Strasbourg: une classe de seconde du lycée Kléber vend des lingettes démaquillantes lavables

Pour se démaquiller sans gaspiller, la belle idée de quelques lycéens / © Document remis
Pour se démaquiller sans gaspiller, la belle idée de quelques lycéens / © Document remis

Des carrés de coton lavables, pour lutter contre le gaspillage et créer de l'emploi. C'est la belle idée de lycéens strasbourgeois, réunis en mini-entreprise. De l'idée à la commercialisation, ils ont déjà franchi le pas, et se préparent à participer au concours "Entreprendre pour apprendre".
 

Par Sabine Pfeiffer

En lieu et place de cotons démaquillants à jeter, des lingettes fabriquées à partir de manières recyclées. L'idée est simple, mais il fallait y penser, et la réaliser. Des lycéens l'ont fait. Cette douzaine d'élèves en classe de seconde au lycée Kléber à Strasbourg s'est lancée dans la production et la commercialisation de carrés de coton de 9 centimètres sur 9, à base de tissus tous doux et lavables. Une expérience passionnante pour ces jeunes, dans le cadre d'une mini-entreprise créée pour la durée de cette année scolaire, qu'ils ont nommée Cot'n'co. Et un beau projet qui pourrait bien être pérennisé.
L'équipe de Cot'n'co vendant ses produits dans un centre commercial de Strasbourg, le 30 mars dernier / © Document remis
L'équipe de Cot'n'co vendant ses produits dans un centre commercial de Strasbourg, le 30 mars dernier / © Document remis


"Les audacieux créateurs de l’entreprise Cot’n’co"

Dans la mini-entreprise Cot'n'co, il y a la PDG Anaïs et son adjointe Claire, ainsi qu'une dizaine de membres répartis en cinq services : communication-marketing, commercial, financier, production et administratif-ressources humaines. Les attributions des postes se sont faites en début d'année, suite à des entretiens d'embauche très officiels, menés par des intervenants extérieurs au lycée, dont un véritable chef d'entreprise. Désormais, chaque fonction est endossée par un ou deux élèves extrêmement investis, qui donnent de leur temps bien au-delà des deux heures hebdomadaires réservées au projet dans le cadre scolaire.

Mais leur investissement en vaut la peine. Car en à peine six mois, ces lycéens ont réussi à monter leur projet à partir de rien, à trouver le financement de départ, la matière première, le lieu de production, et ils réalisent déjà les premières ventes, dont une partie sur Internet. "C'est vraiment un cours d'économie en soi, se réjouit Léo Heutel, membre du groupe et responsable commercial de Cot'n'co. "On apprend la théorie en cours de sciences économiques, et on passe à la pratique directement après. C'est un aspect pédagogique qu'on ne trouve nulle part ailleurs."


Une mini-entreprise créée à partir de rien

En septembre 2018, ces élèves en classe de seconde étaient volontaires pour se lancer, à côté de leurs cours habituels, dans la création d'une mini-entreprise, et de mener l'aventure jusqu'au bout durant toute l'année scolaire. Avec pour mot d'ordre : développement durable. Jusqu'à trouver LA bonne idée, ils ont commencé par d'innombrables séances de brainstorming, pour déterminer ce qui pouvait être utile, écologique, et réalisable à leur échelle. Pour finir par comprendre que des lingettes de coton recyclé pouvaient répondre à tous ces critères. "Au début de l'année, c'est un peu le flou, on ne sait pas vraiment ce que ça peut donner, tout cela paraît très abstrait, reconnaît Lauranne Rohmer, l'enseignante qui encadre le groupe. Puis petit à petit, des étapes du projet se concrétisent et on sent la motivation grandissante chez les élèves."

Après avoir fait une étude de marché qui les a confortés dans leur idée, les lycéens sont partis en quête de la matière première.
C'est une entreprise spécialisée en produits de puériculture, Grandir Nature, qui leur a fourni la solution. Elle voulait justement se débarrasser d'un gros stock – dix palettes - d'invendus de couches lavables pour bébés. Des couches neuves, contenant de la microfibre. Le produit idéal pour servir de base à des lingettes lavables, et douces pour la peau du visage.  

