Une centaine de personnes se mobilisent contre la fermeture de leur mosquée à Croix Rouge, "on est obligé de prier dans la rue"

Après une fermeture brutale de leur mosquée des fidèles se réunissaient ce samedi 9 décembre allée des Savoyards à Reims. Ils veulent trouver une solution de remplacement pour ce lieu de culte, vecteur de lien social.

Une centaine de personnes se sont réunies à côté de la salle qui leur servait de mosquée jusqu’à présent. Depuis le mercredi 6 décembre, impossible pour eux de pénétrer dans leur mosquée. La porte a été scellée. notre surprise générale, elle a été fermée de manière abusive et injuste. Toutes nos affaires sont encore à l’intérieur !", déplore Abdelaziz Irzi, le secrétaire de l’association Alliance, qui gère ce lieu de culte.

"Aujourd'hui, c'est l'incompréhension générale à l'échelle du quartier, on ne comprend pas pourquoi cette mosquée est fermée. Il n'y a aucune raison valable, c'est injuste", rajoute-t-il. Cette mosquée située rue des Savoyards, à Reims, est la seule du quartier.

Les locaux sont loués au Foyer Rémois. Le bailleur social a mis un terme à ce contrat de location. L'immeuble où se trouve cet immeuble fait partie d'un projet de rénovation urbaine. Cette fermeture brutale n'était toutefois pas attendue selon les membres de l'association.

Un choc pour les fidèles

Cette salle de prière, qui existe depuis 45 ans, était un symbole dans le quartier selon l'association Alliance. "Au-delà d'être une mosquée, elle a une place centrale dans le quartier. Elle est historique à l’échelle du quartier, c'est un lieu intergénérationnel", explique Abdelaziz  Irzi.

Certains habitants ont grandi avec cette mosquée. L'annonce de sa fermeture est un choc. "C'est ma deuxième maison cette mosquée, on ne comprend rien", lance Yazid, un étudiant en deuxième année de licence économie et gestion. "Malheureusement maintenant on reste beaucoup à la maison pour prier, surtout les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer, ça fait mal au cœur", commente le jeune étudiant.

Un sentiment d'exclusion pour certains habitants. Myriam vit dans le quartier depuis 37 ans : "On ressent cette fermeture comme une stigmatisation de l'islam, une stigmatisation des quartiers, on nous parle de laïcité, mais c'est une laïcité à deux vitesses et on le vit mal", s'émeut-elle.

Une inégalité ressentie aussi par Mohammed Lalami, un ancien habitant du quartier qui a assisté à la naissance de cette mosquée en 1978 : "Je crois à la fraternité et égalité envers tous les cultes. Je pense aux personnes âgées, aux handicapés et aux moyens de transport pour aller à la grande mosquée de Sainte-Anne. D’ici, c’est très difficile et je pense aussi que le moment vu la conjoncture internationale n’est pas bien choisi pour fermer un culte, ça peut attiser certaines rancœurs." 

Il existe peu de solutions pour ces derniers. Tous déplorent la distance qui les sépare des autres mosquées de la ville. Face à cela, des prières sont toujours organisées à Croix Rouge, mais devant la mosquée fermée.

Désormais, ils prient dans la rue

Lors de la mobilisation, une centaine de personnes étaient présentes. Un rassemblement ponctué par une prière de rue à quelques mètres de leur salle de prière désormais condamnée. "Les gens vont prier dehors sous le froid, sous la pluie, dans l'indifférence générale. On sera amené à perpétuer cette pratique jusqu'à ce que la mairie ou notre bailleur social trouve une solution", affirme Abdelaziz  Irzi.

"Ça me fait mal au cœur, c’est inhumain de voir les gens prier par terre alors qu’ils ont eu un local", lance Ahmed Bensabbah, au bord des larmes. "Je ne suis pas d’accord. Il faut essayer de débloquer la situation", continue-t-il.

L'association Alliance ne compte pas lâcher l'affaire. "On a encore du mal à y croire, on est abasourdi, mais on veut se battre pour rouvrir mosquée, car on en a besoin c’est une nécessité, au-delà d’être un lieu de culte c’est aussi un lien social", précise le secrétaire de l'association.

Cette mosquée selon l'association est avant tout un lieu de partage. "Lorsque les jeunes livrés à eux-mêmes ont une question religieuse, on trouve toujours une réponse adéquate qui répond à leurs besoins de telle sorte que ce que l’on dit respect loi république. Ma crainte où ces gens vont aller chercher ces réponses ? Sur internet et on ne sait pas ce qui peut se passer après", s’inquiète le président de l'association, Abdelhak Bellamine. 

Contacté par nos confrères de France Bleu Champagne-Ardenne, Le Foyer Rémois affirme ne pas être "en mesure de proposer à l’association un local répondant à ses besoins et conforme aux normes de sécurité applicables aux établissements recevant du public".

Les manifestants affirment aussi avoir contacté la mairie, sans succès. Arnaud Robinet, le maire de Reims, de son côté affirme ne pas avoir à intervenir sur un sujet cultuel qui concerne un lieu de prière. 

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