Coronavirus : dans l'Aube, les élèves de 5e A du collège des Roises parlent du confinement en poésie

Ils sont d’habitude au collège des Roises de Piney dans l’Aube. L’épidémie a changé la donne et les élèves de 5e A se retrouvent en visioconférence, trois fois par semaine, avec leur professeure. Ils ont réalisé un inventaire … à la Prévert de leurs émotions de confinés.
 

Depuis le début du confinement, les élèves de 5e A du collège des Roises dans l'Aube ont leur cours de français en visioconférence.
Depuis le début du confinement, les élèves de 5e A du collège des Roises dans l'Aube ont leur cours de français en visioconférence. © I. Forboteaux - France Télévisions
10h50, la visioconférence débute et les élèves se connectent les uns derrière les autres. A 11h, ils sont tous là. 15, toujours les mêmes, ont participé au rendez-vous donné par leur jeune professeure de français Léa Gariglietti. 
Leur enseignante avait été claire "ils sont timides, je ne sais pas s’ils parleront beaucoup. En classe, ils sont beaucoup plus bavards". La barrière de l’écran sème la pagaille dans la spontanéité de Louane, Noé, Noémie, Hugo et leurs camarades. Et effectivement ce lundi… ils ont été très réservés. Mais, si l’oral en visioconférence est difficile, l’écrit, lui, semble un peu plus simple. Pour preuve les poésies rendues, il y a quelques jours à leur professeure.
 

« Page d’écriture », Paroles Jacques Prévert


"Deux et deux quatre – Quatre et quatre huit – Huit et huit font seize… Répétez ! dit le maître"
Dans ce poème écrit en 1946, Jacques Prévert aime à retrouver son « héros » préféré : l’enfant. Ici sans doute dans une salle de classe primaire au vu des tables d’additions à réciter ! Un maitre directif et une litanie monocorde, voire monotone… un peu comme ce confinement décrété ce fameux 16 mars et cette pandémie qui force à changer ses habitudes. C'est d'ailleurs ce poème qui sera le point de départ de l'exercice poétique demandé aux élèves.
Depuis leur salon ou leur chambre, Dorian, Danéric, Gabrielle, Sharone et les autres élèves de 5eA ont toujours répondu présents aux devoirs demandé par leur enseigante. Alors, une poésie pour évoquer le confinement, pourquoi pas... Une manière originale pour tenter de lâcher prise. Et, ils ont couché sur le papier des mots forts et émouvants.
 

Bloquée dans mon ennui, je reste dans mon lit, avec un seul ami, pour me porter compagnie. Mon gentil chat, toujours là pour moi, me fait des câlins, se sert de moi comme un coussin.
- Jeanne, élève de 5e -



Jeanne, avait comme tout ses camarades, des consignes précises. Le sujet : "Vous êtes confinés chez vous, un élément naturel apparaît et vous délivre de manière merveilleuse de cette "prison", précise leur prof.
Le modèle à suivre « Page d’écriture » le poème de Jacques Prévert. Et la professeure d'ajouter quelques critères pour aider à l’écriture comme "les trois premiers vers doivent décrire un moment où je m’ennuie chez moi. Je raconte l’arrivée d’un élément naturel et j’utilise une gradation"

"Mais voilà l’oiseau-Lyre – Qui passe dans le ciel – L’enfant le voit – L’enfant l’entend – L’enfant l’appelle : sauve-moi – joue avec moi Oiseau ! dit encore le poème de Jacques Prévert"
"Le poème de Jacques Prévert est simple pour débuter une séquence sur la poésie, explique Léa Garigletti. Il ouvre sur le monde, transcende la réalité, et donne un instant de répit au confinement. La nature venait à nous !"

"Mais voilà qu’un matin au saut du lit, Alors que j’étais encore à moitié endormi, L’arrivée inattendue de l’annonciateur de l’été, La venue du soleil pour me réchauffer, Sauve-moi de la grisaille journalière, Crée moi un monde imaginaire, Qui me permette de m’évader, De cette prison où je suis enchaîné" écrit Hugo du haut de ses 13 ans.

