Social : la papeterie Stenpa menacée de disparition, "on nous a savonné la planche" accusent les salariés en colère

Neuf mois après sa reprise par un fonds d'investissement allemand, la papeterie centenaire Stenpa à Stenay dans la Meuse est placée en redressement judiciaire. Les salariés accusent l'ancien actionnaire et le repreneur de ne pas avoir tenu leurs promesses d'aides et d'investissements.

Neuf mois après sa reprise par un fonds d'investissement allemand Accursia Capital dont le siège social est en Bavière, la papeterie centenaire Stenpa (Stenay Papers) à Stenay (Meuse) est placée en redressement judiciaire. Les salariés accusent le repreneur, de ne pas avoir tenu ses promesses de développement et d'investissements. Ils menacent de porter l'affaire en justice.

Un communiqué de presse sans ambiguïté est parvenu mardi 9 juillet 2024 à la rédaction de France3 Lorraine. L'intersyndicale CGT-FO de la papeterie spécialisée dans la production de papiers d'emballage et d'étiquettes dénonce le risque de fermeture définitive de leur entreprise qui emploie 130 salariés.

La colère des salariés

Alain Magisson, le secrétaire du CSE, est très en colère. Dans son viseur, l'ancien propriétaire, le groupe finlandais Ahlström : "fermer l'usine de Stenay avec les obligations légales et supra légales, cela leur aurait coûté entre 30 et 32 millions. Ils ont trouvé un repreneur [Accursia. N.D.L.R] à qui ils ont versé 15 millions, ce qui correspond à la valeur du stock. Ils se sont débarrassé de nous à moitié prix !"

L'intersyndicale va même plus loin dans ses accusations. Elle soupçonne Ahlström qui s'était engagé à lui trouver des commandes de vouloir tuer l'entreprise :"quand on mandatait Ahlström sur des prix de papier que l'on faisait à Stenay, on avait un papier que l'on vendait 1300 € la tonne, Ahlström annonçait aux clients que nous faisions un papier à 1600 €, et leur proposait de les fournir ailleurs à 1300 € !"

Ne disposant pas de son propre service commercial, Stenpa était obligée de passer par celui d'Ahlström. Alain Magisson explique que pour être rentable, l'usine doit produire 4.000 tonnes de papier par mois, elle ne recevait que 400 tonnes de commandes mensuelles. Les frais fixes ont sérieusement entamé la trésorerie de l'usine. La direction n'a pas eu d'autre choix que de demander le placement de la société en redressement judiciaire afin de retrouver un peu d'oxygène. "C'est mieux que la liquidation judiciaire pure et simple", soupire le secrétaire du CSE.

Des investissements promis, jamais réalisés

La loi Florange impose au cédant d'une entreprise, en l'occurrence Ahlström, de trouver un repreneur. Ce sera Accursia Capital. Ahlström présente en CSE le fonds d'investissement allemand comme un candidat sérieux. Dans le Business modèle présenté aux représentants des salariés et que nous nous sommes procurés, Accursia Capital prévoit des investissements importants dont 1,2 million € dans la maintenance et 3 millions € dans la modernisation de l'outil de production. Le projet prévoit aussi de renforcer l'équipe commerciale et la remise à niveau du système informatique. 

Les salariés accueillent le nouveau propriétaire et son plan de développement avec soulagement : "quand il s'agit de sauver 130 emplois et que l'on vous fait des promesses d'investissements, on donne un avis favorable, on a dit banco".

Accursia Capital devient propriétaire de l'usine de Stenay le 2 octobre 2023 et depuis cette date, selon l'intersyndicale, aucune des promesses d'investissements n'a été réalisée. Elle dénonce une double trahison : "alors que les projets du fonds allemand visaient à la rentabilité d'ici à trois ans, pas un centime n’a été investi pour notre outil productif. Le cédant, Ahlström, n’a pas joué son rôle dans l’accompagnement des commandes, et s’est même placé en concurrence de la papeterie de Stenay".

Accursia Capital, un actionnaire défaillant

Alain Magisson explique que, face à cette situation, le CSE a demandé à plusieurs reprises des comptes à Accursia Capital, sans succès. De guerre lasse, il va se rendre avec Matej Kurent, le directeur du site de Stenay, au siège à Munich (Allemagne). Reçus par le CEO, ils n'obtiendront pas plus d'éclaircissements sur les intentions réels du fonds d'investissements.

Nous sommes victimes d'un deal mal construit entre Ahlstrom et Accursia Capital.

Matej Kurent, directeur de STENPA à Stenay

Matej Kurent, le directeur de l'usine de Stenay, joint par téléphone, explique qu'en 2013, la situation était catastrophique. Stenpa a dû faire face à un manque de trésorerie et un carnet de commande vide. Cela confirme aussi le fait, dénoncé par l'intersyndicale, qu'Ahlstrom n'aurait pas joué son rôle pour garantir les volumes de production nécessaires afin d'assurer la rentabilité du site meusien.

Il déplore que la reprise de la société ne se soit pas passée dans les meilleures conditions, ce qui explique ses difficultés actuelles : "aujourd'hui la société est doublement victime, d'abord de l'ancien actionnaire Ahlström qui s'est désengagé du site pendant des années et du nouvel actionnaire qui n'a pas les moyens pour soutenir la société sur le long terme".

Un optimisme partagé par la direction et les syndicats

En plaçant Stenpa en redressement judiciaire pour six mois, Matej Kurent veut gagner du temps afin de redresser la situation. Il se veut optimiste pour l'avenir de l'entreprise : "nous avons gagné du temps. Ce n'est donc pas la fin de la société. Nous passons à présent à la 2ᵉ étape afin de trouver un nouveau repreneur. En attendant, on continue à produire et à livrer notre clientèle". Cette stratégie est soutenue par l'intersyndicale qui partage l'optimisme de la direction quant à l'avenir de Stenpa. La société bénéficie des compétences, d'un outil de production compétitif et désormais d'un carnet de commande reconstruit et solide. 

Le groupe Ahlström dément les accusations

Contacté, le groupe Ahlström a réagi jeudi 11 juillet 2024 par un très court communiqué de presse : "Le groupe Ahlström dément formellement les affirmations évoquées qui sont graves en insinuations. Le groupe rappelle que la vente de l’usine de Stenay à Accursia Capital a suivi le processus réglementé habituel pour ce type de transactions".

La papeterie Stenpa est capable de produire 60.000 tonnes par an de papier couché de renommée mondiale à destination de l'industrie agroalimentaire. Elle doit fêter ses 100 ans en 2025 et fait vivre 500 personnes en comptant les emplois indirects. Elle est le premier employeur du canton de Stenay.

L'actualité "Économie" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Grand Est
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité