Confinement : peut-on se rendre dans un parc accrobranches, le grand flou selon les départements

En début de vacances, plusieurs parcs accrobranches dans l’Aube ou la Marne ont annoncé qu’ils pouvaient rouvrir suite à un nouveau décret. Avec plus ou moins de tolérance selon les territoires. On a tenté d'y voir plus clair. Pas simple.

Sport ou loisir ? La tyrolienne est en tout cas très appréciée comme ici à Accroland. L'activité accrobranche est autorisée dans certains départements.
Sport ou loisir ? La tyrolienne est en tout cas très appréciée comme ici à Accroland. L'activité accrobranche est autorisée dans certains départements. © Tiphaine Le Roux, FTV

Pont de singe, saut de Tarzan et tyroliennes, des mots qui font rêver les enfants de Sabrina. Par cette après-midi fraîche mais ensoleillée, sa fille Louane crapahute déjà à une petite dizaine de mètres du sol sur le parcours violet. Comme la plupart des visiteurs, cette habitante de la Chapelle-saint-Luc (Aube) a rejoint le parc Accroland sans hésitation, après avoir lu un message sur Facebook qui annonçait la réouverture du site d'accrobranches. "Exceptionnel retournement de situation! Possibilité d'ouverture sous conditions : résider à moins de 30km (justif type carte d'identité ou passeport...)"

L'accrobranche est un loisir familial et sportif, prisé de tous, surtout pendant cette période de vacances, mais qui semble à certains endroits interdite par les mesures liées à la crise sanitaire. Le flou le plus complet règne autour de cette activité en cette deuxième quinzaine d'avril, selon les nombreux professionnels du secteur que nous avons contactés. 

"Je n’ai pas du tout peur et c’est vraiment une bonne nouvelle pour les vacances", commente Sabrina, souriante. La mère de famille a même directement acheté un pass annuel. "Il sera vite rentabilisé car mes enfants sont fans. J’envisage de revenir deux ou trois fois avant la rentrée. Dans les parcs de Troyes, il y a beaucoup de monde". 

 

Un nouveau décret  

Situé en sous-bois dans l'Aube au Menois (Rouilly-Saint-Loup), le parc avait dû se résigner à fermer ses 13 parcours avant même le reconfinement.  "Mais en fin de semaine dernière, nous avons appris qu’un nouveau décret était passé", explique Yohann Villette qui gère la structure depuis le début de l’année. "Il nous précise qu’en tant qu’établissement sportif de plein air, nous sommes finalement autorisés à rouvrir".  De plus, "le décret du 2 avril permet aux amateurs de sports de plein air de venir de tout le département, affirme le responsable, ou de 30 km maximum s’ils viennent d’un département voisin".

Extrait des décisions sanitaires du 8 avril (Ministère des Sports)
Extrait des décisions sanitaires du 8 avril (Ministère des Sports) © Ministère des Sports

 

"C’est le SLA, notre Syndicat des Loisirs Actifs qui nous a encouragés par mail à rouvrir en nous informant des possibilités de dérogation offertes par les articles 42 et 43’’ renchérit Yohann Villette. Selon ce même syndicat, la nouveauté du décret réside dans ‘’la possibilité des équipements sportifs de plein air d’accueillir en même temps des mineurs et des majeurs". Dernier atout selon le SLA, la foire aux questions, au sein de laquelle on pouvait lire qu’il était interdit d’ouvrir a été retirée du site du Ministère des Sports. 

 

Des interprétations qui diffèrent ?  

"La difficulté, c’est que l'Etat envoie des notes, des indices d’interprétation. Ensuite, cela n’empêche pas les préfectures de voir les choses différemment," s'exclame le gérant qui possède par ailleurs le Parc Grimpobranches de Witry-lès-Reims. "Sur mes deux structures, j’ai tenté de rouvrir, car c’est crucial pour nous", raconte Yohann Villette. 

L’an dernier, nous avons perdu 8.000 euros du fait des fermetures. 

Yohann Villette, gérant d'un accrobranche à Witry-les-Reims

Pour accompagner la réouverture, le parc a fait valoir qu’il avait renforcé son protocole sanitaire. Selon Clémence Demessemacker, animatrice du site Accroland, ''les gants sont obligatoires, le masque tout autant quand on est au sol, les baudriers utilisés par une personne sont désinfectés à l’ozone chaque soir et placés en quarantaine pendant 48 heures. "De plus nous sommes loin d'atteindre notre jauge fixée à1.000 personnes, en ce début de saison"

Gants et gel-hydro-alcoolique obligatoires, masques au sol également...
Gants et gel-hydro-alcoolique obligatoires, masques au sol également... © Clémence Demessemacker

Mais d’autres parcs accrobranches ne sont pas sur la même ligne et certains dénoncent une concurrence déloyale. C’est le cas d’Olivier Couteau, gérant depuis 2006 de Perching Aventures (ex parc Arboxygène). Situé à Verzy dans la Marne, il est actuellement fermé comme d’autres structures.  

''Le problème juridique posé par  l’ouverture, déclare-t-il ''c’est que l’activité accrobranche n’est pas un sport mais un loisir. La subtilité, c'est qu’il faut être rattaché à une Fédération pour avoir le statut de sport. Ce n’est pas le cas des parcours accrobranches au contraire du golf par exemple. Je me demande comment les assurances vont réagir s’il arrive quelque chose dans notre parc alors que nous devrions être fermés ? Mais s’il y a deux poids deux mesures".

Moi aussi, je vais ouvrir, on a tous le couteau sous la gorge.

Olivier Couteau, gérant d'un accrobanche à Verzy (Marne)

     

Des incitations à la fermeture dans la Marne, pas dans l’Aube

Dans la Marne, le parc de Witry-lès-Reims a été rappelé à l’ordre au lendemain de sa réouverture.  "Les gendarmes nous ont demandé de fermer, mais ils font remonter nos doléances’’ évoque Yohann Villette. Nous fermons, mais  je continue à dire que nous avons un EAPS, établissement organisant des activités physiques et sportives".

A Châlons-en-Champagne, les services du préfet affirment : "Nous avons interrogé la cellule interministérielle de crise. Elle a confirmé que toutes ces structures devraient être fermées sur le territoire à la suite d’un arbitrage entre le Ministère des Sports et celui de l’Intérieur. Il n'y aura pas d'arrêté, mais des incitations à respecter la loi" . 

Sollicitée également par nos soins, la préfecture de l’Aube nous précise que le dossier est "en cours de traitemen". "Nous pensons aussi que ces parcs devraient fermer, mais il reste à rassembler les données juridiques sur lesquelles s’appuyer.’’ ''Il n’y a pas beaucoup de logique dans les ouvertures-fermetures'’ réagit Elise, l’une des autres mamans venues aérer sa progéniture. "Nous tout ce qu’on voit c’est que sans ça, les enfants finissent devant les écrans. ‘’ 

"Nous verrons si les choses évoluent, conclut Yohann Villette. Le plus tard possible ! C’est tellement important sachant qu’on a très peu travaillé depuis octobre". Objectif pour le parc : engranger de la trésorerie afin de finaliser de nouvelles activités. Au parc de Menois, du paintball et du laser-game sont en projet. 

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