Victimes d'une panne de chauffage générale, les sapeurs pompiers de garde de la caserne Marchandeau à Reims ont mis le feu à une pile de pneus ce mardi 9 janvier pour manifester leur mécontentement pendant leur grève.

Pour les pompiers de garde de la caserne Marchandeau, c'est la goutte d'eau qui fait déborder la citerne. Depuis ce mercredi 3 janvier, les 26 concernés sont contraints de vivre sans chauffage dans la caserne à cause d'une panne matérielle qui ne pourra pas être réglée avant une quinzaine de jours. Difficiles à supporter en ces temps de grand froid, les soldats du feu ont manifesté leur mécontentement en brûlant une pile de pneus pendant leur grève, dispersant une épaisse fumée noire autour de la caserne.

"Depuis mercredi dernier, nous sommes confrontés à une panne de chauffage général sur l'ensemble du bâtiment des sapeurs pompiers et du bâtiment administratif. Nous avons également une panne de chauffage sur une partie des appartements des sapeurs pompiers où nous logeons", rapporte le commandant Yann Godfroy. Deux pannes distinctes, mais à la même finalité : le froid.

"Il fait froid dans les logements"

"Certains logements ont du chauffage, mais d'autres n'en ont pas depuis des semaines et des semaines. Avec des enfants en bas âge. Le matin, si on ne met pas de radiateur électrique, il fait 15 degrés dans les logements. C'est quelque chose qui dure depuis longtemps et c'est surtout un problème qui est relatif à l'installation parce que personne ne vient résoudre ces problèmes, et ça fait des semaines qu'on les remonte" regrette un des pompiers de garde, qui souhaite rester anonyme. En effet, sur les 30 appartements habités, 8 n'ont "plus de chauffage du tout", confirme Yann Godfroy.

Ce qui est désolant, c'est qu'on ait à brûler des pneus pour qu'on nous écoute.

Un sapeur-pompier (anonymisé) de la caserne Marchandeau

Les pompiers de garde logés dans la caserne n'échappent évidemment pas à ces pannes, puisque la quarantaine de chambres mise à leur disposition n'est pas chauffée non plus, maintenant la température à 15 degrés également. "Ce qui est désolant, c'est qu'on ait à brûler des pneus pour qu'on nous écoute", souffle des sapeurs pompiers de garde. Jusqu'à quand durera le mouvement de protestation ? "Je n'en ai aucune idée", confie le commandant Yann Godfroy. D'ici là, une trentaine de radiateurs seront livrés à la caserne, en attendant que les solutions matérielles soient là et que la température revienne à la normale.

En grève depuis novembre pour d'autres raisons

Comme un cheveu sur la soupe, cet épisode intervient alors qu'un préavis de grève illimité a été déposé par les pompiers en fin novembre 2023, puis reconduit en début d'année. Frédéric Fougère, président départemental du syndicat autonome des SPP PATS de la Marne, fait le point sur les principales revendications.

"Le premier point, c'est la pression opérationnelle sur les centres de secours du bassin rémois. On a demandé un temps d'équivalence en temps de travail à 18h30 au lieu de 17h08. C’est-à-dire qu'aujourd'hui quand on travaille 24 heures, on a 17h08 de temps de travail compté, et nous, on demande 18h30 en l'absence de baisse significative des interventions", explique le cinquantenaire, qui déplore un nombre d'interventions trop important par rapport à leur degré de nécessité. En 2023, la caserne Marchandeau a effectué 12 432 sorties de véhicule (le nombre monte à plus de 20 000 pour les deux casernes rémoises).

Le deuxième point concerne les carences, qui consistent, pour les pompiers, à remplacer les ambulances privées pour du secours à personne quand celles-ci sont toutes occupées. Devenues quotidiennes, elles sont aujourd'hui une part importante du travail des pompiers, qui voudraient que davantage d'ambulances privées soient disponibles.

Réduire le nombre d'interventions

"Les 18h30 seraient une reconnaissance pour le travail qu'on effectue avec ces carences. Autrement, l'autre solution qu'on propose est le financement par l'ARS (agence régionale de santé) d'autres ambulances privées, ce qui baisserait significativement notre nombre d'interventions. Cela s'est fait dans d'autres départements, et les interventions ont baissé. Cela redonnerait surtout du sens à notre métier. À la base, notre métier ne consiste pas à faire ces fameuses carences", propose Frédéric Fougère.

Un autre moyen de réduire ce nombre d'interventions ? "Laisser la prise en charge de certaines interventions aux services qui seraient les plus compétents pour les faire. Par exemple, les personnes qui ne répondent pas aux appels téléphoniques depuis quelques jours ou semaines, ce sont les pompiers qui vont intervenir. On va voir si les gens sont chez eux et en cas de doute, on va rentrer en cassant la porte. Donc on dépêche les sapeurs-pompiers avec des moyens importants pour faire une reconnaissance. Simplement pour faire une enquête de voisinage. Après, une fois la porte cassée, on doit attendre la police, et ça dure une heure ou deux. Ce sont des choses qui ne sont plus acceptables pour nous", conclut le président.

Parmi les autres revendications, la création d'un troisième centre à Reims, ou davantage de moyens humains si le nombre d'interventions et de sorties ne baisse pas. Pour des réponses favorables à ces requêtes, il faudra continuer de négocier avec le département, avec qui les discussions sont entamées depuis quelques mois déjà.

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