Reims : place d'Erlon, sur "la plus grande terrasse de France", paroles de restaurateurs entre Histoire et appréhension

Après sept mois de fermeture, les terrasses des cafés et restaurants du centre-ville de Reims, dans la Marne, reprennent du service ce 19 mai. Ambiance et nostalgie auprès des professionnels place d'Erlon, l'une des plus vastes surfaces de terrasses en France. 

A la "Belle époque", il y avait déjà des terrasses, Place Drouet d'Erlon.
A la "Belle époque", il y avait déjà des terrasses, Place Drouet d'Erlon. © Archives municipales et communautaires.

Aux beaux jours, la Place Drouet-d'Erlon au centre de Reims, est le plus souvent noire de monde, à l'heure du déjeuner, notamment. Avec ses 20.000 m2, les terrasses, au fil du temps s'y sont multipliées. Elles y occupent aujourd'hui 3.710 m2, ce qui en fait en quelque sorte, la plus grande terrasse de France. Cette place est piétonnière depuis le mois de mai 1994, mais cela n'a pas toujours été le cas. 

Eric Membré a 53 ans. Il est responsable du bar du "Lion". C'est l'un des plus anciens professionnels de la place. Il est entré dans cet établissement le 1er mai 1987. "A part une année d'interruption, due au service militaire, j'ai toujours pu faire ce métier de passion", dit-il. "Pour la reprise, on a une grosse demande, notamment de notre clientèle étudiante. Nous aussi, on attendait ce jour. S'il fait beau, j'y crois".

La terrasse sur le "rooftop" restera fermée. C'est pourtant la seule de ce genre, sur la place, mais avec la jauge de 50%, ce n'était pas viable.

Vincent Mansencal, patron du "Lion".

 

Eric Membré a de nombreux souvenirs liés à la Place Drouet-d'Erlon. Il l'a connue à l'époque où les voitures y circulaient encore. Il est même presque un peu nostalgique de cette époque. "Les voitures se garaient en épis, tout au long de la place. C'est vrai, il y avait la pollution, mais l'hiver, on les voyait tourner autour de la Fontaine Subé. Ca donnait plus de vie. C'était dans les années 92-93".

"Quand la place est devenue piétonne, les gens pouvaient se balader, flâner. Cela a été très positif pour nous. Il y a eu une grosse affluence, l'été. Maintenant, c'est une autre vie".

Eric Membré se souvient de l'époque où les voitures circulaient encore sur la place.
Eric Membré se souvient de l'époque où les voitures circulaient encore sur la place. © Vincent Mansencal, patron du "Lion".

Une remise en route plus souple

Vincent Mansencal est le Président des "Vitrines de Reims". C'est aussi le patron du "Lion". Il dispose de trois terrasses pour son établissement, mais n'en ouvrira que deux ce mercredi 19 mai. "La terrasse, sur le "rooftop", restera fermée. C'est pourtant la seule de ce genre, sur la place, mais avec une jauge à 50%, ce n'était pas viable. En ne gardant que neuf places, ça n'était pas rentable. En France 40% des établissements n'ont pas de terrasse. Il faut penser à ceux qui ne pourront pas rouvrir demain".

Au "Lion", les distances imposées seront respectées.
Au "Lion", les distances imposées seront respectées. © Vincent Mansencal, Président des "Vitrines de Reims".

Avec ses deux terrasses de la Place Drouet-d'Erlon, et de la rue Buirette, à l'angle de la place, Vincent Mansencal dispose de 34 et 20 m2 de terrasses. Grâce à la municipalité, il a obtenu une extension de trois mètres carrés. "Mais avec la jauge, là où on pouvait installer 30 personnes, on ne pourra en accueillir que 15. Vue la météo, on a prévu une carte réduite, mais dès demain matin, on pourra servir des petit déjeuners, et dans la journée, on proposera des planches resto. On repart avec une jauge réduite, une météo défavorable et une équipe réduite, pour le début".

Avec sept mois, sans travailler, on se remet en route, de manière plus souple, d'autant que deux des employés ont, entre- temps, démissionné. C'est le cas chez bon nombre de professionnels.

Vincent Mansencal, président des vitrines de Reims

Le "rooftop" n'ouvrira pas tout de suite, à cause de la jauge de 50%.
Le "rooftop" n'ouvrira pas tout de suite, à cause de la jauge de 50%. © Vincent Mansencal, patron du "Lion".

Une réouverture comme un complément

Dans les nombreux établissements de la place, c'est l'effervescence en cette mi mai. Il faut que tout soit prêt pour l'accueil des premiers clients. "Aux Coteaux", une maison bien connue des amateurs de pizza, le co-gérant, Michel Fontaine se souvient : "On  a été confronté aux travaux du parking sous-terrain, à un incendie en 1988. Cette fois, ça a été le confinement. On rouvre la terrasse, mais pour nous, c'est presque anecdotique. Ca sera un complément, car on a fait du "à emporter" tout de suite. C'était facile puisqu'à la base, on fait des pizzas".

