Justice : Gérald Darmanin moqué dans une chanson satirique, le militant altermondialiste jugé pour l'avoir relayée sur son blog

Loïc Schneider comparait devant le tribunal judiciaire de Nancy. Le jeune homme qui se définit comme poète et militant altermondialiste est poursuivi pour avoir relayé une chanson satirique visant Gérald Darmanin et dont il n'est pas l'auteur.

Loïc Schneider comparait vendredi 1ᵉʳ décembre 2023 devant le tribunal judiciaire de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Le jeune homme qui se définit comme poète et militant altermondialiste est poursuivi pour "menace de crime ou délit contre les personnes et les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique". Étrange procès que celui d'un prévenu jugé pour une chanson aux paroles violentes dont il n'est pas l'auteur et où le principal visé (Gérald Darmanin) n'a jamais porté plainte.

Le fait rappelé par le président du tribunal est le suivant : Loïc Schneider est accusé d'avoir relayé sur son blog une chanson promettant les pires sévices au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Questionné à la barre sur les raisons qui l'ont poussé à la relayer, le prévenu a d'abord déposé sur le bureau du juge une pétition de soutien regroupant 21 000 signatures, puis il a expliqué avoir agi pour protester contre les dissolutions à répétition du ministre de l'Intérieur à l'encontre d'associations militantes jugées trop critiques vis-à-vis de l'action du Gouvernement.

À l'écoute, les paroles de cette chanson écrite, interprétée et publiée en 2020 par une chorale féministe "les Darmanines" ne relèvent pas de la poésie la plus fine : "Darmanin, ferme ta gueule, ta petite gueule de fasciste qu'on dissoudra bientôt". Loïc Schneider explique que ces paroles satiriques ne sont pas à prendre au premier degré. Il ne s'agit pas de dissoudre physiquement le ministre, mais plutôt sa manie des dissolutions, notamment celle du "Bloc Lorrain" prononcée le 23 novembre 2022 et contestée aujourd'hui devant le Conseil d'État.

Dénonciation des violences policières

Autre vers pointé : "Ta sale gueule dont on arrachera un œil". Le jeune militant dans sa déclaration dénonce les violences policières. Il répond par la lecture d'une longue liste de manifestants éborgnés et amputés par les tirs de LBD et autres grenades de désencerclement tirées par la police, sans qu'aucun fonctionnaire ne soit jamais condamné.

Le procureur ne l'entend pas de cette oreille. Il déclare en préambule que la Justice n'est pas indifférente aux drames humains engendrés par ces blessures et que des enquêtes ont été diligentées qui ont abouti à des condamnations de membres des forces de l'ordre fautifs.

Cependant, pour le ministère public, la gravité de ces faits avérés ne peut en aucun cas justifier la violence des paroles de la chanson : "la liberté d'expression n'est pas absolue et cette chanson ne rentre pas dans le cadre de la liberté d'expression. Certes, Monsieur Schneider n'est pas l'auteur, mais en la relayant, il l'a faite sienne." À l'issue de sa réquisition, le procureur réclame 140 heures de travail d'intérêt général (TIG) ainsi qu'un stage de citoyenneté, bien loin de la peine maximale de cinq ans de prison encourue.

Pour leurs chansons satiriques, Brassens et Boris Vian ont été interdits de diffusion, mais jamais de liberté.

Maitre Laure Abramowitch, avocate de Loïc Schneider

Maître Laure Abramowitch l'avocate de Loïc Schneider saute sur l'occasion et dénonce un acharnement judiciaire : " mon client a été placé en garde à vue pour avoir relayé une chanson dont il n'est pas l'auteur, une chanson qui date de 2020 et qui n'a jamais été l'objet de poursuites ne serait-ce que pour injures publiques". Maître Christophe Sgro, le second avocat, enfonce de clou : "Loïc Schneider a eu le tort de croire que l'on pouvait, en France en 2022, critiquer et se moquer du pouvoir. Et Monsieur Darmanin qui est le principal visé ne s'est jamais constitué partie civile !" C'est un internaute d'Angoulême (Charente) qui aurait dénoncé la diffusion de la chanson sur la plateforme Pharos dédiée au signalement des contenus illicites de l'internet. 

Jugement mis en délibéré

De là à considérer que Loïc Schneider est victime d'un acharnement judiciaire, pour ses avocats, il n'y a qu'un pas. Il faut dire que le poète militant est dans le viseur de la Justice, car déjà condamné pour sa participation active à des manifestations altermondialistes. La dernière à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) contre les mégabassines.

Pour finir, Maître Abramowitch s'étonne de la peine réclamée : "140 heures de TIG pour quelqu'un qui a un CDI dans un EHPAD ? Un stage de citoyenneté pour quelqu'un qui, par ses engagements, défend les libertés fondamentales avec tous les risques que cela comporte ? Pas sûr qu'il soit la bonne personne pour ça". Et de réclamer la relaxe de Loïc Schneider.

Le jugement a été mis en délibéré au 28 décembre prochain.

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