VIDÉO - Strasbourg : "nous sommes l'université et pas une entreprise", une tribune interpelle Michel Deneken

Une tribune de 100 universitaires publiée le 21 février chez Médiapart interpelle Michel Deneken, le président de l'université de Strasbourg (Bas-Rhin). Ces universitaires dénoncent "la destruction méthodique de leur service public".

Michel Deneken est devenu le président de l'université de Strasbourg (Bas-Rhin) en 2016.
Michel Deneken est devenu le président de l'université de Strasbourg (Bas-Rhin) en 2016. © Jean-Marc Loos, MaxPPP
L'Unistra, l'université de Strasbourg, est-elle une entreprise ? Les 100 universitaires à l'origine d'une pétition publiée par Médiapart le vendredi 21 février 2020 ont leur avis sur la question. Et il est tranché : "Nous ne sommes pas une entreprise, nous ne sommes pas des "opérateurs" et vous n'êtes pas notre patron. Depuis de trop longues années, nous devons subir la lente déformation de notre idéal..."

La centaine de signataires rappelle certaines valeurs qui fondent leur mission : "égalité dans l'accès au savoir, collégialité et liberté académique, recherche collective de la vérité, imagination scientifique". Et dénonce "l'entravement de leur activité, la réduction du nombre de personnels permanents, et les financements aléatoires".
 

Une "métaphore"

Ce cri du coeur fait suite à une interview de Michel Deneken, le président de l'université de Strasbourg (Bas-Rhin), publiée dans les Dernières nouvelles d'Alsace (DNA, accès soumis à abonnement) le jeudi 13 février 2020. Il y déclarait : "Nous sommes une entreprise qui a du mal à être heureuse d'avoir plus de clients." C'est cette phrase qui a suscité la polémique. In extenso, Michel Deneken ajoutait : "Nous n'avons pas le droit d'augmenter le nombre de m², pas de création d'emplois depuis plusieurs années. Nous avons plus d'étudiants et moins de professeurs.". Il concluait : "Nous sommes victimes de notre attractivité."

Interrogé par France 3 Alsace (voir  l'interview intégrale dans la vidéo ci-dessous), Michel Deneken se dit "pris à parti" et explique notamment : "On m'a demandé comment nous gérions le fait que nous soyions passés de 43.000 à 55.000 étudiants en 10 ans, sans moyens supplémentaires. Et j'ai dit, c'est une métaphore, que nous sommes comme une entreprise qui ne se réjouit pas d'avoir plus de clients. Évidemment, si on sort une métaphore de son contexte, on peut en faire dire ce qu'on veut..."
 
"Je ne suis pas dupe : il y a derrière cette tribune des attaques très lourdes. Ce qui est admis dans la lutte politique ne l'est pas humainement. Ce texte prétend que je trahis et que je déshonore l'université et ses valeurs. Ce qui est une calomnie." 
 

La réponse des signataires

L'initiateur de la tribune, Jean-Philippe Heurtin, est enseignant à l'institut d'études politiques de Strasbourg. Il a commenté la réponse du président de l'université le mardi 25 février : "Nous maintenons la réponse qui lui a été adressée en tant que président de l'université, et pas en tant qu'individu. Nous réfutons cette métaphore, cette analogie avec l'entreprise. Le financement de l'université est actuellement dramatique, la loi programmatique va dans le mauvais sens." 

"Le fait que le président n'a pas cité une seule fois la notion de service public dans sa réponse est révélateur. Évidemment,
poursuit-il, l'économie peut bénéficier de l'université, mais à long terme. L'université enseigne à tous : elle est au service direct de la société, et non de l'économie." Un discours que l'on retrouve dans une réponse collective des signataires à Michel Deneken (voir document ci-dessous). Elle dénonce des courriers individuels de menaces que ce dernier aurait envoyé à plusieurs des personnels signataires de la tribune.
 

Réponse collective aux messages d'intimidation de Michel Deneken by Vincent Ballester on Scribd


Jean-Philippe Heurtin complète : "Sa réaction exagérée montre qu'on a touché juste. Ses attaques personnelles dénotent une gestion autoritaire de l'université, 'son' université. Nous défendons le concept de service public; la ministre de l'Enseignement supérieur a totalement échoué à défendre l'université face à Bercy. Elle a perdu tous ses arbitrages, et c'est maintenant le ministère de l'Économie qui décide du financement des universités."

Les prochaines élections à la présidence de l'université doivent avoir lieu à la fin de l'année 2020. 
 
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