Tabac : Novembre va-t-il enterrer la cigarette ou les buralistes alsaciens ?

Augmentation du prix du tabac / © SYLVIE CAMBON / Max PPP
Augmentation du prix du tabac / © SYLVIE CAMBON / Max PPP

C'est la Toussaint, c'est la déprime pour tout le monde et surtout pour les buralistes. Ce mois de novembre leur est disons particulièrement hostile. Nouvelle hausse du prix du paquet de cigarettes et démarrage en fanfare du traditionnel "mois sans tabac". Dur dur.

Par Cécile Poure

C'est le moment ou jamais d'arrêter de fumer. Le message est on ne peut plus clair. Hausse de 50 centimes du paquet de cigarettes (encore une) et lancement de la campagne "Mois sans tabac". Oui en novembre, les fumeurs sont passés à tabac. Et ce sont nos voisins, les buralistes allemands, qui se frottent les mains.
  

Le seuil des 10 euros dépassé


Voilà c'est fait. Avec cette nouvelle hausse du prix du tabac, la neuvième depuis le début du quinquennat Macron en mai 2017, certains paquets dépassent désormais, le seuil pas si symbolique, des 10 euros.
Il s'agit des Gauloises brunes (10 euros) et des Gitanes (10.50 euros).

En novembre 2020, ce sont tous les paquets qui passeront à deux chiffres. Le résultat d'une taxation continue du tabac, enjeu de santé publique. Enjeu économique également. En quatre ans, le prix du paquet aura doublé. Les chiffres ne ment(hol) pas. 
 

Oui, il est bien loin le temps des concours de tabagie des années 50. 


Les fumeurs vont voir ailleurs


Les Alsaciens en Allemagne. 
Si globalement, depuis 2018, les ventes de tabac ont diminué de 9.32% en France, cela ne veut pas dire pour autant que les Français fument proportionnellement moins. Car de plus en plus se tournent vers d'autres circuits d'approvisionnement. Et chez nous, c'est simple, il suffit de prendre...un  pont.

Et c'est ce que confirment les chiffres publiés par la Seita, filiale française du groupe Imperial Brands. " Nous procédons à une enquête européenne via KPMG, un cabinet d'audit, chaque année" explique Hervé Natali, responsable Seita  des relations territoriales et de la lutte contre la contrebande de tabac. Et les résultats sont surprenants.

Alors que le Grand Est, avec 30.1% d'adultes qui fument quotidiennement, est la région française où l'on fume le plus, (25.4% de fumeurs en France) les livraisons chez les buralistes sont par contre en chute libre. Inversement proportionnel aux livraisons chez leurs homologues allemands.
 
Historique des livraisons de tabac France vs Allemagne / Luxembourg / © Seita
Historique des livraisons de tabac France vs Allemagne / Luxembourg / © Seita

Autre méthode, un peu moins conventionnelle, le comptage de paquets étrangers jetés ... dans la rue. " Que voulez-vous, on fait ce qu'on peut. Cela fait des années que l'on demande au gouvernement un observatoire sur la contrebande du tabac. En vain. Alors on fait avec nos propres moyens. Deux fois par an, dans 126 villes françaises, on quadrille les rues et on ramasse tous les paquets de cigarettes lisibles." 
 
Comptage des paquets dans la rue / © Seita
Comptage des paquets dans la rue / © Seita
 Plus les prix grimpent, plus les paquets trouvés proviennent de l'étranger.


Les buralistes alsaciens pris à la gorge


Patrice Soihier est buraliste à Obernai. Il est aussi président de la chambre syndicale du Bas-Rhin. " Pour nous, ça commence à devenir très très compliqué." Dans le Bas-Rhin, en l'espace de 17 ans, la moitié des buralistes ont disparu. Un tout petit peu moins dans le Haut-Rhin.

Dans le Bas-Rhin, en 17 ans, la moitié des buralistes ont disparu
-Patrice Soihier, buraliste-


"Le problème ce n'est pas tant que le gouvernement augmente les taxes sur le prix du paquet mais la concurrence déloyale étrangère. Nous ce que nous demandons c'est une harmonisation européenne. Mais là franchement, on peut toujours rêver. Vous imaginez l'Allemagne aligner ses prix sur la France alors qu'à sa frontière les pays de l'Est proposent des cigarettes encore moins chères ? Ce serait, pour elle, se tirer une balle dans le pied. Du coup ce qu'il faudrait c'est d'abord instaurer un moratoire en France, arrêter d'augmenter les prix des cigarettes, le temps que tous les pays harmonisent leurs prix." 

Lutter contre le tabagisme c'est bien mais il faut harmoniser les prix du tabac en Europe
-Patrice Soihier, buraliste-

"On ne peut pas en vouloir aux gens d'aller en Allemagne, ils en ont le droit. Mais à un moment, il faut juste être cohérent. Soit le tabac c'est dangereux, on le taxe dans toute l'Europe et on n'a pas le droit de lui faire traverser la frontière, comme les armes finalement. Soit c'est pas dangereux et on le taxe moins. Le problème c'est ça : la circulation du tabac ..."

"Vous imaginez. On peut ramener d'Allemagne jusqu'à quatre cartouches de cigarettes par trajet. Sachant qu'on économise 25 euros par cartouche et qu'on peut disons à Strasbourg faire dix aller-retour dans la journée, les petits malins peuvent se faire une plus-value de 250 euros par jour. Un super salaire à la fin du mois. C'est ce que j'appelle le trafic de fourmis." 

Un trafic qui pèse lourd. Le volume des ventes de cigarettes dans le Bas-Rhin a chuté de 15 à 20% en deux ans à peine. "Les régions frontalières comme l'Est, le Nord ou les départements proches de l'Espagne sont les grands oubliés du gouvernement car les chiffres nationaux sont moins significatifs. Les buralistes bretons s'en sortent bien mieux que nous évidemment...et qu'est ce que ça va être l'année prochaine .." 

Et Patrice Soihier de rajouter. " A 93 euros la cartouche, les buralistes vont être bientôt exposés à des braquages ... au même titres que les bijoutiers." 


Le mois sans tabac, c'est parti


Pas de braquage chez les buralistes ce mois-ci si tous les fumeurs relèvent le défi du "mois sans tabac". C'est déjà ça. Concomitamment à la hausse du prix du tabac, aujourd'hui c'est aussi le premier jour de cette l'opération collective qui invite les Français à se faire aider et à s'encourager mutuellement pour arrêter la cigarette. Pendant un mois pour commencer. Car trente jours, selon les autorités de santé, c'est la durée au-delà de laquelle les symptômes de manque sont considérablement réduits.
 

Plus de 241 000 personnes s'étaient inscrites en 2018, 162 000 le sont déjà cette année pour ce premier jour.  

 

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