 ans a "exactement le même âge" que la fillette qu'il a violée il y a trente ans.

"Je me rends compte de la gravité des faits, ça me touche énormément. Je me mets à la place des parents, ça doit être vraiment insupportable pour eux, comme ça serait insupportable pour moi", a ajouté cet homme grand et mince au front dégarni, en chemise blanche et pull, qui s'exprime avec un vocabulaire choisi. 

"Je suis là pour m'expliquer, je vais faire tout mon possible pour répondre à toutes vos questions", a d'emblée promis l'accusé, qui n'avait que 23 ans à l'époque des faits.

© G.Fraize
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C'est un coup de chance qui avait conduit les enquêteurs sur sa piste grâce à une empreinte de la paume de sa main, inexploitée 27 ans durant. En 2012, une enquêtrice a l'idée de la retourner de 180 degrés avant d'interroger le fichier national des empreintes. Ses empreintes venaient d'être fichées à la suite d'un banal vol dans le sud de la France.

Les scellés de l'affaire Charbonnier / © G.Fraize
Les scellés de l'affaire Charbonnier / © G.Fraize

A son interpellation en janvier 2013 à Bordeaux, où il vivait depuis le début des années 1990, "ça faisait 27 ans que je gardais le secret en moi, 27 ans que j'avais honte des agressions, surtout du côté sexuel", a-t-il affirmé à la barre.

L'ancien militaire a reconnu avoir étranglé avec une cordelette, puis violé la petite Marion Villain. qu'il avait surprise chez elle dans son sommeil, dans la nuit du 21 au 22 janvier 1986 à Strasbourg. Il avait quitté les lieux en abandonnant l'enfant inanimée, et avait revendiqué son crime deux semaines plus tard, via un coup de fil anonyme au père de Marion.

"Soulagée" selon son avocat, Me Yannick Pheulpin, que ce procès ait enfin lieu alors qu'elle ne nourrissait "plus beaucoup d'espoir" de voir son agresseur interpellé, Marion Villain. a été traumatisée à vie. Cette femme aujourd'hui âgée de 40 ans devrait témoigner vendredi matin devant la cour d'assises.

 

© Gally
© Gally

 

A ses côtés sur le banc des parties civiles, Patricia Riss, 48 ans, devrait apporter dès jeudi après-midi son témoignage sur l'autre crime reproché à l'accusé, qui remonte au 17 mars 1986.

Ce soir-là, l'agresseur s'introduit dans un appartement strasbourgeois où vivent deux soeurs étudiantes, de 17 et 18 ans. Il surprend d'abord dans son sommeil et tue par strangulation la plus jeune, Martine Riss, puis tente de tuer sa soeur aînée, Patricia. Mais celle-ci crie et il prend la fuite.

La famille de Martine R. / © Gally
La famille de Martine R. / © Gally

Pour l'avocat de la défense, Me Eric Braun, "toute la difficulté dans ce dossier, c'est de savoir comment juger, 30 ans après, un individu qui n'est plus du tout le même".

Jeudi matin, il a évoqué son enfance dans une famille catholique "très traditionnelle", où les neuf enfants devaient vouvoyer les parents.
Il a aussi raconté un passage en internat catholique marqué par des châtiments corporels et des "humiliations", et les débuts difficiles de sa vie sexuelle, ponctuée de relations "qui ne marchaient pas", ce qui lui valait les moqueries de ses partenaires.

© Dessinateur Gally
© Dessinateur Gally

Après une expérience brève mais peu concluante dans l'armée sur les traces de son père officier, il multipliera les emplois: déménageur, employé de banque ou vendeur en intérim. "Depuis tout le temps, je savais qu'on viendrait me chercher", a-t-il expliqué, précisant qu'il préférait signer de son prénom plutôt que "papa" lorsqu'il écrivait à sa fille, parce qu'"un papa ne peut pas faire des choses comme ça".

Nicolas Charbonnier devrait être fixé mercredi 23 mars sur son sort. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le reportage de Grégory Fraize, Xavier Ganaye, Mathias Gally et Julien Baudart

Le 1er jour du procès Charbonnier
Compte-rendu de la première journée d'audience du procès de "l'étrangleur de la Robertsau" - France 3 Alsace - G.Fraize, X.Ganaye, M.Gally, J.Baudart

Interviews de : Me Caroline Bolla, Avocate de Nicolas Charbonnier ; Me Eric Braun, Avocat de Nicolas Charbonnier - Me Yannick Pheulpin, Avocat de Marion Villain - Me Fabienne Herdly-Klopfenstein, Avocate de la famille de Martine Riss

Les cauchemars de Marion, la voix de "Zorro"

La voix sarcastique de "l'étrangleur" de Strasbourg et les cauchemars de la victime qui lui a survécu ont ébranlé vendredi la cour d'assises
du Bas-Rhin, devant laquelle Nicolas Charbonnier a eu du mal à expliquer ce qui l'avait poussé, il y a 30 ans, à surprendre ses victimes dans leur sommeil.

