Strasbourg : musulmans, juifs et chrétiens réunis pour un match de foot interreligieux ce dimanche 24 octobre

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Écrit par Sabine Pfeiffer
Sid Cheaibi et deux membres de son club présentent les tee shirts qui seront portés lors du match interreligieux
Sid Cheaibi et deux membres de son club présentent les tee shirts qui seront portés lors du match interreligieux © Sid Cheaibi

Dix musulmans, dix juifs et dix chrétiens vont jouer ensemble un match de foot interreligieux, ce dimanche 24 octobre, dans le quartier de la Meinau à Strasbourg. Une première dans la capitale alsacienne, initiée par le club International Meinau Académie.

Ce dimanche 24 octobre à 14 heures, le stade de la Canardière du quartier de la Meinau, à Strasbourg, va accueillir un match de foot pas tout à fait comme les autres. En effet, les joueurs n'ont pas été sélectionnés pour leurs compétences sportives, mais leur appartenance religieuse. Chacune des deux équipes sera constituée à parité de joueurs juifs, musulmans et chrétiens.

De plus, la victoire comptera moins que l'ambiance conviviale sur le terrain, et la portée symbolique de ce moment. Qui se prolongera par un buffet et un temps d'échange amical.      

Un club voisin d'une mosquée, d'une synagogue et d'une église

"En ce moment, avec la crise du covid et les protagonistes sont en train de diviser la France, on voulait marquer le coup avec un événement de solidarité", explique Sid Cheaibi, directeur sportif du club International Meinau Académie et initiateur du projet.

Depuis deux mois, il s'investit à fond pour concrétiser cet événement, dont l'idée lui trotte en tête depuis près d'une année. L'objectif est simple : "réunir les gens" et "créer des liens entre les différentes communautés religieuses présentes sur le territoire."

Le club International Meinau Académie compte "480 licenciés de tous bords, toutes confessions et toutes origines""Nous sommes beaucoup portés sur les actions sociales depuis trois ans", assure son directeur. Mais l'idée de ce match interreligieux lui est venue lorsqu'il a constaté que le club se situait "à moins de 400 mètres" de trois édifices cultuels : une synagogue, une mosquée et une église.  

Le projet est très bien acccueilli

A la fin de l'été, Sid Cheaibi se lance donc. Troquant son maillot contre un bâton de pèlerin, il fait la tournée des lieux religieux de son quartier. "J'ai pris rendez-vous avec le rabbin, l'imam et le responsable de la communauté chrétienne", raconte-t-il.

A chaque fois, il se sent très bien accueilli. Saliou Faye, imam de la mosquée, Mendel Samama, rabbin de la synagogue, et Jean-Philippe Maurer, conseiller municipal et membre de la paroisse protestante, "ont été très réceptifs, et emballés par le projet".

Chacun accepte volontiers sa mission : "recruter dix joueurs de leur propre communauté religieuse." Sid Cheaibi ne demande pas que les recrues vivent toutes dans le quartier, ni qu'elles soient affiliées à un club. Mais qu'il s'agisse "juste de gens prêts à participer à un moment de joie." Afin de "mettre l'accent sur l'aspect festif plus que sur les compétences sportives." En outre, il souhaite "des seniors de plus de 35 ans", pour que "les plus âgés s'emparent du terrain pour donner l'exemple aux jeunes."

Des réunions pour mieux se connaître

Ces premiers contacts sont suivis de plusieurs réunions, durant lesquelles chacun peut rendre compte "de ses propres avancées par rapport au recrutement." Mais avant tout, ces rencontres, auxquelles "deux, trois personnes" - dont le président de la mosquée de Strasbourg, et un parent du club - se rajoutent, permettent à tous de mieux se connaître. "C'étaient de très beaux moments d'échanges et de fraternité" se réjouit le directeur d'International Meinau Académie.

C'étaient de très beaux moments d'échanges et de fraternité.

Sid Cheaibi, directeur d'International Meinau Académie

Rapidement, les trente joueurs sont trouvés : "dix de confession musulmane, dix de confession juive et dix de confessions chrétiennes" – catholiques, protestants et protestants évangéliques. Ils "viennent de différentes classes sociales, et pas forcément de Strasbourg" précise Sid Cheaibi.

De son côté, lui-même reçoit pas mal de candidatures spontanées : "beaucoup de gens m'ont contacté pour participer, mais malheureusement, les places étaient déjà prises", sourit-il.

Le déroulement du jour J

Ce dimanche 24 octobre, c'est bien sûr Sid Cheaibi qui va "piloter toute l'organisation", accueillir les joueurs et leur "expliquer comment le match va se dérouler." Un tirage au sort définira la composition des deux équipes avec, à chaque fois, "cinq personnes de chaque confession", dont quatre remplaçants.  

Mais les spectateurs ne distingueront pas ceux qui, parmi les joueurs, prie Dieu, Jésus ou Allah. En effet, les maillots spécialement réalisés avec un slogan évocateur, "foot et nous la paix", sont aux couleurs de la République, histoire de "marquer le coup". "L'une des équipes sera en bleu, l'autre en rouge, et les arbitres en blanc", précise Sid Cheaibi.

D'ailleurs, parlant d'arbitres, pas question de laisser planer l'idée d'un lien entre religions monothéistes et masculinité dominante. Là aussi, Sid Cheaibi veille : "Pour la petite touche, on met des femmes arbitres sur le terrain. Des filles du club, bien sûr. Qui vont représenter l'autorité, et gérer le match."

Pour la petite touche, on met des femmes arbitres sur le terrain. Qui vont représenter l'autorité.

Sid Cheaibi, directeur de l'International Meinau Académie

En tribunes, le directeur d'International Meinau Académie espère du monde. Un public nombreux, représentant toutes les communautés religieuses participantes. En outre, il a sollicité "maire, préfet, entités politiques et religieuses", et assure que "la plupart ont répondu présent. Tous ont été emballés et nous ont félicités. On a eu de beaux retours."

A l'issue des 90 minutes, tous pourront se retrouver pour un temps d'échange, tout en mangeant un morceau. Bien entendu, cette fois, knacks et tartes flambées aux lardons seront bannis. Le choix du menu, aussi, a été débattu lors des réunions préparatoires. "On a tranché pour de la nourriture kasher, compatible avec les trois religions", précise l'instigateur de l'événement. "C'est un traiteur juif qui va gérer la restauration."    

"Il y aura d'autres éditions"

Des initiatives de ce genre sont encore très rares. Un match de football interreligieux pour la paix s'est déroulé en 2014 à Rome, à l'initiative du pape François. Et un autre à l'Haÿ-les-Roses (Ile-de-France) en avril 2019. Mais à Strasbourg, c'est une grande première. Et Sid Cheaibi voit déjà plus loin.

"C'est une première édition, mais on va bien sûr la refaire, pour s'améliorer et élargir notre réseau" promet-il. Il prévoit d'ores et déjà d'intégrer d'autres confessions et d'autres religions à ces futures rencontres, ainsi que "des personnes autres que religieuses. Car le but, c'est de réunir les gens." Et de démontrer, par le plaisir du jeu, que vivre ensemble, se respecter et s'enrichir mutuellement, ce n'est finalement pas si compliqué.

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