Strasbourg : agressé, il propose 5000 euros contre témoignage, la police alerte sur d'éventuelles dérives

A Strasbourg, un quinquagénaire a déposé plainte après avoir été agressé dans un parc de la ville. Fait rare en France, il déclare offrir 5000 euros aux personnes qui permettraient d’identifier ses agresseurs. La police reconnaît qu’un tel appel est autorisé, mais prévient de possibles dérives.
A Strasbourg, un quinquagénaire a déposé plainte après avoir été agressé dans un parc de la ville.
A Strasbourg, un quinquagénaire a déposé plainte après avoir été agressé dans un parc de la ville. © Marc Bianco

A Strasbourg, un quinquagénaire a déposé plainte après avoir été agressé aux abords d'un parc de Strasbourg. Les faits remontent au 15 juin 2021. Dans la soirée, l'homme est agressé et roué de coups par plusieurs individus, aux abords du parc de la Citadelle. Les services de secours et de pompiers sont intervenus après avoir été prévenus par un couple.

Fait surprenant, la victime déclare offrir 5000 euros aux personnes qui permettraient d’identifier le groupe d'agresseurs. La police indique qu’un tel appel n'est pas interdit, mais peut aussi avoir des conséquences délicates sur l’enquête.

"Ma vie est complètement bouleversée depuis cette agression, ils m'ont cassé des dents et je dois me faire opérer, j'ai mal partout et ne peux pas aller travailler. Je suis un artiste et quand je ne travaille pas je ne gagne pas d'argent", indique le quinquagénaire, d'où un appel aux dons sur les réseaux sociaux.

En parallèle, il propose aussi une récompense et explique avoir pensé aux faux témoignages, mais est "convaincu que sans récompense personne ne parlera. Il y avait des gens sur place, qui ont appelé les secours, mais ils ont peur de témoigner. Moi je veux simplement que ces agresseurs soient arrêtés." La somme a été réunie par sa famille et doit montrer combien cette agression a été violente pour lui.

Il ne veut pas faire justice lui-même dit-il, en précisant "Tous les renseignements qui me reviennent sont transmis à la police, c'est à eux de mener l'enquête." Le quinquagénaire a pris une avocate pour le défendre, lui qui n'avait jamais été confronté à de tels actes auparavant. 


Selon les forces de l'ordre, les bandes vidéo des caméras de surveillance sont à l’étude. Elles révèleront peut-être des éléments utiles à direction départementale de la sureté départementale (DDSP) chargée de l’enquête.

La récompense contre renseignement n’est pas interdite, comme nous le confirme le pôle judiciaire de la direction générale de la police nationale, mais contrairement aux Etats-Unis, elle est très peu utilisée en France. "Dans ce cas précis, c’est l’agressé qui promet la récompense, pas la police" indique le service de communication de la police. "On comprend très bien le désarroi de la victime, mais un tel appel peut aussi avoir des effets pervers. On peut se retrouver face à un afflux d’appels de faux témoins, ce qui peut rendre l’enquête beaucoup plus compliquée", précise le porte-parole.

S’il existe des témoins de cette agression, il les invite plutôt à contacter la police et à apporter leur témoignage. "On n’a pas besoin d’argent pour faire un geste civique, il faut se mettre dans la tête qu’un jour, on peut être la victime et on sera bien content que quelqu’un témoigne sans toucher d’argent." Selon l' Article 226-10 du code pénal, la dénonciation calomnieuse est punie par la loi de cinq ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende.

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