Coronavirus : à Reims et Troyes, l'association 60.000 Rebonds va aider les entrepreneurs en faillite

La branche "Grand-Est" de l'association 60.000 rebonds prévoit de s'implanter en Champagne-Ardenne d'ici l'année 2021. Elle veut aider les entrepreneurs et entrepreneuses qui ont perdu leur entreprise à se reconvertir dans le salariat, ou à créer une nouvelle entreprise.
Un pic de faillites pourrait avoir lieu au premier trimestre de l'année 2021.
Un pic de faillites pourrait avoir lieu au premier trimestre de l'année 2021. © Luc Nobout, MaxPPP
La crise du coronavirus (Covid-19) a significativement dégradé le tissu économique. En 2020, la branche "Grand Est" de l'association 60.000 Rebonds, basée à Strasbourg (Bas-Rhin), accompagne 18 entrepreneurs et entrepreneuses qui ont fait faillite. Une émission d'Envoyé Spécial l'a mise à l'honneur, le jeudi 3 septembre (à rattraper ici).

Depuis 2017, l'association s'est étendue plus à l'ouest en ouvrant des antennes à Mulhouse (Haut-Rhin), Nancy (Meurthe-et-Moselle), et Metz (Moselle). Des antennes doivent ouvrir en 2021 à Reims (Marne) et Troyes (Aube), quand suffisamment de bénévoles aura pu être trouvé (voir la carte ci-dessous). 
 
Annick Sittler est la responsable de l'association dans l'est. Avec le confinement, elle raconte que l'activité de l'association a un peu évolué. "On s'est un peu plus digitalisé et on a fait de l'accompagnement avant qu'une faillite ne survienne. On a fourni écoute et renseignements." Traditionnellement, l'association aide les entrepreneurs et entrepreneuses avec des coaches, et des marraines et parrains pour les aider à garder la tête hors de l'eau après une faillite.

Ce sont des bénévoles, et à Reims et Troyes, l'association n'a pas encore pu les trouver. D'où une ouverture des antennes seulement en 2021, le mois n'étant pas encore connu. "On n'a pas encore de présence physique là-bas. Mais si on nous sollicite, on va les accompagner à distance. On ne va pas les faire venir, ça a un coût pour eux. On les accompagnera, on les aidera à rebondir. Car un chef d'entreprise, après une liquidation judiciaire, n'a pas droit aux allocations chômage."
 

Un chef d'entreprise, après une liquidation judiciaire, n'a pas droit aux allocations chômage.

Annick Sittler, Chargée de mission chez 60.000 Rebonds


Cet accompagnement est gratuit. L'association, d'intérêt général peut percevoir des dons défiscalisés mais n'est pas subventionnée. Elle bénéficie toutefois de l'aide de nombreuses et nombreux bénévoles.

À l'échelle de l'est, seule Annick Sittler est salariée. "Nous sommes soutenus par les CCI [chambres de commerce et d'industrie; ndlr], le Medef [Mouvement des entreprises de France; ndlr], les juges des tribunaux de commerce [celui de Reims est visible ci-dessous]. Dans notre réseau, il y a des chefs d'entreprises, des DRH [directeurs et directrices des ressources humaines; ndlr]. Avec eux, on fait des ateliers CV, des simulations d'entretien. Ce sont ces acteurs qui nous aident à s'ancrer localement, à s'implanter."
 
Chez 60.000 Rebonds, on ne démarche pas les gérantes et gérants en faillite. "On ne les cherche pas. C'est à eux de faire leur demande. En trois ans, nous avons eu deux appels en Champagne." Un chiffre qui pourrait vite augmenter (voir le tweet ci-dessous). "Les tribunaux de commerce viennent de rouvrir. Les mesures du gouvernement et des banques ont eu leur effet... Les entreprises ont gagné une bulle l'air. Mais on s'attend à la grande vague pour le premier trimestre 2021."
 
Outre les conseils juridiques ou l'aide à la reprise, c'est aussi de l'écoute que peuvent trouver les entrepreneurs et entrepreneuses dans le besoin. "Nous n'avons pas directement vocation à fournir de l'aide psychologique. Prenons quelqu'un de très lourdement impacté, qui peut être très fragilisé en perdant entreprise, maison et famille. On va l'orienter vers les Apesa, qui se développent parallèlement à notre activité."

"Ce qu'on fait nous, c'est fournir des coaches et des parrains ou marraines. On les confie à eux. Ils vont leur donner des contacts. Ce sont ce qu'on appelle des managers de transmission : ils vont les diriger vers une sorte d'intérim de haut-niveau dans des entreprises. Un dirigeant, ça a plusieurs cordes à son arc : comptabilité, ressources humaines... Ça ouvre plusieurs portes, c'est recherché dans le privé, et ça peut leur permettre d'intégrer une équipe."
 

Un dirigeant a plusieurs cordes à son arc : comptabilité, ressources humaines... C'est très recherché.

Chargée de mission chez 60.000 Rebonds


Selon Annick Sittler, tout est une question de mentalité. "On veut changer ce regard qu'il y a sur l'échec chez les entrepreneurs en France. C'est complètement différent chez les anglo-saxons : regardez Bill Gates et les autres, qui ont connu le succès après deux ou trois faillites. Nous, on agit avec bienveillance. On va les aider à gérer ce 'deuil' après la perte de leur entreprise. Jusqu'à ce qu'ils aient retrouvé un CDI et fini leur période d'essai, ou reconstruit une entreprise solide."

Des exemples de reconversion, elle en a à citer. Une gérante de pizzéria devenue... photographe pour bébés. "Elle photographiait en amateur, elle adorait les bébés : elle a reconstruit quelque chose avec sa passion." Ou alors, un entrepreneur reconverti en professeur de mathématiques après avoir passé son certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes). La preuve qu'il n'y a donc pas de chemin tout tracé vers la défaite. Et qu'il est toujours possible de changer de prendre un détour. 
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
économie entreprises covid-19 santé société emploi