Confinement : l'impact sur les animaux, prise de poids et hyper-attachement, les précisions d'un vétérinaire

Vétérinaires, et propriétaires d'animaux le confirment. Le confinement et le couvre-feu ont un impact sur les animaux de compagnie. Prise de poids et syndrome de l’hyper-attachement sont constatés. Les explications d'un vétérinaire. 

Certains animaux de compagnie, les chiens notamment, sont victimes du syndrome de l'hyper-attachement avec le confinement.
Certains animaux de compagnie, les chiens notamment, sont victimes du syndrome de l'hyper-attachement avec le confinement. © Nicolas Creach, MaxPPP

La pandémie ne touche pas seulement le genre humain. Même si les sorties restent autorisées à toutes heures autour du domicile pour les besoins des animaux de compagnie pendant le couvre-feu, les balades sont moins nombreuses et les confinements sont passés par là. Les bruits de la ville, et la présence d’autres animaux sont autant de phénomènes auxquels ont été déshabitués les chiens notamment pendant cette période. Naître en 2020, dans un environnement marqié par la crise sanitaire, sans relations sociales, peut aussi avoir des conséquences pour un chien. "Moins de gens à l’extérieur, moins de mouvements, les gens ont peur de faire rencontrer deux chiens, parce qu’on garde nos distances, et ça crée des problèmes chez le chien", confirme Céline Forêt, éducatrice canin à Chraleville-Mézières dans les Ardennes. Un chiot moins sociabilisé est un futur chien plus craintif, voire agressif, selon elle. 

La prise de poids est également une conséquence du confinement chez le chien qui peuvent développer un "hyper-attachement" selon Yannick Perennes, vétérinaire à Reims, puis une anxiété de la séparation. Nous lui avons posé plusieurs questions sur ce phénomène nouveau, directement lié à la pandémie de Covid-19. 

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Confinement et animaux france télévisions

Quelles conséquences le confinement a-t-il pu avoir sur nos animaux domestiques ?

Il est clair que le premier confinement a eu beaucoup plus d'effets sur un grand nombre d'animaux que le confinement suivant, qui a été beaucoup moins strict dans ses contraintes. Ce que j'ai vu durant le premier confinement, essentiellement, ce sont des animaux qui ont pris un peu de poids. Au départ, tout le monde en a profité pour sortir son chien, donc on a quelques chiens qui ont perdu un peu de poids, mais la plupart du temps, finalement, beaucoup de gens qui partaient se promener dans la nature -certains passaient une à deux heures par jour avec leurs animaux dans la nature- ne faisaient plus ce genre d'activité. Donc on a vu des animaux qui ont pris un petit peu de poids et a découlé de cette prise de poids, des comorbidités sur des problèmes de diabète, de ruptures de ligaments croisés, liés effectivement à des prises de poids.

On a surtout vu des problèmes comportementaux et notamment chez le chien. Quand votre chien est resté très longtemps avec vous physiquement, de façon permanente avec son maître, souvent, cela va créer un hyper-attachement, c'est-à-dire un attachement excessif et cet attachement excessif va souvent créer chez un grand nombre de chiens un phénomène qu'on appelle l'anxiété de séparation. L'anxiété de séparation, c'est le fait que le chien, en l'absence de son maître, va se retrouver dans un état d'anxiété tel, qu'il va adopter des comportements indésirables qu'il ne contrôle plus.

Ses comportements indésirables peuvent être des vocalises, avec des chiens qui se mettent à hurler à la mort, de la malpropreté avec des chiens qui recommencent à faire pipi, à faire caca à la maison, en l'absence de leur maître. Ça peut être aussi des destructions, avec des chiens qui se mettent à détruire le mobilier, manger les chaussures, gratter les portes, arracher le papier peint. Ça peut être également du léchage avec des chiens qui s'infligent de graves plaiees de léchage qu'on nomme des granulomes de léchage. Et on a vu effectivement, après le confinement, beaucoup de chiens avoir des petits problèmes d'hyper-attachement parce qu'ils étaient restés trop longtemps au contact physique de leurs maîtres.

Ce sont des soucis marginaux, ou est-ce que vous avez constaté qu'il y avait beaucoup de problèmes de ce genre ?

C'était sur des terrains prédisposés bien souvent, c'est-à-dire que souvent, celà concerne les petits chiens. Qui sont très proches de leur maître. Par exemple, je vois souvent ce genre de phénomènes se produire après un congé maladie, après une maternité où le chien a repris pendant quelques temps une habitude excessive de la présence de son maître. Ce sont des phénomènes qui sont tout à fait réversibles avec une thérapie comportementale, avec un certain nombre d'aides. Parfois, on est même obligé de mettre les chiens sous anxiolytiques. Mais c'est des choses effectivement que j'ai vu plus souvent que d'habitude. La plupart du temps, c'est déjà maintenant plus ou moins corrigé, mais la grande problématique de l'anxiété de séparation, c'est que très souvent, le maître adopte des comportements inadaptés qui, au contraire, vont aggraver cette attitude et faire en sorte que le chien va avoir de plus en plus d'anxiété à se retrouver seul à son domicile. 

Quels sont les comportements inadaptés du maître ? 

C'est de trop en faire sur le moment du départ et du retour. Hum, il faut banaliser le moment, on s'en va et le moment on revient faire en sorte que ça paraisse un moment normal, que l'absence du maître, que le départ du maître, que le retour du maître soient des moments normaux, le plus banal possible du quotidien du chien.

Quels seraient vos conseils si un troisième confinement se met en place ? 

Il faudra faire attention si un nouveau confinement est décrété. Autre problème qu'on a pu observer également, c'est le risque de désociabilisation sur certains animaux, comme sur certaines personnes. On voit parfois des clients avec des comportements un peu agressif qu'on n'observait pas auparavant. De même, vous avez les chiens qui sont désociabilisés qui ont perdu l'habitude de voir des gens inconnus. Qui ont perdu l'habitude d'être au contact d'autres chiens, d'autres animaux et qui réagissent de façon excessive lorsqu'ils vont être confrontés à ce type de situation.

J'ai en mémoire des clientes qui me décrivaient des petits chiens de compagnie qui maintenant, dès qu'ils sortaient dans la rue, tentaient de mordre les mollets ou les chevilles des passants. C'est pas bien méchant, mais c'est quand même effectivement désagréable. J'ai durant le premier confinement, essentiellement rencontré énormément des personnes seules, de personnes isolées qui me disaient, "vous savez docteur depuis des semaines, voire maintenant des mois, le seul être vivant avec qui j'ai partagé quelque chose durant ces dernières semaines, avec qui j'ai pu échanger physiquement des propos ou des contacts physiques, c'était mon animal de compagnie, mon chat, mon chien".

Mais le considérer comme ça, c'est aussi créer ce syndrome d'hyper attachement ? 

Exactement, mais on imagine très bien la situation. Beaucoup de personnes âgées isolées avec de la famille pouvant être loin. Maintenant, on vit dans un monde moderne, nous sommes tous très mobiles. Moi-même, mes parents sont à des centaines de kilomètres d'ici. C'est très difficile de continuer à nouer un lien social,  un lien familial. L'animal de compagnie a été vraiment une planche de salut pour beaucoup de personnes dans  cette situation. 

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