TEMOIGNAGE : ils reviennent du Soudan avec leurs trois enfants pour fuir les combats, "on ne peut se résigner à voir les gens mourir"

Une femme originaire de l'Aisne est revenu avec son conjoint et leurs enfants du Soudan, touché par la guerre depuis mi avril. Le couple raconte son quotidien et l'horreur des combats de rue. Ils ont lancé une cagnotte en ligne pour aider leurs proches à fuir les atrocités.

Une famille de Franco soudanais a été rapatriée près de Soissons (Aisne) pour fuir les combats qui font rage au Soudan, depuis la mi avril. Anne-Sophie, Mohamed et leurs trois enfants ont dû quitter leur pays le 26 avril 2023 après que la guerre a éclaté. "Une guerre entre deux dirigeants militaires soudanais, pas une guerre civile", précise Anne-Sophie, originaire de l'Aisne et qui a fait ses études à Reims (Marne). 

Installée depuis 13 ans au Soudan, Anne-Sophie Renaud est professeure à l'école internationale de Khartoum, elle a 40 ans. Mohamed Abdelwahab, âgé de 39 ans, son compagnon soudanais rencontré sur place, est distributeur d'une marque de semences agricole. Ils habitaient ensemble à Khartoum, la capitale du Soudan, depuis plus de 10 ans.

Mi-avril, la guerre civile éclate dans ce pays d'Afrique. Tout a basculé. "C'est arrivé le matin, on dormait, on s'est réveillé en entendant des tirs, on ne savait pas exactement ce que c'était. Et au bout d'une demi-heure, on s'est rendu compte que ça tirait pas loin", précise Mohamed. La famille se terre alors chez elle dans la capitale soudanaise bombardée. Les tirs sont incessants. "On a reçu tous les messages des amis qui ont vu des balles traverser les murs, des balles dans leur chambre et qui devaient s'allonger par terre pour ne pas mourir. Donc là, on prend conscience que ce n'est pas juste chez nous".

Ils décident de quitter le pays et attendre les instructions de l'ambassade de France. Le 22 Avril. C'est l'évacuation, ils ont un point de rendez-vous, un bus puis un avion, ils atterrissent enfin à Djibouti puis à Paris, c'est le soulagement.

Une cagnotte mise en place


Depuis leur arrivée en France, Anne-Sophie, Mohamed et leurs enfants sont hébergés chez les parents d'Anne-Sophie dans l'Aisne. Mais leurs pensées sont toujours au Soudan, "avec la famille qui souffre tous les jours, face aux bombardements, à tout moment ils peuvent perdre la vie".  Mais quitter le pays est difficile : aux frontières, des dizaines de milliers de soudanais se massent en espérant fuir les violences. Les ONG ne sont plus présentes pour des questions de sécurité. "Les gens souffrent, il n'y a aucun soin médicaux, il y a des gens qui meurent carrément, il n'y a pas vraiment à manger, ni à boire. On ne peut pas se résigner à regarder à distance les gens mourir", soupire Anne-Sophie, des larmes dans la voix.

"Pour nous aujourd'hui, il s'agit de continuer à parler du Soudan, les gens s'en désinteréssent. Ne mesurent pas l'ampleur de cette guerre. Idéalement, il faut sécuriser des voies pour acheminer les matières premières. On a conscience que tout le monde ne peut pas se rendre aux frontières. Nous avons encore cinq personnes de la famille qui sont en chemin vers la frontière, dont trois jeunes, ma belle soeur et ses neveux. C'est un long trajet. La route est encombrée. Il y a des vols sur la route. Certains se font tirer dessus en voiture. Il faut ensuite des visas. Des cagnottes sont mises en place. Pour payer les procédures". 


La famille d'Anne-Sophie et Mohamed espère que les démarches administratives dans cette situation d'urgence seront facilitées, afin d'avoir le plus vite possible leurs proches auprès d'eux. "Pour l'instant impossible de dire quand le pays va retrouver une situation stable". Anne-Sophie cherche désormais un poste d'enseignant. Mohamed lui est en train de trouver un travail dans le milieu agricole. Mais l'urgence aujourd'hui, pour eux, c'est de rapatrier des jeunes qui ont le profil pour s'intégrer en France et pour qu'ils puissent se former. 

"Des personnes sont parties hier encore (le 2 mai, ndlr) du Soudan, pour fuir les combats. Leur seule chance de survivre. Notre souci c'est de les accueillir au mieux, les aider. Une cagnote a été mise en place. On parle à notre famille tout le temps, même la nuit, on essaye de trouver des informations sur les routes les plus fiables. C'est désespérant de se retrouver dans cette situation. C'est un pays sans tête". 

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