MUNICIPALES 2020. Les gilets jaunes dans la campagne en Champagne-Ardenne

Plusieurs listes aux prochaines élections municipales seront largement inspirées par le récent mouvement des Gilets jaunes. Comment ont-elles, malgré leur défiance face au système, trouvé une place dans ce scrutin ? Exemple à Revin et Saint-Dizier, deux places fortes des gilets jaunes. 

Chabane Sehel, en veste rouge. (archives)
Chabane Sehel, en veste rouge. (archives) © France 3 Champagne-Ardenne
Les actions des gilets jaunes ont trouvé un écho médiatique pendant plus d'un an. Mouvement en dehors des partis, se voulant anti-système, quelle place a-t-il trouvé dans ces élections municipales ? Il n'y aura pas de liste estampillée "gilets jaunes" en Champagne-Ardenne. Mais une partie des militants compte bien faire entendre la voix des ronds-points dans les urnes en mars prochain. 
 

A Revin, les premiers à tout jamais


"Lundi prochain, j'irai à la préfecture à Charleville-Mézières avec mon dossier sous le bras et je peux vous le dire, je serai fier !" Chabane Sehel ne cache pas son émotion. "On a été les premiers !" Il y a quelques mois, quand la figure emblématique des gilets jaunes de Revin s'est lancé dans l'aventure, il n'en menait pas large. "Mais aujourd'hui, j'ai 43 noms, il suffisait d'en avoir 31 sur la liste." Chabane n'a que l'embarras du choix, "mais je vais constituer la liste la plus représentative de la ville," explique-t-il. "Cette liste est déjà une victoire." 
 

Puisqu'on ne peut pas changer le système, rentrons dans le système et faisons-le évoluer. 
- Chabane Sehel, tête de liste "Vivre Autrement à Revin"
 

Revin a été l'un des fiefs des gilets jaunes les plus actifs, non seulement dans les Ardennes mais aussi dans toute la France. On ne compte pas les interviews, les reportages, les émissions de télévision. Revin a été le symbole de la lutte de cette France déclassée. Un habitant sur cinq est au chômage. Cette ville a longtemps été un territoire oublié. 27% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. 
 

Constituer une liste, c'était une évidence. C'est la continuité de tout ce qu'on a engagé depuis 12 mois. C'est tellement logique ! 
- Chabane Sehel, tête de liste "Vivre Autrement à Revin"


"Si nous ne sommes pas capables de prendre en main notre destin et de redynamiser notre ville, personne ne le fera à notre place", ajoute l'ancien gilet jaune. Mais cette étiquette d'ancien gilet jaune agace un peu Chabane Sehel : "Nous sommes une liste citoyenne. Et sur la liste, il n'y a qu'un tiers de gens qui étaient sur les ronds-points." Sans appartenance politique, syndicale. Une liste ouverte, "la seule," dit-il, "la seule sur les 5 listes connues à Revin."     
 

On fait de l'ombre, c'est une certitude. Aujourd'hui, toutes les listes se revendiquent sans étiquette ! Un comble. Il y a encore 6 mois, ils se disaient encore socialiste et autres ...
Chabane Sehel, tête de liste "Vivre Autrement à Revin" 

 

La bataille de l'emploi est au coeur de la campagne électorale. "En 6 mandats de gauche + 1 mandat de droite, on a vu partir de Revin 4 grosses entreprises. En 42 ans, on ne connaît que le chômage, la désindustrialisation, l'exode et la précarité." Chabane Sehel ne veut pas que "Revin devienne un village." Il y a aujourd'hui 6.200 habitants. Ils étaient 8.963 en 1.999 et 11.607 en 1975.  


 

La liste "Vivre Autrement à Revin"
La liste "Vivre Autrement à Revin" © Chabane Sehel- candidat à Revin


A Saint-Dizier, une liste citoyenne menée par des gilets jaunes

Autre terrain favorable aux gilets jaunes : Saint-Dizier. Les mêmes ingrédients, chômage et précarité. Huber Bersot était sur les ronds-points. Des heures et des heures à mener des actions, tenir des barrages, distribuer des tracts, faire des barbecues. Mais il en garde "la fierté de la lutte" et "toutes les amitiés qui se sont tissées." Même s'il n'a pas définitivement rangé son gilet jaune, il dit vouloir se tourner vers l'avenir. Et l'avenir, ce sont les élections municipales. Une vision et une audace pas forcément bien acceptées par tous les gilets jaunes. "Oui, il y a eu des tensions, il y a des radicaux ches les gilets jaunes. Certains nous disent même qu'on n'est plus digne de le porter. On nous traîte de vendus ! Mais franchement, nous, notre façon de penser le mouvement, c'est par les voies démocratiques et donc des élections." 
 

Une autre vision de la vie démocratique

Le modèle, ce sont les assemblées communales populaires, autrement dit  "prendre la commune pour instaurer une démocratie directe." Hubert Bersot veut "redonner Saint-Dizier aux Bragards"... Il est en train de constituer la liste. Mais n'allez surtout pas lui demander s'il sera tête de liste. "C'est contre le principe même de notre liste," explique-t-il. "Il y aura un maire mais c'est le collectif qui décide."

Sur la liste à Saint-Dizier, il faut 35 noms. Il en a trouvé pour le moment une vingtaine. Pour recruter, Hubert organise des assemblées au cours desquelles il explique "plus la méthode que le programme." Normal puisque le programme est issu de la base. "Les prises de décision sont toujours collectives," ajoute-t-il. "Et je laisse le temps aux gens de réfléchir s'ils veulent nous rejoindre. Je ne brusque personne." 5 réunions ont déjà eu lieu, il y en aura d'autres.  
 

Nous sommes allés à la rencontre des citoyens, des commerçants, des industriels. A ma grande surprise, on ne s'est fait virer par personne. Même si parfois, on se fait traiter de rêveurs et d'utopistes.
- Hubert Bersot, candidat à Saint-Dizier

Réveiller la population. "Et poursuivre l'esprit des ronds-points," c'est le but de cette liste. "Il y a un trel désenchantement, un défaitisme dans toutes les couches de la population," se désole Hubert Bersot. Comment faire bouger des habitants qui ne croient plus en rien ? "J'essaie de répondre à cette question avec mes camarades," poursuit-il. "Les gens ne votent plus, se recroquevillent et ils se débrouillent seuls." Comme s'ils n'attendaient plus rien.  


En plus de Revin et Saint-Dizier, d'autres listes citoyennes, issues du mouvement des gilets jaunes sont en train de se constituer à Nouzonville, Rethel, Langres et Chaumont. Reste à savoir combien iront jusqu'au bout. 
 

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