DOCUMENTAIRE. Histoire de la photo : l'enquête sur de mystérieuses plaques de verre recouvertes de pomme de terre

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Vous connaissez les frères Lumière ? Bien sûr. Mais savez-vous qu'ils ont été les inventeurs du tout premier procédé de mise en couleurs des images photographiques ? Peut-être pas. Alors si vous aimez la photo et son histoire, suivez le documentaire "Le trésor de Maître Gérardin", une mélancolique enquête sur les traces de mystérieuses boites retrouvées à Nancy.

C'est une véritable enquête que mène Jean-Baptiste Mathieu, le réalisateur du documentaire que nous vous proposons de regarder ci-dessus. Une recherche autour de boîtes, retrouvées dans un cagibi de l'ancienne Ecole des Beaux-arts de Nancy, mais aussi d'une boîte supplémentaire qui sert en quelque sorte de déclencheur à sa curiosité. 

Voici trois bonnes raisons de voir "Le trésor de Maître Gérardin". 

1. Parce que vous aimez la photographie et son histoire

Ce sont deux photographes, deux frères, passionnés de photographie, qui s'amusent d'avoir ces points communs avec les frères Auguste et Louis Lumière : être deux frères et partager la passion de la photographie. Jean-Michel et Emmanuel Aubrun, tiennent un magasin de photo bien connu des Nancéiens, quartier d'Haussonville. Et c'est un bref article sur une de leurs découvertes dans L'Est Républicain qui attire l'oeil et la curiosité de Jean-Baptiste Matthieu, réalisateur ("Des autochromes inédits de Julien Gérardin", article réservé aux abonnés).  

En tant que passionné de photo et de son histoire, vous savez fort probablement ce qu'est un autochrome. Sinon, pour faire simple il s'agit d'une invention des frères Lumière datant de 1903, qui fait passer la photo du noir et blanc à sa représentation en couleurs. Grâce à un procédé de dépôt de fécule de pomme de terre sur des plaques de verre. L'effet épatant de la patate.

Tout un monde, toute une époque, totalement révolue dès l'arrivée du système inventé par Kodak en 1935. "Ils exportaient leur procédé jusqu'aux USA, mais c'est tombé en désuétude car c'est pas un support très facile la plaque de verre, explique un des frère photographe et l'autre enchaîne : ils ont arrêté la production au début des années 1930 et progressivement la plaque de verre a été remplacée par des supports plus souples, plus pratiques et moins fragiles".

2. Parce que vous aimez les enquêtes

Les frères Aubrun ont donc découvert une boîte contenant des autochromes, attribués à Julien Gérardin, notaire de son état. Le réalisateur, enquêteur de nature, commence à associer des éléments comme les pièces d'un puzzle. Il se souvient que d'autres boîtes, contenant des autochromes du même dit Gérardin, ont été dénichées dans un recoin de l'ancienne école des Beaux-Arts de Nancy alors en plein déménagement. Pourquoi tant de boîtes ? Comment être sûr que du nom de l'auteur de ces plaques ? Et qui est-il donc ce Julien Gérardin, notaire à Nancy au début du XIXe siècle, à qui ses boîtes de plaques sont attribuées ? Il brûle de découvrir ces plaques pour mieux en comprendre l'histoire et nous embarque avec lui dans ses recherches. 

Les premiers indices sont délivrés par les frères Aubrun, mais les deux hommes conservent une part de leur secret sur la découverte de leur boîte. Il s'agit donc d'aller trouver les renseignements ailleurs. Alors, du cimetière de Préville à Nancy, au Jardin botanique Jean-Marie-Pelt de Villers-lès-Nancy, Jean Baptiste Mathieu part à la recherche d'éléments. Et c'est aux archives de la nouvelle école des Beaux-Arts de Nancy, dans le complexe coloré d'Artem, et en compagnie de Sophie Petitjean, documentaliste que le réalisateur va pouvoir admirer le fonds d'autochromes de Julien Gérardin. 60 boîtes contenant plus de 6.000 plaques de verre. Sur beaucoup d'entre elles, des femmes élégantes prennent des poses esthétiques dans des décors de jardins et de vergers. Des femmes, des fleurs, des thèmes chers également aux artistes de l'Ecole de Nancy, ainsi qu'aux peintres impressionnistes, les contemporains du notaire photographe. 

Le réalisateur tire tous les fils de son enquête. Où était l'étude notariale, où était la maison familiale de Julien ? Qui étaient ces femmes sur les photos, qu'il nommait "ses amies de photographie" ? 

3. Parce l'enquête part d'un d'objet pour emmener vers un homme

Elles l'intriguent ces femmes en robe d'avant la première guerre mondiale. Elles posent au milieu de fleurs. Elles évoquent forcément le tableau intitulé Coquelicots de Claude Monnet, mais aussi Les femmes fleurs d'Alphonse Mucha, et la technique du pointillisme n'est pas loin de rappeler le grain de l'autochrome obtenu par la fécule de pomme de terre répandues sur la plaque de verre.

Oui les autochromes sont sensuels !

Susana Gallego-Cuesta, conservatrice en chef du musée des Beaux-Arts de Nancy

La conservatrice en chef du musée des Beaux-Arts, Susana Gallego-Cuesta donne sa vision de l'œuvre de maître Gérardin : "les autochromes sont des objets absolument incroyables : la texture des images est rêveuse, c'est un peu cotonneux, les couleurs sont très tendres; un côté rêveur qui est produit par la fécule de pomme de terre d'où ce grain un peu moelleux; oui ils sont sensuels". L'homme serait donc largement inspiré par les tendances artistiques de son époque.

Bientôt le monde entier sera féru de couleurs.

Alfred Stieglitz, photographe

De fil en aiguille, on apprend un peu de sa vie de célibataire, admirateur ou séducteurs de femmes. Grand amateur de fleurs et de nature. Le notable est également adhérent à la Société Lorraine de photographie et féru de techniques modernes en la matière, ce qui suscitera l'admiration de quelques-uns de ses confrères photographes. Et même Alfred Sieglitz, un célèbre photographe américain, découvrant ses autochromes colorés s'écrira : "Bientôt le monde entier sera fou de couleurs".

Au détour de ses rencontres suivantes, le réalisateur nous offre encore quelques révélations qui ouvrent le champ sur plus de mystère encore. 

Un documentaire à voir absolument pour une plongée mélancolique et rêveuse dans un monde aujourd'hui disparu.

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