Les consignes, sont là, bien respectées et la prose est agréable et riche en vocabulaire. "Au début je n’étais pas trop motivé, précise Hugo. Mes parents m’ont dit qu’il fallait le faire, du coup je l’ai fait ! Et quand le soleil est apparu, je suis sorti dans ma cour, joué au foot". La lumière semble vraiment avoir joué sur son moral.
Côté gradation, autre consigne, on assiste à des envolées très significatives et émouvantes parfois. "Je visse, Je dévisse, Je tourne en rond", dit Hugo J. "Travailler toujours. Travailler constamment. Travailler sans cesse", écrit Shawna. "Je suis chez moi, Enfermé, ligoté, confiné, précise encore Noé. Pour moi une nouvelle journée débute, Ennuyeuse, triste et sans but".
 

Ennui, patience, stress, devoirs

"Les jours se ressemblaient, ma vie s’effaçait. Je regarde la fenêtre, le soleil caché dans les nuages. Même le ciel s’ennuie alors". Pour Christophe et beaucoup de ses camarades de 5eA, l’ennui marque leurs écrits et décrit ainsi la douleur de leur confinement comme l’arrêt brutal de leur vie, celle qui les rend heureux. Privés de collège… ils l’avouent tous, ils ont hâte d’y retourner.
 

Le plus dur est de ne pas avoir de vie sociale, explique Jeanne. De ne pas voir ses amis en dehors des réseaux sociaux. D’habitude, on voit des personnes tous les jours et là voir sa famille 24h sur 24 c’est compliqué ! 
- Jeanne, élève de 5e -


Réaliser aussi que les réseaux sociaux ne sont qu’un moyen de garder le contact à court terme mais que la rencontre est essentiel. "Sur les réseaux sociaux, on ne peut pas avoir de conversations aussi fluides qu’en vrai, explique encore Jeanne. On interprète différemment les messages, des paroles".

Danéric aussi parle de son peu de motivation au début du confinement. De cet ennui, terrible ennemi.  "Je n’avais pas forcément envie de me lever pour travailler. C’est différent (du collège), juste les profs nous donnent des devoirs. On a pas d’aide forcément".

 

Poèmes des 5eA à la manière... by Morel Florence on Scribd

 

La métamorphose…

Ils en rêvaient tous. .. de la fin de cette période. De ce fameux 11 mai. Mais l’épilogue, ne se raconte pas encore « en vrai » comme ils disent. La pandémie est toujours dans leur tête, dans leur vie. Jeanne a retrouvé une amie, une seule. Noé un peu de membres de sa famille, "mais nous étions masqués", précise-t-il.
Alors pourquoi ne pas rester un instant encore dans les vers d’une poésie qui, elle, permet d’aller vers cette liberté tant espérée ?
C’était la dernière consigne de Léa Gariglietti, la professeure de français : "Je raconte la métamorphose de quatre éléments artificiels en éléments naturels chez moi".

Un peu comme l’enfant du poème de Jacques Prévert qui "a caché l’oiseau dans son pupitre - Et tous les enfants entendent sa chanson - Et tous les enfants entendent la musique. ( …) Et les murs de la classe s’écroulent tranquillement. Et les vitres redeviennent sable. (…) La craie redevient falaise. Le porte plume redevient oiseau".
Il s’agit là finalement de mettre un peu de fantaisie dans cette vie devenue si routinière… Et les collégiens, une nouvelle fois, se laissent embarquer par l’exercice donné.
 

L’herbe devint plage. Mon chien transformé en pro du massage. Et ma ps4 en glace-machine.
- Hugo, élève de 5e -


"Mon jardin est devenu forêt. Une forêt pour moi tout seul. Et la route devient sable et eau. Une plage pour moi tout seul ", dit Noé qui rêve de la plage de Géraudot à quelques mètres de chez lui.
Quant à Gabrielle : "Je vis mon frigo se transformer en glace. Mon lit en trampoline,  mon arbre en parasol et ma douche en cascade".

Leurs épilogues sont là. Ils souhaitent juste "revoir les copains", ou encore "sortir sans se prendre la tête" et pourquoi pas retrouver cette professeure de français qui leur a permis, de ne pas sombrer dans l’ennui… complètement. "Elle est gentille et pas trop sévère" ont-ils concluent comme un dernier vers.

 
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