"Je me rends compte de l'horreur de mon geste, (mais) je ne comprends pas pourquoi j'ai fait ça", a dit l'accusé, jugé depuis jeudi à Strasbourg pour des crimes restés irrésolus pendant 27 ans: le viol d'une fillette de 10 ans et le meurtre par strangulation d'une adolescente de 17 ans.
 

Nicolas Charbonnier / © Mathias Gally
Nicolas Charbonnier / © Mathias Gally


La voix voilée par l'émotion, Marion Villain, 40 ans aujourd'hui, a évoqué ses souvenirs de cette nuit de janvier 1986 où, alors âgée de dix ans, elle a été surprise dans son sommeil, dans sa chambre, par un agresseur qui l'a étranglée, violée avec une baguette de bois, et laissée pour morte avant de s'enfuir.

"J'ai l'image d'une ombre qui vient sur moi, (...) et cette ombre je la vois depuis 30 ans tous les soirs avant de m'endormir", a raconté la quadragénaire. "Depuis je fais des cauchemars, toutes les nuits (...). Il m'arrive de crier, tellement fort que je suis réveillée par mes cris".
 

Marion Villain / © France 3 Alsace
Marion Villain / © France 3 Alsace

"Je vais mourir" 

Elle a raconté précisément, au présent, ses souvenirs de la nuit du drame: "Je n'arrive plus à respirer. Je pense que s'il ne me lâche pas, je vais mourir". La fillette perd alors connaissance. Lorsqu'elle revient à elle, pendant la nuit, elle est "allongée par terre dans le couloir", nue. "J'ai mal au cou, je me lève, je pleure, je retourne me coucher", a-t-elle raconté. Ce n'est qu'au petit matin que l'enfant s'écriera "Maman, on m'a étranglée !".
 

La famille de Marion Villain / © France 3 Alsace
La famille de Marion Villain / © France 3 Alsace


Pendant ce récit, livré devant la cour dans un silence pesant, l'accusé est resté immobile, un poing serré sous le menton. Interrogé par la présidente, il dit être venu au domicile de la famille Villain. avec l'intention d'y commettre un cambriolage, que "rien n'était préparé", et qu'il n'arrivait pas à expliquer pourquoi il avait voulu agresser sexuellement la fillette, alors même qu'il n'a "jamais été attiré par les enfants".     
 

La présidente de la Cour d'Assises du Bas-Rhin / © Mathias Gally
La présidente de la Cour d'Assises du Bas-Rhin / © Mathias Gally


Un peu plus tôt, la cour avait entendu l'enregistrement de l'un des appels téléphoniques que Nicolas Charbonnier avait passés à la famille de sa victime, quelques jours après les faits.

"Le summum de la lâcheté" 

"Est-ce que votre fille va bien, celle que j'ai violée la dernière fois ?", avait demandé d'un ton provocateur celui qui s'était présenté comme "Zorro". "C'est le summum de la lâcheté", a commenté devant la cour l'accusé, interrogé sur ces appels qu'il a qualifiés lui-même d'"ignobles" et "intolérables". "Je peux pas vous dire pourquoi j'ai appelé, peut-être pour qu'on m'écoute (...), qu'on me prenne au sérieux, c'est très confus"
 

Nicolas Charbonnier / © Mathias Gally
Nicolas Charbonnier / © Mathias Gally


L'accusé a également apporté peu d'explications sur l'autre crime dont il est accusé: le meurtre par strangulation, en mars 1986 à Strasbourg, de Martine Riss, 17 ans, qu'il avait également surprise dans son sommeil.

C'était la deuxième fois en moins d'une semaine qu'il s'introduisait dans cet appartement, que la victime partageait avec sa soeur étudiante. La première fois, il était entré de jour par effraction et avait volé un trousseau de clefs, ce qui lui avait permis de revenir de nuit, quelques jours plus tard, avec cette fois une cagoule et une corde - qui allait lui servir pour étrangler la victime. Il a raconté qu'il "voulait lui couper les poils" (ce qu'il a fait) et "la voir nue", mais n'a pas su expliquer pourquoi.

Confondu et interpellé en 2013 par une empreinte qu'il avait laissée en 1986 sur le lieu d'un de ses crimes, Nicolas Charbonnier encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu mercredi 23 mars.

