Nancy : mobilisation autour du jeune Oumar Dembélé menacé d’expulsion au Mali

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La mobilisation autour d'Oumar Dembélé, jeune lanceur de poids et entraineur bénévole du Nancy Athlétisme Métropole prend de l’ampleur. Une pétition est en ligne et un rassemblement est prévu devant la préfecture de Meurthe-et-Moselle mercredi 26 janvier 2022 pour éviter son expulsion au Mali cette semaine.

Un sentiment d’incompréhension et d'injustice, c’est ce qui ressort des contacts pris avec les membres du club d’athlétisme d’Oumar Dembélé. Le jeune athlète malien est actuellement en centre de rétention à Metz (Moselle). Son expulsion vers le Mali est prévu ce vendredi 28 janvier.

C’est malheureux qu’on ne puisse pas le garder et qu’il soit renvoyé au Mali quand on connait le contexte de ce pays en guerre

Thierry Gigout, président du Nancy Athlétisme Métropole

"C’est un bon jeune, bien intégré, qui a fait valoir son état d’esprit et qui donne beaucoup à notre club. C’est malheureux qu’on ne puisse pas le garder et qu’il soit renvoyé au Mali quand on connait le contexte de ce pays en guerre" se désole Thierry Gigout, président du NAM (Nancy Athlétisme Métropole).

Le président a écrit au juge en charge de l'affaire il y a quelques jours pour demander une tolérance de six mois pour Oumar Dembélé. Thierry Gigout a également proposé de faire un contrat de travail au jeune sportif actuellement étudiant. Il s'agirait d'un contrat d'aide entraîneur et d'aide logistique pour celui qui entraînait jusqu'à présent bénévolement les plus jeunes et qui de l'avis de tous, ne ménageait pas sa peine pour le club.

Son coach, Nicolas Morot, a lui aussi été choqué par l'interpellation et le placement en centre de rétention d'Oumar : "c'est quelqu'un de pudique, il ne parlait pas de sa situation. Je ne vois que ce qu'il aurait pu faire de plus pour s'intégrer en France. Au niveau scolaire, associatif et sportif, son parcours est exemplaire !"

Depuis septembre 2021, Oumar Dembélé avait intégré un groupe de compétition dans sa discipline fétiche, le lancer de poids.

"C'était notre rayon de soleil. Il avait toujours le sourire, il s'entendait bien avec tout le monde, il était toujours partant et avenant, tout le monde le connaissait et l'appréciait", explique son entraîneur qui vante sa bienveillance et ses qualités humaines. 

Une pétition et une manifestation devant la préfecture 

Le club a lancé plusieurs actions pour le jeune lanceur de poids de 20 ans arrivé au NAM il y a trois ans.

Une pétition est en ligne : Pour qu'Oumar reste en France avant qu'il ne soit trop tard, avec un objectif de 15.000 signatures quasiment atteint ce lundi 24 janvier 2022.

Une manifestation est également prévue devant la préfecture de Meurthe-et-Moselle ce mercredi 26 janvier à 15 heures. Tous les soutiens d'Oumar, les signataires de la pétition, les licenciés du club avec leur maillot mais aussi les élus locaux sont conviés à ce rendez-vous de la dernière chance.

Parmi les personnalités du monde de l'athlétisme, le commentateur sportif Patrick Montel s'est également ému du sort d'Oumar, via cette vidéo postée sur les réseaux sociaux.

Du Mali aux championnats de France junior

Le jeune Oumar a 16 ans quand il arrive du Mali en France en passant par l'Espagne après le décès de sa grand-mère qui l'avait jusqu'alors élevé après la mort de ses parents.

En juin 2021, il obtient un CAP Monteur Installations sanitaires. Depuis la rentrée, il est inscrit en première année de Bac Professionnel au lycée Héré de Nancy. Parallèlement, il passait également son BAFA pour poursuivre son engagement auprès des jeunes du club.

A son arrivée en France, il se prend de passion pour l'athlétisme et rejoint le NAM il y a trois ans. Si les qualités humaines d'Oumar Dembélé sont aujourd'hui unanimement saluées, ses qualités sportives méritent également d'être soulignées. En lancer de poids, sa discipline favorite, il se qualifie deux fois pour les championnats de France junior et s'entraîne depuis la rentrée de septembre 2021 quatre fois par semaine.

Bénévole infatigable, il fait parti des rouages essentiels du club. "Il est très investi, quand on sait comme il est difficile aujourd'hui de trouver des bénévoles, c'est encore plus incompréhensible et rageant" fulmine l'entraîneur d'Oumar.

C'était quelqu'un qui ne voulait pas décevoir nous confie également Axelle Picard, la secrétaire générale du NAM "après une compétition où il n'avait pas performé comme il l'espérait, il s'était senti très mal, il avait peur de ce que le club allait dire, il se sentait redevable".

"On aurait aimé qu'il nous parle de sa situation avant pour pouvoir l'aider plus tôt, mais comme d'autres jeunes confrontés aux mêmes problèmes de papiers, il avait honte et n'osait pas se confier. Dans le club, on va être plus attentif aux autres athlètes qui pourraient se retrouver dans le même cas pour que ça ne se reproduise pas", explique le président du NAM.