Octobre Rose : un espace à Reims pour renouer avec sa féminité, dédié aux femmes touchées par un cancer du sein

Valérie (à gauche) propose de la lingerie et des maillots de bain spécialisés pour les femmes qui ont subi une mastectomie. / © Isabelle Griffon / France 3 Champagne-Ardenne
Valérie (à gauche) propose de la lingerie et des maillots de bain spécialisés pour les femmes qui ont subi une mastectomie. / © Isabelle Griffon / France 3 Champagne-Ardenne

A Reims, Valérie Simon aide les femmes opérées d'un cancer du sein à se sentir mieux dans leur peau. Cette professionnelle de santé les conseille sur le choix des prothèses mammaires ou des soutiens-gorges.

Par Isabelle Griffon

Située boulevard de la Paix à Reims, la façade semble être celle d'un simple cabinet d'orthopédie. Mais à l'intérieur, avec ses meubles rétro et ses peintures célébrant le corps féminin, une pièce se veut plus chaleureuse que les autres. "Voici le salon où l'on accueille les femmes qui ont subi un cancer du sein. Je voulais que l'endroit soit convivial, qu'il ne fasse pas cabinet médical", précise Valérie Simon, la maîtresse des lieux qui a ouvert cet espace il y a un an avec son mari Raphaël.

Elle est diététicienne et applicatrice de prothèses capillaires et mammaires, lui est orthopédiste-orthésiste. Chacun son métier, chacun son espace. "Il ne vient jamais dans le salon lorsque je suis en rendez-vous, précise Valérie. C'est un lieu dédié aux femmes." Elle y propose des prothèses mammaires, de la lingerie adaptée, des perruques et y organise des ateliers nutrition, bien-être ou encore esthétique.
 

Un corps meurtri par la maladie

Autour d'une tasse de thé ou de café, Annick, une coquette quinquagénaire, se pose et papote avec la professionnelle de santé.

Ici, on parle de tout et de rien mais surtout on peut dire tout ce qu'on ne dit pas à sa famille ou à son médecin. C’est le moment de la féminité.
- Valérie Simon, applicatrice en prothèses mammaires 

Annick, elle, est venue chercher un soutien-gorge adapté. En passant une mammographie, elle apprend il y a trois ans qu'elle est atteinte d'un cancer du sein à un stade avancé. "Les médecins m’ont dit : 'On ne sauvera pas votre sein'. Psychologiquement il faut s’y préparer." Son sein gauche est retiré. L'opération est lourde, la cicatrisation compliquée. Sa féminité en prend un coup. "Quand je suis sortie, j’avais une prothèse en mousse que j’ai gardée longtemps mais qui ne tenait pas, raconte-t-elle. Puis j'ai enfin pu avoir une prothèse adhérente." 
 
Ces prothèses mammaires sont plus légères pour éviter les problèmes de dos. / © France 3 Champagne-Ardenne
Ces prothèses mammaires sont plus légères pour éviter les problèmes de dos. / © France 3 Champagne-Ardenne

Jusqu'en 2016, les prothèses mammaires externes étaient peu prises en charge par la Sécurité sociale. Des prothèses pourtant nécessaires puisque seules 20% des femmes optent pour la reconstruction. Désormais, elles sont remboursées à 100%.

"Il en existe de différentes formes pour qu'elles s'adaptent au mieux à la patiente, explique Valérie qui a suivi une formation spécialisée pour guider les femmes dans leur choix de prothèses. Comme elles sont glissées dans le soutien-gorge, elles peuvent engendrer des problèmes de dos. Les fournisseurs essaient depuis plusieurs années d'alléger leur poids."

Il faut être au plus proche de la poitrine existante pour que ce soit le plus harmonieux et que ça ne se voit pas à l’extérieur.
- Valérie Simon, conseillère en prothèses mammaires 

Quatorze mois après la mastectomie (ablation du sein), il est possible d’avoir une prothèse adhérente "qui colle à la peau". Des mamelons, de différentes couleurs, peuvent aussi être rajoutés sur la prothèse. "C’est important pour la récupération de l’estime de soi d’avoir quelque chose qui, à l’œil, soit esthétiquement joli", souligne Valérie Simon.

Cette diététicienne de formation a eu l'idée de créer cet espace baptisé Atemporelle en accompagnant une amie dans son parcours de combattante face au cancer du sein. "La prothèse mammaire, le soutien-gorge adapté, on vous les pose sur le comptoir de la pharmacie. Ce manque d'accompagnement, ce manque d'humanité, j'ai trouvé cela difficile car c'est une période où l'on perd sa féminité, explique-t-elle. D'autres espaces comme celui-ci existaient en France, notamment à Paris. J'ai décidé il y a un an d'en ouvrir un à Reims." 
 
Autour d'un café, Valérie prend le temps d'écouter Annick, avant de la conseiller sur sa lingerie. / © Isabelle Griffon / France 3 Champagne-Ardenne
Autour d'un café, Valérie prend le temps d'écouter Annick, avant de la conseiller sur sa lingerie. / © Isabelle Griffon / France 3 Champagne-Ardenne
 

Finie la "lingerie de mémé"

La chirurgie mammaire meurtrit la poitrine, obligeant les femmes à se tourner vers une lingerie adaptée. "La peau est plus sensible après la chimiothérapie, observe Valérie Simon. Les soutiens-gorges spécialisés sont sans armatures pour plus de confort. Ils ont une poche à l'intérieur pour y glisser la prothèse, une bande élastique assez large sur le côté pour cacher les cicatrices et leur forme est plus remontée."

C’est important d’avoir un regard bienveillant, car c’est une partie intime qui a été abîmée.
- Annick Piat, patiente en rémission

"Il est très joli celui-ci", glisse Annick, en désignant un soutien-gorge en dentelle grise et noire parmi les dizaines de modèles accrochés au mur. "Je ne peux plus mettre les soutiens-gorges que je portais avant la maladie, j'ai dû tout racheter", constate Annick. Ce qui représente un investissement important car la lingerie adaptée n'est aujourd'hui pas remboursée.

Longtemps, leur design était assez austère. Mais depuis quelques années, des modèles plus tendance apparaissent. "J’essaie de ne sélectionner que des choses jolies à des prix abordables (entre 30 et 65 euros) avec du coton bio pour la personne qui veut rester simple ou avec de la dentelle pour celle qui veut rester sexy, précise Valérie. C'est important de rester femme avant tout." 

 

Sur le même sujet

Elevage visons de Spincourt -Meuse

Les + Lus