Cinq ans après l'attentat de Charlie Hebdo : amis et fans de Cabu lui rendent hommage à Châlons-en-Champagne

La tombe de Jean Cabut, dit Cabu, à Châlons-en-Champagne. Le 7 janvier 2020. / © Laurent Meney, France 3 Champagne-Ardenne
La tombe de Jean Cabut, dit Cabu, à Châlons-en-Champagne. Le 7 janvier 2020. / © Laurent Meney, France 3 Champagne-Ardenne

Une cérémonie émouvante en mémoire du dessinateur Cabu a eu lieu ce 7 janvier 2020 au cimetière de Châlons-en-Champagne. Une dizaine de ses amis ont rendu hommage au journaliste-dessinateur tué lors de l'attentat du 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. 

Par Laurent Meney et Matthieu Mercier

"Je suis Cabu". Dans le cimetière de Châlons-en-Champagne (Marne), sur la tombe en marbre noir du dessinateur-journaliste Jean Cabut, assassiné lors de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, pas de croix, mais un grand crayon de couleur jaune. Des fleurs en pots et cette inscription qui marque le témoignage de ses amis. "Je suis Cabu", plus encore que "Je suis Charlie", car l'homme d'esprit et de lettres, carte de presse n°21991, a laissé dans ville natale un souvenir très vivant. Un attachement viscéral, des anecdotes à chaque coin de rue. Pour preuve, depuis un an, a ouvert un lieu consacré à ses dessins : la Duduchothèque. Inaugurée en décembre 2018. Plus de 80 dessins y sont présentés. Le lieu rencontre un grand succès. 

Cinq ans après l'attentat, ce 7 janvier 2020 à 11h30, à l'heure même de l'attentat, les amis de Cabu se sont donnés rendez-vous devant sa tombe, dans cette ville qui l'a vu grandir. Ils sont une dizaine à être présents. Dans le recueillement. Pour Fabrice Minuel, l'un de ses amis, et ancien journaliste : « le combat c’est toujours la liberté d’expression ». C'était pour cette liberté que le natif de Châlons-sur-Marne le 13 janvier 1938, a débuté sa carrière dès 1953 en dessinant des gags pour le quotidien régional local, L’Union de Reims. Fabrice Minuel poursuit : « Pour moi la liberté d’expression n’a pas progressé, elle a régressé, avec l'islamisme. On a le droit de caricaturer. Il s’est greffé un problème de censure. Charlie Hebdo croule sous les plaintes. Pour moi Cabu est un martyr". 
 

« C’était une belle personne », disent les anonymes présents. D’autres citent "les 30.000 dessins faits par Cabu sans compter toutes les dédicaces faites pour nous"

Quand il venait à la librairie (de Châlons), les gens demandaient un dessin pour eux ou un grand-père, un proche, il le faisait volontiers. 
- Patrick Pierrejean, Ami de Cabu.


Il dessinait même dans sa poche sans sortir le crayon de sa poche, raconte un autre. Wolinski disait de lui que c’était un vrai journaliste. Pour Jean-Marie Alborghetti, châlonnais et fan de Cabu, c'était un "immense personnage, il représentait la liberté et l’envie d’être au service des autres. J’ai gardé tous ses dessins, je suis fan, quand il est parti, j’étais très ému, c’est la liberté qu’on détruisait". Ce qu’il laisse ? "Les dédicaces faites au gens. Je suis fier que Cabu soit châlonnais". 
 

Les enfants sont fascinés par Cabu

Parmi les personnes présentes dans le cimetière. Une dessinatrice fan de Cabu, Lolita. « C’est important de se souvenir et d’être la en mémoire de cette journée du 7 janvier », nous explique-t-elle. « J’apprends aux enfants à dessiner la tête de Cabu dans les écoles, les enfants sont fascinés par Cabu ». "Il a une tête d’enfant, disent-ils." Son trait ? « Il est direct et efficace regard très tendre et très vif. Dans la nuance toujours ». 
 
Lolita, dessinatrice fan de Cabu. Le 7 janvier 2020, devant la tombe du dessinateur à Châlons en Champagne. / © Laurent Meney
Lolita, dessinatrice fan de Cabu. Le 7 janvier 2020, devant la tombe du dessinateur à Châlons en Champagne. / © Laurent Meney
"C'est pas encore pour demain cette danse sur Duke Ellington", a écrit Lolita en hommage à Cabu. / © Laurent Meney, France 3 Champagne-Ardenne
"C'est pas encore pour demain cette danse sur Duke Ellington", a écrit Lolita en hommage à Cabu. / © Laurent Meney, France 3 Champagne-Ardenne

Fabrice Minuel évoque ensuite le lien entre Cabu et Châlons : « il aimait beaucoup plus sa ville qu’on ne l’a dit. Il avait choisi d’être enterré à Châlons trois mois avant sa mort. Il avait cassé les pieds aux gens D’hara kiri pour des articles sur Châlons et ses personnages les plus important étaient châlonnais ». En effet le Grand Duduche, personnage emblématique de Cabu, est un lycéen blond, grand et maigre, avec de petites lunettes rondes, ne portant que des jeans et toujours chaussé de baskets. Il ressemble à un autoportrait de Cabu mais le Grand Duduche doit beaucoup aux années lycée de son auteur qui a emprunté des caractéristiques à plusieurs de ses camarades de classe dans sa ville.
 
L'attachement de Cabu pour sa ville était fort. / © Laurent Meney
L'attachement de Cabu pour sa ville était fort. / © Laurent Meney

Au domicile de l'un des fans inconditionnels de Cabu à Châlons, on découvre une ferveur qui illustre cette passion pour le dessinateur local. Jean-Marie, ancien directeur de la communication à La Poste Champagne-Ardenne, aujourd'hui âgé de 70 ans, nous ouvre ses portes, il dispose de 80 livres de Cabu tous sont dédicacés. Cabu avait croqué Jean-Marie en lui dédicaçant ses livres comme il le faisait avec beaucoup."Ces livres ont une valeur de témoignages de souvenirs, ça pérennise tout ce qu’il a fait. Tout ce qu’il a écrit sur la liberté d’expression. Ce sont des dédicaces qu’on apprécie. On est un certain nombre à collectionner les livres de Cabu. Ils sont très précieux, continue Jean-Marie, les yeux brillants. Pour moi, c’est une valeur sentimentale. Faut être à Châlons pour comprendre ça" (les dessins de Cabu faits à Châlons). 
 
Au domicile de Jean-Marie, passionné par Cabu. / © Laurent Meney, France 3 Champagne-Ardenne
Au domicile de Jean-Marie, passionné par Cabu. / © Laurent Meney, France 3 Champagne-Ardenne

Plusieurs rassemblements seront organisés samedi 11 janvier 2020 en mémoire des victimes de cet attentat du 7 janvier 2015. À Châlons-en-Champagne, il aura lieu place Foch. Dans un communiqué, la Licra (ligue contre le racisme et l'antisémitisme) rappelle "qu'il y a cinq ans, 17 personnes ont perdu la vie, victimes d’attaques terroristes. Souvenez-vous des tragiques événements survenus à Charlie Hebdo et dans l’hyper casher de la Porte de Vincennes à Paris, après l’assassinat de la policière municipale de Montrouge. Depuis cette date, d’autres attentats se sont ajoutés. N’oublions aucun mort et aucun blessé. La Licra appelle à un grand rassemblement national le samedi 11 janvier. Il sera relayé par la section châlonnaise, à 12 h, devant l’Hôtel de Ville de Châlons-en-Champagne".

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