En temps normal, la commission terrasses se réunit une fois toutes les trois semaines, ou une fois par mois. Mais on a augmenté la cadence, jusqu'à deux fois par semaine.

Marie-Inès Romelle, adjointe-au-maire de Maire de Reims, en charge du commerce et de l'artisanat.

"Avec la pluie, le démarrage sera moins fort. On va se rôder. De toute façon, avec la jauge, on a droit qu'à 30 couverts sur nos 60 mètres carrés. On est autorisé à nous étendre sur l'établissement voisin qui a fermé, et si les pompiers l'autorisent, on pourra s'installer face au Cristal. Alors, on pourrait peut-être servir 60 personnes".

Michel Fontaine est le trésorier départemental de l'UMIH. Il en est fier. "Sans le syndicat, il y aurait eu des dérives. Le combat du syndicat a été énorme".

La Place Drouet-d'Erlon quand le parking souterrain n'existait pas.
La Place Drouet-d'Erlon quand le parking souterrain n'existait pas. © Archives municipales et communautaires.

La commission terrasses n'a pas chômé

"En temps normal", raconte Marie-Inès Romelle, adjointe-au-maire de Reims, en charge du commerce et de l'artisanat, "la commission terrasses se réunit une fois, toutes les trois semaines, ou une fois  par mois. Mais on a augmenté la cadence, jusqu'à deux fois par semaine, pour traiter le plus rapidement possible, et sans bâcler, tous les dossiers".

Cette commission que préside Marie-Inès Romelle réunit les Bâtiments de France, les sapeurs-pompiers, l'UMIH, les services de l'accessibilité, du commerce, de la voirie. "Il faut perdre le moins de temps possible pour répondre aux demandes, mais la priorité est donnée à la sécurité. C'est le volet le plus important. Depuis les dernières annonces du Président de la République, Emmanuel Macron, on n'arrête pas. On n'avait jamais vu ça".

La Place Drouet-d'Erlon, dans les années 30.
La Place Drouet-d'Erlon, dans les années 30. © Archives municipales et communautaires.

Plus de 100 demandes, dans tout Reims

45 terrasses sont installées, Place d'Erlon. La plus importante, la plus grande de France, c'est celle du bar "Le Gaulois", avec ses 296 mètres carrés. Sur la place, de nouvelles terrasses s'annoncent. Deux dossiers seront étudiés, la semaine prochaine. Les dossiers qui sont transmis à la commission concernent des renouvellements, des créations ou des extensions. Place Drouet-d'Erlon, il n'y a pas eu de refus, à ce jour, mais dans d'autres quartiers, c'est la sécurité qui a posé problème. Impossible de toucher aux accès des sapeurs- pompiers.

La Place Drouet-d'Erlon, à Noël.
La Place Drouet-d'Erlon, à Noël. © Artech'Drone.

Des demandes de créations provisoires de terrasses ont été enregistrées, à hauteur de 20% des demandes. "A chaque fois que nous examinons une demande d'implantation sur le domaine public", explique Marie-Inès Romelle, "nous devons avoir l'accord des riverains. Il faut respecter une largeur minimale de trottoir, en tenant compte des personnes en situation de handicap, qui se déplacent en fauteuil, des usagers ayant des poussettes, des piétons, des vélos. Une terrasse n'est pas simple à autoriser".

Autrefois, quand c'était jour de fête, Place Drouet-d'Erlon.
Autrefois, quand c'était jour de fête, Place Drouet-d'Erlon. © Archives municipales et communautaires.

Un effort municipal

"On a la chance que la Ville ait des comptes sains", souligne l'adjointe-au-maire. "Pour l'année 2020, La Ville a fait un geste fort, en direction de ces professionnels. Ils ont été exonérés de la taxe d'occupation de l'espace public, ainsi que la taxe concernant les enseignes". En tout, ce sont 354.000 euros qui ne tomberont pas dans les caisses de la Ville.

Pour accompagner la reprise des établissements, la commission a décidé de réserver six places, dans un établissement, mais" s'il pleut", n'espère pas Marie-Inès Romelle, on prendra des commandes "à emporter". Les regards des clients, comme ceux des patrons de cafés et restaurants de la Place Drouet-d'Erlon, au centre-ville de Reims, sont donc tournés vers le ciel. La date du 19 mai est bien celle de la réouverture des terrasses, seulement, ces derniers jours, pluies et ciel gris ont dominé.

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