Rémi MalinGrëy, dessinateur : "les masques nous dévoilent"

Décembre 2020 : le fameux dessinateur nancéien Rémi MalinGrëy publie aux éditions Iconovox un mini-livre intitulé "Camouflage". Il y croque avec humour une galerie de portraits masqués.

Quand on aime dessiner des gueules, comment faire quand elles sont masquées ? A cette question, Rémi MalinGrëy, le dessinateur nancéien chez qui même les sujets les plus graves prennent des airs de cartoons, répond par une pirouette. Les masques sont obligatoires ? Peu importe ! Affichons dessus la personnalité des gens qui les portent.
Il publie un mini-livre de portraits masqués "Camouflage, ou l’art et la manière de se fondre dans le paysage" (aux éditions Iconovox). Des dessins issus de ses publications pour le journal La Croix.
"Le point me donne carte blanche. Quand le masque est arrivé en mai, j’ai commencé à en dessiner un et c’est comme une bobine dont je tirais la ficelle", raconte-t-il.

Leur caractère sur le nez

Lui qui dit qu’il n’aime pas raconter d’histoires ni faire des séries a créé toute une galerie de personnages qui portent à chaque fois leur histoire sur le nez, avec la ficelle plus ou moins bien attachée derrière les oreilles.
Le masque d’anniversaire avec pâtisserie et bougie intégrées pour fêter son année de plus en toute sécurité, le masque à baldaquin pour ceux qui rêvent de passer le confinement en mode belle au bois dormant, le masque kangourou format slip 100% coton ou le masque dissuasif en forme de pancarte "attention chien méchant", qui n’éloigne pas le virus mais juste les importuns.
"J’ai justement eu une discussion où on se disait qu’avec un masque, il faut vraiment surjouer l’émotion. Je pense qu’on ne reconnaîtra même pas les gens que l’on a croisé pendant le confinement."

L’editeur Iconovox est spécialisé dans l'édition des dessinateurs de presse. Il a conçu cette série de mini-livres à tout petit prix (3,50 euros) baptisée rire en poche pour qu’ils voyagent et soient partagés.
"Je n’ai pas édité de journal de confinement pour ne pas surfer sur la vague. Ce qui m’a plu dans ce projet-là, c’est surtout la fantaisie de Rémi MalinGrëy. On en a bien besoin de dédramatiser en ce moment", explique James Tanay.

Commedia dell'arte

Pour dessiner quelqu’un, Remi MalinGrëy commence toujours par le visage et pour dessiner un visage, par l’œil gauche. C’est important. Si les yeux sont toujours présents dans ses personnages, le masque devient une façon d’afficher des caractères, de caricaturer une personnalité. Un peu comme La Bruyère ou La Fontaine qui croquaient les travers de leur société dans des personnages-archétypes.
Il explique : "les masques de la commedia dell’arte racontent tout de suite quelque chose sur le personnage. J’ai inversé les masques pour permettre de voir ce que les gens sont à l’intérieur. Les gens disparaissent et sont racontés par leur masque. Les masques nous dévoilent".

Le confinement, son quotidien

Quel regard porte celui qui croque nos travers sur cette période de confinement ? Zen, comme d’habitude. "Je travaille à la maison. Le confinement n’a pas de sens pour moi si ce n’est mon quotidien. J’ai juste l’impression que tout le monde s’est mis à vivre comme moi".
La semaine passée, il travaillait encore au Théâtre de Mon Désert à Nancy sur la pièce "Elle chie dans la colle" qu’il est en train de créer avec la comédienne Françoise Klein.
Après tout Rémi MalinGrëy a peut-être raison. La période est floue, dramatique même pour certains, mais tout est toujours plus sympa quand on y met des couleurs.

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