Coronavirus : “rouvrir nos sites au public serait inconscient”, un gérant de centres de contrôle technique s'indigne

Les centres de contrôles techniques font, par décret du 15 mars, à nouveau partie des établissements pouvant accueillir du public / © Jean-François FREY /Max PPP
Les centres de contrôles techniques font, par décret du 15 mars, à nouveau partie des établissements pouvant accueillir du public / © Jean-François FREY /Max PPP

L’injonction aux entreprises, ces derniers jours par plusieurs ministres, de continuer à faire tourner le pays, alors que le pic de Covid-19 est annoncé, inquiète certains dirigeants d’entreprises alsaciennes. C'est le cas du gérant de 6 centres de contrôle technique dans le Bas-Rhin.

 

Par Catherine Munsch

Dans le Grand Est et notamment en Alsace, touchée de plein fouet par l’épidémie du coronavirus, l’appel à reprendre les activités des entreprises, si les conditions sanitaires le permettent, inquiète. Certains patrons ne peuvent pas faire tourner leur société seul, sans employés, et le télétravail ne peut pas être appliqué.

Pour eux, cette demande relayée vendredi soir par le ministre du Travail Gérard Darmanin, alors que le pic de cas graves de Covid-19 est annoncé, est incohérent par rapport aux demandes de l’Etat de rester chez soi. Il est même inconscient, selon Cédric Hopp, gérant de six centres de contrôle technique dans le Bas-Rhin.
 

"Rouvrir nos centres de contrôle maintenant, serait une folie"

Cédric Hopp s'inquiète ainsi des consignes contradictoires qui se font jour. "Aujourd’hui nous ne savons plus quoi faire face à cette crise sanitaire et économique. Les politiques changent de discours jour après jour. Pour moi, toutes les entreprises non vitales au bon fonctionnement de la France devraient fermer ! Le contrôle technique (CT) n'est pas vital, puisque les gens en confinement n'ont pas le droit de circuler. Nos collègues les garagistes sont fermés, même les dépanneurs ne circulent plus que pour dépanner les véhicules de premiers secours."

Le contrôle technique n'est pas vital
- Cédric Hopp


Dans la matinale, de 6h à 9h30, d’Europe 1 du 19 mars, Cédric Hopp a entendu le message de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur et a réagi sur sa page Facebook (voir la une vidéo ci-dessous). "J'aimerais pousser un gros coup de gueule contre Monsieur Castaner, qui ce matin sur Europe 1, a effectivement dit qu'on pouvait se rendre dans les centres de contrôle technique et que vous ne serez pas verbalisé si vous réalisez votre contrôle en ce moment."
 

Les établissements d'entretien et réparation de véhicules automobiles, de véhicules, d'engins et matériels agricoles ont été retirés, dans l'arrêté du 15 mars 2020, de la liste de ceux ne pouvant plus accueillir du public jusqu'au 15 avril.

Le gérant alsacien se dit aussi interloqué aussi par la réponse à ses questions de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal), dont les centres de contrôles techniques dépendent, parce qu'ils ont des obligations liées au respect de l'environnement.

En tant que chef d'entreprise, j'ai le devoir de protéger mes salariés


"Si aucun de vos salariés n'est atteint du Covid-19 vous pouvez ouvrir!" Mais comment sait-on qu'on est atteint ou pas ? Il y a des porteurs sains, des malades sans symptômes, des malades dont les symptômes ne sont pas encore déclarés, donc nous ne pouvons réellement savoir. De plus, dans notre entourage proche (garagistes, familles...) il y a des cas ! En tant que chef d'entreprise, j'ai le devoir de protéger mes salariés".
 

"Le chômage partiel de nos employés sera-t-il pris en compte?" 

"Nous avons aujourd'hui six centres dans le Bas-Rhin. Ils sont fermés depuis mardi 17 mars, à midi. Nous avons donc 19 employés à la maison!  Une demande de chômage partiel a été faite par la direction, sans savoir aujourd'hui si cela va être pris en charge ou tout simplement refusé. Je suis fâché avec l'Etat, qui une fois de plus se débine, sans se soucier des petites entreprises. Nous ne demandons qu'une chose, c'est de travailler, mais pas avec tous les risques qu'il peut y avoir aujourd'hui. Si nous devions rouvrir nous ferions certainement quatre à cinq voitures par jour, ce qui ne suffirait pas à payer toutes nos charges, sans oublier que 80% de nos clients sont fermés (garagistes, concessionnaires etc.).

Madame la préfète du Grand Est doit faire quelque chose


Ce que je demande en priorité aujourd'hui, c'est un report de la date de passage des véhicules au contrôle technique. L'Italie l'a fait, pourquoi pas nous ? Bon nombre de mes confrères sont fermés, donc énormément de gens ne vont pas réaliser le contrôle. Il faut que madame la préfète du Grand Est fasse quelque chose pour nous. Bloquer notre informatique ou bien faire un arrêté préfectoral. On interdit les promenades seuls en forêt etc... mais on incite les gens à aller au CT. Une aberration!". 

 

Des centres volontaires pour les véhicules d'urgence

"Pour les véhicules d'urgence, comme les ambulances, les pompiers et la police, on peut s’organiser autrement. Je propose l'ouverture de centres volontaires. Nous, nous travaillons déjà avec la police et le Sdis 67, je leur ai proposé des contrôles pour leurs véhicules si nécessaire. Pour ces contrôles, il faudra bien sûr que nous soyons équipés de gants, masques et gels, que nous n'avons pas à cette heure, puisque la priorité va aux hôpitaux, ce qui est tout à fait normal. Les véhicules qu'ils nous déposeraient devraient être complètement désinfectés, car à l'intérieur du véhicule, nous devons tout tester, donc tout toucher. Mais à ce jour nous n'avons pas de demande."

Cédric Hopp affirme que pour l'instant, ses centres resteront fermés la semaine prochaine. Il ne veut pas mettre son personnel, ses clients et les familles de ses employés en première ligne face au virus.

 

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