Cédric Oberlé : “J’ai commencé tard, mais j'ai déjà une dizaine de meurtres à mon actif”

Cédric Oberlé et ses deux crimes / © Cédric Oberlé
Cédric Oberlé et ses deux crimes / © Cédric Oberlé

Sa vocation a été tardive: 42 ans. Mais en deux ans à peine, Cédric Oberlé a déjà assassiné une bonne dizaine de personnes. Sans dictinction de sexe ni d'âge. Sans mode opératoire particulier. Pire qu'un serial killer: un romancier.

Par Cécile Poure

J'appelle Cédric Oberlé un peu tremblante. Dix meurtres et au moins encore trois autres en préparation, pour un comptable de province, c'est déjà pas mal. Au téléphone, sa voix est douce, parfois même un peu timide. Pas de quoi être rassurée. L'homme cache bien son jeu, voilà tout. Son double jeu. Comptable et romancier. Ça ne s'invente pas.
 

Des chiffres et des lettres

Cédric Oberlé est comptable depuis 20 ans, pas vraiment une passion : "je suis cartésien, c'est un métier que j'arrive à faire sans trop me fouler et qui me va bien. Un job sûr, la facilité. Peut être que tous ces chiffres là, ça a créé une certaine frustration." Oui parce qu'un beau jour de 2017, Cédric Oberlé est passé à l'acte: " ça m'a pris comme une envie de pisser, c'est venu tout seul, sans vraiment d'explications." Etrange le type, je vous avais prévenu.

Ça m'a pris comme une envie de pisser, c'est venu tout seul
- Cédric Oberlé, romancier comptable-


Ainsi en 2017, comme ça, sur un coup de plume, ce quadragénaire bien sous tous rapports (comptables) se lance dans l'écriture de polars. " Je suis fan d'Agatha Christie et de Grangé. Je suis un ado atardé vous savez, j'aime le côté jeu du polar, les intrigues qui vous saisissent. Ça a été une envie. Et puis c'est un peu cliché de dire ça mais j'aime la langue française. On peut jouer à l'infini avec les mots, les paraboles, les métaphores." N'allez pas croire pour autant que Cédric Oberlé verse dans la poésie parnassienne. Lui c'est fleuri mais au sens figuré du terme, du genre "putain" quoi. " C'est un style disons direct. Direct, fleuri et cynique." Fans de Marc Lévy, passez votre chemin.
 

Wikipédia, dieu de la création (littéraire)

D'autant que ses intrigues bourgeonnent de macabés. Deux romans et déjà, on l'a dit, une dizaine de meurtres. Dans le premier Requiem pour l'oubli :  hécatombe à Lyon sur fond d'orchestre philarmonique et de cordes de violon autour du cou. Sympa. Dans le deuxième Afrika Vendetta : bain de sang sur la moquette et machettes dans la jungle. Exotique.

Il faut de l'imagination. "Dans ma bagnole, j'ai l'esprit qui vagabonde. J'ai les idées qui viennent et je les note dans mon carnet. Après j'ai des thèmes fétiches: la mémoire, la schizophrénie..." En voiture Simone ... Weber.
 

Pour l'orchestre philarmonique, vu que je suis plutôt "ACDC", j'ai tout cherché sur internet.
- Cédric Oberlé, romancier comptable-


De l'imaginaire mais pas seulement. Il faut aussi wikipédia. " Pour me documenter, je n'ai pas trop le temps entre mon boulot et ma famille de faire beacoup de recherches. Mon dieu c'est Wikipédia. Même si je prends ces infos avec des pincettes. Mais majoritairement, je cherche sur internet. Par exemple pour mon premier roman dont l'intrigue se situe à Lyon, je n'y suis allé qu'une seule fois il y a longtemps et pour l'orchestre philarmonique, vu que je suis plutôt ACDC, ben j'ai tout trouvé sur internet."
 