Ensuite, la joyeuse bande de (non)-salariés de Cot'n'co a démarché de potentiels sites de production. Et fini par trouver un accord avec l'association Emmaüs de Mundolsheim, mi-février. L'association a fourni une machine à coudre, et trouvé une personne en réinsertion sociale acceptant, contre rémunération, de fabriquer les carrés. Emmaüs donne aussi des chutes de tissu, qui permettent d'agrémenter les lingettes et leur donner davantage d'épaisseur. Et mi-mars, la production a pu commencer.
 
Une production assez intensive dès le départ / © Document remis
Une production assez intensive dès le départ / © Document remis
 

Vente en ligne et lieux de vente ponctuels

Pour se constituer un pactole de démarrage, les lycéens ont réalisé des micro-emprunts de 4 euros sous forme d'avance remboursable. Rapidement, les 500 euros nécessaires étaient réunis. Lors d'une première vente, le 30 mars dernier, dans l'enceinte d'un centre commercial strasbourgeois, ils ont réussi à écouler plusieurs centaines de lingettes, ce qui leur permet déjà de rembourser cette dette initiale. Ils ont aussi ouvert un site de vente en ligne, qu'ils gèrent de A à Z, et grâce auquel ils ont pu honorer une quinzaine de commandes supplémentaires, "ce qui fait encore plus de 100 euros" précise fièrement le responsable commercial. Les carrés de coton sont proposés par packs de deux à 3,90 euros, ou par cinq à 8,90 euros. Et 20% des bénéfices seront reversés à l'association Emmaüs.  
 
Le transport des lingettes entre lieux de production et de vente / © Document remis
Le transport des lingettes entre lieux de production et de vente / © Document remis


Championnat en vue

Depuis un mois, ces jeunes ne comptent plus leurs heures. Car parallèlement à la vente, ils doivent se préparer au concours qui leur permettra de se confronter aux autres mini-entreprises lycéennes, concours encadré par l'association "Entreprendre pour apprendre". (Pour Léo, cette association porte bien son nom, "car on apprend plein de choses.") La première manche, régionale, aura lieu le 5 mai au Conseil de l'Europe, sous la forme d'un salon des mini-entreprises, où le jury déambulera entre les stands. Les membres de Cot'n'co devront aussi y présenter leur projet de façon originale, en quatre minutes chrono. S'ils sont sélectionnés, ils se rendront ensuite à Lille les 5 et 6 juin, où se déroulera le championnat national, immédiatement suivi du championnat européen.


Une mini-entreprise sur les rails

Mais une victoire, régionale, nationale ou internationale ne serait qu'une simple cerise sur le gâteau. Car, quoi qu'il en soit, Cot'n'co est sur les rails. "En fin d'année, ce genre de mini-entreprise a pour vocation soit d'être refermée, soit de rester ouverte", explique Léo. Pour Cot'n'co, c'est la seconde option qui s'impose. A l'issue de cette année scolaire, l'entreprise devrait être reprise et poursuivie par Emmaüs Mundolsheim. D'autant plus qu'une (très) grosse commande de plusieurs milliers de lingettes se profile déjà pour cet été.

A l'orée des grandes vacances, les cadres de la mini-entreprise devront tous rendre leur tablier. Mais ils sortiront profondément enrichis de cette année scolaire pas comme les autres, qui leur aura fait découvrir le monde de l'entreprise, et participer, à leur échelle, à la transition écologique. "C'est (…) extrêmement enrichissant, autant pour eux que pour moi, résume leur enseignante, Lauranne Rohmer. Ils apprennent énormément en se confrontant au réel, et réalisent qu'on peut partir de zéro et créer de belles choses."

Les membres de Cot'n'co vendront aussi leurs produits ce samedi 6 avril, dès 13h, au Pavillon Joséphine, parc de l'Orangerie, à Strasbourg, ainsi que le 19 mai prochain à Weyersheim, dans le cadre de l'éco-manifestation Basse Zorn à l'An Vert.
 

Sur le même sujet

Quentin Bigot

Les + Lus