La compte-rendu de la seconde journée du procès, par Grégory Fraize, Mathias Gally et Xavier Ganaye

La seconde journée du procès Charbonnier
Le récit de Grégory Fraize - France 3 Alsace - G.Fraize, X.Ganaye

 

Troisième jour du procès: la personnalité de Nicolas Charbonnier vue par ses proches

Ce lundi matin, c'est Patricia Huckel, une viticultrice de 57 ans qui a été entendue en tant que témoin. Dans la nuit du 5 au 6 octobre 1985 elle a été violée à Schiltigheim. Une corde et un couteau, dérobé dans la cisine, ont été retrouvés sur les lieux. La victime est intimement persuadée que l'auteur est Nicolas Charbonnier, et a parlé de son traumatisme qui ne la quittait pas. C'est ce qu'a expliqué son avocate maître Marie Juras.

les explications de Maître Marie Juras
L'avocate de Patricia Huckel affirme que sa cliente est certaine que l'auteur de son viol est bien Nicolas Charbonnier - Interview recueillie par Grégory Friaze et Yves Ledig. Maître Marie Juras avocate de Patricia Huckel

Mais les faits sont precrits comme l'a rappelé l'avocat général, Laurent Guy; seuls sont retenus les 2 crimes commis en 1986: le meurtre de Martine Riss 17 ans et le viol de Marion Villain, 10 ans à l'époque.

l'avocat général Laurent Guy
Une de ses soeurs / © Gally
Une de ses soeurs / © Gally

Ensuite c'est la famille de Nicolas Charbonnier qui a été entendue. Deux soeurs et un frère sont allés à la barre, expliquer l'ampleur du choc pour toute la famille au moment de l'arrestation de leur frère en 2013.

Son frère / © Gally
Son frère / © Gally

Son autre soeur / © Gally
Son autre soeur / © Gally
"On vous aime"

Le père de l'accusé a voulu s'adresser longuement aux familles des victimes, il a souhaité que les terreurs qui les hantent les quittent enfin pour qu'elles puissent enfin s'endormir le soir. Et leur a adressé une déclaration d'amour, de la part d'une famille détruite à d'autres familles détruites.

Le père de Nicolas Charbonnier / © Gally
Le père de Nicolas Charbonnier / © Gally

Son ex-épouse / © Gally
Son ex-épouse / © Gally

Quant à son ex-épouse, 42 ans, cadre supérieure, qui a vécu près de 20 ans avec lui avant de divorcer en 2009, elle a décrit un père exemplaire, un homme qui n'a jamais été violent, qui n'a jamais perdu son sang froid, gentil, protecteur, bienveillant et dévoué.
Enfin, le psychologue qui a pu s'entretenir avec Nicolas Charbonnier a lui parlé d'une personnalité perverse sur un mode sadique.

3ème jour procès Charbonnier
La famille de Nicolas charbonnier est allée à la barre et a parlé de son effarement lorsqu'elle a appris les faits. - Reportage de Grégory Fraize et d

Demain mardi, la parole sera aux experts qui analyseront le profil de l'accusé.

La parole aux psychiatres et aux avocats des parties civiles

Quatrième jour d'audience à la Cour d'assises du Bas-Rhin qui juge Nicolas Charbonnier pour le meurtre d'une jeune femme et le viol d'une fillette à Strasbourg en 1986.

© Mathias Gally
© Mathias Gally

Nicolas Charbonnier a affirmé plusieurs fois qu'il ne se souvenait pas de ses actes les plus atroces. Pour les psychiatres appelés à décrire l'accusé ce mardi devant la cour d'assises du Bas-Rhin, il s'agit d'une amnésie peu crédible, d'un système de défense mis en place par un individu narcissique, aujourd'hui spectateur de son propre procès.

Ce mardi, l'hypothèse des cambriolages qui ont mal tourné a aussi été démontée lors de sa plaidoirie par l'avocat de la famille Villain. Il a rappelé la souffrance de ses clientes, causée par les actes d'un homme pour qui le vol de 200 francs n'avait été qu'un bonus à l'assouvissement de pulsions sexuelles sadiques, sur une fillette de 10 ans..

L'avocate de la famille Riss a, elle, souligné l'acharnement sur le corps mourant de la jeune Martine. La strangulation, l'agonie, elle a parlé d'un meurtre assorti de torture et de barbarie. Des termes qui figurent dans l'acte d'accusation et qui permettent que cette affaire ne soit pas prescrite.

Procès de Nicolas Charbonnier : la parole aux psychiatres
4ème jour d'audience à la Cour d'assises du Bas-Rhin qui juge Nicolas Charbonnier pour le meurtre d'une jeune femme et le viol d'une fillette à Strasbourg en 1986.. Aujourd'hui les experts psychiatres se sont succédés à la barre pour décrire la personnalité de l'accusé, avant de laisser la place aux plaidoiries des avocats des parties civiles..  - Gregory Fraize Yves Ledig

Les victimes attendent de ce procés la possibilité de passer à autre chose après 30 ans. Elles ne quantifient pas la condamnation éspérée. L'avocat général s'en chargera demain matin, dans son réquisitoire.

