Reims : qu'est ce que l'inclusion bancaire, proposée dans le quartier Croix rouge ?

Le dispositif permet à 1,5 million de clients de la Banque Postale d'accéder à un compte / © Laurent Meney/France 3 Champagne-Ardenne
Le dispositif permet à 1,5 million de clients de la Banque Postale d'accéder à un compte / © Laurent Meney/France 3 Champagne-Ardenne

Permettre à tous, y  compris aux interdits bancaires, d'ouvrir un compte courant, c'est l'objectif de l'"inclusion bancaire" par opposition à "exclusion bancaire, à Reims dans certains quartiers, 60 % des clients seraient concernés. Un phénomène de société.

Par Laurent Meney

L'échange a lieu en langue russe. Présente aux côtés du conseiller financier de la Banque Postale, une interprète, Victoria. Nous sommes dans le quartier Croix-Rouge de Reims. Là où habite une importante communauté russe, plus généralement des personnes qui parlent mal le français. Certains agents de la banque sont d'ailleurs bilingue français-arabe. Une nécessité ici.

Cette agence postale fait partie des 300 en France à avoir mis en place l'inclusion bancaire. Un système créé en 2014. Objectif, favoriser l'accès au compte bancaire de tout un chacun. Une volonté du gouvernement que le service public relaie ici avec toutes les difficultés que cela comporte. En raison des barrières de toutes sortes.

Les femmes hésitent à ouvrir elles-mêmes un compte bancaire car elles pensent que cela incombe au mari. 
Victoria Djaladian, médiatrice
 

Barrières culturelles, de la langue mais aussi méconnaissance de tout ce qui concerne le numérique, utilisation d'un compte en ligne ou même savoir se connecter aux services publics comme déclarer ses impôts. La Poste joue là pleinement son rôle de service public. Le médiateur a mission de repérer le public fragile pour lui proposer un accompagnement. C'est comme ça que Victoria entend son métier : "dire à chacun son droit à disposer d'un compte bancaire, pouvoir gérer son argent soi-même."
 

1,6 million de clients

Dans le quartier Croix-Rouge des ateliers ont lieu régulièrement à l'initiative des associations partenaires dont celle de Victoria, Femmes Relais 51, pour venir en aide de façon concrète à cette population. Il s'agit d'aider les exclus de la bancaires, ils sont rien qu'à la Banque postale un million et demi de clients. Bénéficier d'un compte bancaire est une nécessité car sans ça pas de RIB, impossible d'effectuer des retraits ou dépôts d'espèces.

"Le besoin est énorme", explique Franck Dufour, il chapeaute 4 agences bancaires de la Banque postale à Reims dans ce que l'on appelle pudiquement les quartiers populaires. Sur les quelques 1.500 clients accueillis chaque jour dans le quartier Croix-Rouge, 60 % d'entre eux sont concernés a priori par l'"inclusion bancaire."

Des chiffres à mettre en rapport avec le rapport de la Banque de France qui parle d'"inclusion bancaire" comme ce qui permet à "une personne physique d’accéder durablement à des produits et services bancaires adaptés à ses besoins non professionnels et de les utiliser." Selon elle le nombre de personne détectées en situation de fragilité financière a baissé de 6% en 2018 passant de 3,6 millions fin 2017 à 3,4 millions fin 2018.
 
Les quartiers de périphérie urbaine profitent du dispositif, ici à Croix-Rouge à Reims. / © Laurent Meney/France 3 Champagne-Ardenne
Les quartiers de périphérie urbaine profitent du dispositif, ici à Croix-Rouge à Reims. / © Laurent Meney/France 3 Champagne-Ardenne
Le travail du médiateur est indispensable, il accompagne celui des guichetiers ou conseillers financiers en assurant par exemple des traductions. Mais c'est aussi expliquer comment fonctionne un automate pour acheter des timbres, remplir un bordereau d'envoi de lettre recommandée quand la pratique de langue française n'est pas encore très sûre.

Paradoxalement les banques en ligne même à bas coût ne profitent pas aux exclus. Cela renforce l'idée que l'accompagnement humain reste indispensable.
 

La Banque postale a pour mission de relayer le dispositif avec des mesures concrètes :

-un livret A dit d'"accessibilité" pour ce public fragile
-une carte de paiement à 3 € par mois avec autorisation systématique
-des commissions d'intervention plafonnées à 20 € par mois et 200 € par an
 

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