Internet dieu du polar / © rosytonrobertson
Internet dieu du polar / © rosytonrobertson

Curieux non ? Non justement. " Je suis pas curieux de nature en plus mais ça me force à l'être." Pour Afrika Vendetta, ça sent certes encore le cadavre mais aussi le vécu. " Pour la partie africaine, je me suis servi de mes treks là bas, je me suis vraiment éclaté." 

En revanche, Cédric Oberlé est tombé sur un os durant ses recherches numériques. "Ce qui est compliqué avec le polar moderne, c'est toutes les nouvelles technologies. Qu'est ce que c'est compliqué! Les relévés d'ADN, le travail de la police scientifique, c'est coton, faut s'accrocher. Je suis pas Thilliez moi, j'ai pas de réseau ... donc je maîtrise moyen. Je rêve de rencontrer la police scientifique un jour." L'appel est lancé : Castle made in Mulhouse, pourquoi pas ? 
 


Un bilan comptable pas terrible 

Pour le moment, écrire ne lui rapporte pas grand chose d'autre que de la satisfaction. C'est déjà pas mal vous me direz. " Ça me coûte un peu plus que ça ne me rapporte. C'est anodin. Pour le moment, ce n'est pas le but. Le but c'est de me faire connaître." Et pour ça, Cédric Oberlé est d'abord passé par les voies royales pour terminer dans les boîtes aux lettres. Je m'explique.
 

" J'ai vite compris qu'en tant qu'écrivain on est noyé dans la masse. Le nombre de personnes qui écrivent vous ne pouvez pas imaginer. Je crois que les maisons d'édition reçoivent plus de 500 manuscrits par an. J'ai essayé moi aussi. J'ai envoyé mon manuscrit à une dizaine de grandes maisons d'édition. Ils ne se sont pas cassées les noisettes franchement, j'ai reçu des lettres types: votre ouvrage ne rentre pas dans notre politique éditoriale, merci bien, blablabla."

J'ai envoyé mon mansucrit à une dizaine de grandes maisons d'édition. Ils ne se sont pas cassées les noisettes.
- Cédric Oberlé, romancier comptable


Le romancier n'en a pas pris ombrage. Le comptable si. " Ça m'a quand même coûté 120 euros par bouquin cette histoire. Entre les photocopies des 300 pages et l'envoi postal. Sans compter les malins qui veulent vous faire payer 4.600 euros pour éditer votre roman à compte d'auteur. Un monde de margoulins." 

Du coup, Cédric Oberlé se la joue modeste:  "j'ai trouvé une petite maison d'édition en Dordogne, Il était un e-book. Eux m'ont répondu tout de suite et m'ont encouragé. Je fais les salons, les dédicaces, et je tracte dans les boîtes aux lettres autour de chez moi pour me faire connaître." Le corbeau d'Obersaasheim. Voilà qui ferait un bon titre de polar. 
 
 

Comme disait Shakespeare 

"Nous savons ce que nous sommes, mais nous ignorons ce que nous pourrions être." C'était pas le roi de l'intrigue mais il avait le sens de la formule ce Shakespeare. C'est par ces mots que Cédric Oberlé résume la suite. " J'abandonnerais mon métier tout de suite si je vivais de ma plume. Mais j'ai encore l'esprit cartésien de comptable, j'y crois pas trop." Un peu quand même. " Ma compagne est emballée, emballée par mes romans. Mes amis aussi. Mes collègues aussi. Les critiques sur internet sont bonnes. La moins agréable c'est quand on m'a dit que c'était un bon roman de plage. Donc c'est plutôt encourageant. Ça plaît. Ça me plaît. "
 


"Requiem pour l'Oubli" a été vendu à 200 exemplaires. 100 pour "Afrika Vendetta". Le troisième sera peut-être un best seller. To be or not to be célèbre. That is the question. Il est en préparation en tous cas. "Je n'ai pas encore le titre, c'est la dernière chose que je trouve." En exclusivité, voici quelques indices. Il se passera en Alsace, à Riquewihr : "Un vieil homme surpend à 5h du mat' un corbillard en train de déposer un cadavre en forêt. Ce dernier ne finira pas bien non plus." Et voilà : déjà deux cadavres supplémentaires à son compte ... d'auteur.

 

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