Perpépuité requise à l'encontre de Nicolas Charbonnier

Après cinq jour de procès, c'était au tour de l'avocat général d'intervenir ce mercredi matin. Au terme d'une plaidoirie de près de deux heures, Laurent Guy. a requis à l'encontre de Nicolas Charbonnier, 52 ans, la réclusion criminelle à perpétuité.

L'avocat général Laurent Guy / © Dessin Mathias Gally
L'avocat général Laurent Guy / © Dessin Mathias Gally

Deux heures durant lesquelles Laurent Guy a parlé, sagissant des crimes commis en 1986 à Strasbourg : "des crimes commis avec méthode et sérénité. La violence, le choix des lieux, de victimes sans défense, endormies, agressées chez elles, dans leur lit. Des actes sauvages. L'avocat général a aussi ajouté : "il y a 30 ans, certes. 30 ans c'est long mais pour les victimes c'est comme si c'était hier."

Laurent Guy, l'avocat général lors de sa plaidoirie et au premier plan les avocats de la défense / © Dessin Mathias Gally
Laurent Guy, l'avocat général lors de sa plaidoirie et au premier plan les avocats de la défense / © Dessin Mathias Gally

Maîtres Eric Braun et Caroline Bolla, les avocats de la défense plaident d'ici la fin de la matinée. Puis l'accusé pourra ensuite, s'il le souhaite, prendre la parole une dernière fois. La cour se retirera enfin pour délibérer.

L'arrêt de la cour devrait être connu en cours d'après-midi.

L'accusé : "c'est un énorme gâchis, je demande pardon"

A la toute fin de son procès, juste après les plaidoiries des deux avocats de la défense, Nicolas Charbonnier a pris la parole une dernière fois pour demander pardon.
Nicolas Charbonnier / © Dessin de Mathias Gally
Nicolas Charbonnier / © Dessin de Mathias Gally
La déclaration devant la cour et les jurés : "Je voudrais sincèrement, du plus profond de mon coeur, demander pardon à la famille de Martine Riss et à Marion Villain. Pardon d'avoir été ce jeune homme meurtrier, ce jeune homme violeur, je hais ce jeune homme que j'ai été. C'est un énorme gâchis. Je demande pardon" (verbatim)
Maître Braun avocat de la défense / © Mathias Gally
Maître Braun avocat de la défense / © Mathias Gally

En fin de matinée mercredi, lors de leur plaidoiries, les deux avocats de la défense ont rappelé que Nicolas Charbonnier "veut et doit payer" ses crimes (Maître Braun), qu'il a avoués car il ne veut pas "se résumer (...) aux actes qu'il a commis en 1986; il n'est pas que cela", "Il a repris son âme au diable". "Le Charbonnier d'hier n'est pas le Charbonnier d'aujourd'hui", a renchéri sa consoeur Me Caroline Bolla, pour qui son client ne mérite pas la perpétuité car "il n'est plus dangereux pour la société".
Maître Bolla avocat de la défense / © Dessin de Mathias Gally
Maître Bolla avocat de la défense / © Dessin de Mathias Gally
Après cette déclaration de Nicolas Charbonnier, la cour s'est retirée pour délibérer. L'arrêt devrait être rendu dans l'après-midi. L'accusé risque une peine de 30 années de réclusion criminelle.


© Dessin : Mathias Gally
© Dessin : Mathias Gally

 

Verdict : réclusion criminelle à perpétuité

La cour d'assises du Bas-Rhin vient de rendre son verdict dans le procès de Nicolas Charbonnier. L'accusé a été condamné à la perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 15 ans, pour ses crimes commis à Strasbourg en 1986, conformément aux réquisitions de l'avocat général mercredi matin.
Verdict : réclusion criminelle à perpétuité
La cour d'assises du Bas-Rhin vient de rendre son verdict dans le procès de Nicolas Charbonnier. L'accusé a été condamné à la perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 15 ans, pour ses crimes commis à Strasbourg en 1986, conformément aux réquisitions de l'avocat général mercredi matin. - Grégory Fraize et Yves Ledig

© Dessin : Mathias Gally
© Dessin : Mathias Gally
Un délibéré assez rapide après cinq jours de procès puisqu'il n'aura fallu que deux heures aux jurés pour se prononcer. A noter que la notion d'acte de barbarie pour le meurtre de Martine Riss a été retenue même si "couper des poils pubiens, ce n'est pas un acte de barbarie !", avait expliqué l'un des avocats de la défense, maître Eric Braun en fin de matinée. Nicolas Charbonnier a maintenant dix jours pour faire appel. Maître Braun a cependant fait savoir à l'issue du procès que son client n'envisageait pas de faire appel.