Nancy : deux bars obtiennent le label "safe bar" contre les violences sexistes et sexuelles

Publié le Mis à jour le
Écrit par Inès Pons-Teixeira
Le label "safe bar" a été décerné par le collectif #NousToutes54 au bar le Schmilblick à Nancy
Le label "safe bar" a été décerné par le collectif #NousToutes54 au bar le Schmilblick à Nancy © Noé Scheer

Les témoignages de femmes victimes d'agressions sexistes et sexuelles dans les établissements de nuit nancéiens, comme partout en France, se multiplient sur les réseaux sociaux. Face à l'ampleur de ce mouvement, le collectif féministe #NousToutes54 réagit en créant le label "safe bar". À Nancy, deux bars viennent de signer cette charte.

Des jeunes femmes droguées à leur insu ou encore victimes d'agressions sexistes et sexuelles dans des établissements de nuit… Alors que les témoignages d’agression ou viol dans les bars et boîtes de nuit abondent depuis le mois de septembre 2021 sur les réseaux sociaux, le collectif féministe #NousToutes54 a décidé de réagir de façon concrète en créant un label "safe bar" ("bar sûr", en français). À Nancy, deux bars viennent de l’obtenir. Ils s’engagent à procéder à une sensibilisation et à se montrer vigilants face aux comportements de leur clientèle.

Un label pour mettre en avant les lieux sensibilisés au sujet

Le label "safe bar", décerné par le collectif #NousToutes54, sera désormais visible sur la vitrine de ce bar du centre-ville de Nancy. "On a suivi notre formation hier. Il s’agit d’une formation explicative, on nous a donné des documents avec des numéros d’urgence et des instructions pour réagir en cas de problème. Le but est d’oser intervenir, sans avoir à en venir aux mains, de s’interposer tout en étant à l’écoute. Les membres du collectif #NousToutes nous ont bien expliqué qu’elles resteront à notre disposition par la suite", explique Noé Scheer, le co-gérant du bar le Schmilblick.

Une main aux fesses, pour rappel, c’est une agression sexuelle quand la personne n’est pas consentante. On entend souvent cette phrase terrible : il y avait plein de gens autour et personne n’a aidé. Ce dispositif donne la légitimité aux gens de pouvoir intervenir

Inès Guaaybess, présidente du collectif féministe #NousToutes54

"Une main aux fesses, pour rappel, c’est une agression sexuelle quand la personne n’est pas consentante. On entend souvent cette phrase terrible : il y avait plein de gens autour et personne n’a aidé. Ce dispositif donne la légitimité aux gens de pouvoir intervenir. On a donc mis en place ce label pour mettre en avant les bars déjà sensibles au sujet et pour faire la distinction avec les lieux où les personnes n’ont pas encore vraiment conscience que l’on peut et que l’on doit s’interposer. Le monde de la nuit est assez complexe en ce moment, les gens sont parfois un peu outrés par certains comportements mais ne savent pas comment agir. Pourtant il faut réagir", insiste Inès Guaaybess, la présidente du collectif #NousToutes en Meurthe-et-Moselle.

Nous avons remarqué des comportements déplacés lorsque l’alcool monte, entendu des histoires de personnes qui se font suivre, par exemple. Un soir, une femme est venue se réfugier derrière le bar car elle se sentait en danger

Noé Scheer, le co-gérant du bar le Schmilblick à Nancy (Meurthe-et-Moselle)

À Nancy, le Schmilblick et le Brexit sont, pour l’instant, les seuls bars à avoir fini leur formation et signé la charte. Dans ces deux bars du centre-ville, les équipes ont suivi une formation contre les violences sexistes et sexuelles. "Nous nous sommes tout de suite sentis concernés. Même si l’ambiance est généralement très bonne, nous avons déjà eu quelques altercations car nous organisons des événements tous les week-ends. Nous avons remarqué des comportements déplacés lorsque l’alcool monte, entendu des histoires de personnes qui se font suivre, par exemple. Un soir, une femme est venue se réfugier derrière le bar car elle se sentait en danger", relate le co-gérant du Schmilblick.

Se former pour mieux pouvoir réagir en cas de problème

Pour les transformer en lieux "safe" (lieux "sûrs", en français), les gérants comme les employés comptent bien déployer plusieurs outils de prévention et mettre en place un protocole à suivre lorsque des actes répréhensibles se produisent. Plusieurs options sont mises en place, comme aller au comptoir et prononcer un nom de cocktail, le "Mystique", comme code pour demander de l’aide.

C’est une démarche importante, il est important que le public soit à l’écoute. C’est dommage d’en arriver là mais nous n’avons pas le choix, c’est nécessaire de mettre ce protocole en place

Noé Scheer, le co-gérant du bar le Schmilblick à Nancy (Meurthe-et-Moselle)

"C’est une démarche importante, il est important que le public soit à l’écoute. C’est dommage d’en arriver là mais nous n’avons pas le choix, c’est nécessaire de mettre ce protocole en place. Concrètement, quand une personne a des comportements déplacés ou étranges, on essaye de comprendre pourquoi elle est là, quelles sont ses intentions. Quand on lui fait comprendre qu’on l’a remarquée, elle se sent généralement gênée et part d’elle-même. Autrement, on a d’autres recours comme les numéros d’urgence", raconte Noé Scheer.

On a eu une trentaine de messages concernant du GHB à Nancy sur les 3 derniers mois et chaque jour des personnes nous écrivent pour dénoncer du harcèlement ou des agressions, alors nous ne sommes pas spécialisées dans la prise en charge de victimes. Cela démontre bien l’étendue des dégâts

Inès Guaaybess, la présidente du collectif #NousToutes en Meurthe-et-Moselle

Partout en France, un mouvement de dénonciation des violences sexuelles sévissant dans le monde de la nuit prend de l’ampleur depuis plusieurs mois. Des centaines de témoignages accablants, concernant notamment des tentatives de soumission chimique au GHB, la "drogue du violeur", refont surface sur les réseaux sociaux. "On a eu une trentaine de messages concernant du GHB à Nancy sur les 3 derniers mois et chaque jour des personnes nous écrivent pour dénoncer du harcèlement ou des agressions, alors nous ne sommes pas spécialisées dans la prise en charge de victimes. Cela démontre bien l’étendue des dégâts", s’alarme Inès Guaaybess, la présidente du collectif #NousToutes en Meurthe-et-Moselle.

À Nancy, le bar le Saint-Georges devrait bientôt, lui aussi, bénéficier du label "safe bar". Dans un second temps, d’autres établissements de nuit se verront proposer des formations et une signature de la charte par le collectif #NousToutes54.

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