FC Metz : László Bölöni, le nouvel entraineur roumain, bientôt à l'affiche d’un documentaire à sa gloire financé par l'ultra autoritaire gouvernement hongrois

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Le nouvel entraîneur du FC Metz est présenté à la presse ce vendredi 24 juin 2022. A la tête de l’ASNL dans les années 90, László Bölöni est de nationalité roumaine mais il appartient à une minorité ethnique de langue hongroise dont il défendrait l’autonomie. Le gouvernement de Viktor Orbán, l’ultra-droitier Premier ministre de la Hongrie, va même financer un documentaire à la gloire du nouveau coach grenat.

Leurs origines remontent au Moyen-âge. Pendant les siècles qui suivent et jusqu’à la chute de l’Empire, les Sicules n’étaient qu’un peuple parmi d’autres de l’Autriche-Hongrie. Si les historiens émettent plusieurs hypothèses sur leurs racines ethniques, ils s’accordent sur leur statut actuel. Ce groupe "ethno-linguistique" de langue hongroise, dont la population est estimée aujourd’hui à moins d’un million de personnes, vit majoritairement dans le pays de Viktor Orbán. Mais une forte minorité se trouve dans la Roumanie actuelle : après la seconde guerre mondiale, la Transylvanie septentrionale y est rattachée, et avec elle plusieurs milliers de Sicules.

Le prénom trahit les origines

Et László Bölöni dans tout ça ? Le joueur puis entraîneur de foot d’une vingtaine de clubs en Europe et au Moyen-Orient, est né à Târgu Mureș, en pays sicule. Il a défendu les couleurs du club local pendant quinze ans. Avec lui il a gagné le titre de joueur roumain de l’année en 1977 et 1983. Un stade, aujourd’hui à l’abandon, porte même son nom

L’ancien entraineur de Nancy (1994-2000) possède un passeport roumain. Il compte 108 matches en équipe nationale entre 1975 et 1988. Mais son cœur serait sicule. C’est en tous cas ce qu’affirment nos confrères de SoFoot dans un article dédié au technicien, qui écrivent que László Bölöni "a également été aperçu en pèlerinage à Șumuleu Ciuc, drapeau des autonomistes - à forte tendance séparatiste, en «hommage» à la Hongrie des 64 Comtés - de l'autoproclamé «Pays sicule» en main, sourire jusqu’aux oreilles".

Plus troublant, plusieurs médias roumains confirment une autre information de nos confrères : le gouvernement hongrois va financer un film à la gloire du nouvel entraîneur du FC Metz, comme l’explique le site d’information en ligne Digisport.ro : " le tournage débutera en juillet et est basé sur l'autobiographie encore inédite de László Bölöni, informe l'agence de presse hongroise MTI. Le documentaire sera réalisé avec le soutien de l'Institut National du Film Hongrois (NFI) et sera réalisé par Attila Szabo. Le coût total de production s'élève à 96,1 millions de forints (250.000 euros )".

Le média en ligne précise plus loin que "aux côtés de László Bölöni, des stars du football roumain, des footballeurs hongrois et des légendes européennes apparaîtront dans le film. Outre Cristiano Ronaldo et Imre Jena, Valentin Ceausescu, le fils de Nicolae Ceausescu, apparaît également dans le documentaire".

Orban le fan de football

Le gouvernement de l’autoritaire Premier Ministre Viktor Orbán, qui a muselé les médias de son pays comme aucun autre de l’Union Européenne, va donc produire un documentaire qui pourrait jeter un peu d’huile sur le feu dans cette partie de l’Europe centrale, si l’on en croit les déclarations du réalisateur Attila Szabo qui veut "faire le portrait du plus grand footballeur roumain qui est resté hongrois".

Selon le site Courrier d'Europe Centrale, Viktor Orbán s'est déjà servi par le passé du football pour accélérer la naturalisation des Hongrois qui se trouvent hors du territoire actuel du pays. Il financerait, selon le site, des clubs sicules engagés dans le championnat roumain... comme le FC Miercurera Ciuc, qui évolue en deuxième division nationale.

La disparition de l’Autriche-Hongrie et le chaos de la seconde guerre mondiale ont éparpillé des centaines d’ethnies entre plusieurs pays. On trouve aujourd’hui des minorités hongroises en Roumanie, mais aussi en Serbie, en Pologne et… en Ukraine.

Les Sicules à la Coupe du Monde

Les Sicules ne se font pourtant pas particulièrement remarquer par leur nationalisme. Le hongrois est langue officielle en Roumanie. La communauté compte des représentants élus dans les parlements régionaux et nationaux, et également une formation politique influente dans le pays, l’Union démocrate magyare de Roumanie (UMDR) .

Les Sicules de Roumanie ont même participé à une Coupe du Monde : celle des nations et peuples non représentés (ConIFA), dont l’édition 2016 s’est tenue en Abkhazie, région séparatiste de la Géorgie, à forte minorité russophone et que Moscou est la seule ou presque à reconnaître. Depuis la fin de l’URSS, plusieurs guerres ont déchiré la région.

Le futur entraîneur des Grenats en Ligue 2 a déjà été à la tête d'une sélection nationale, mais c'était celle... de la Roumanie en 2000-2001 ! Lors de l’édition 2018 de la Coupe du Monde des nations et peuples non représentés, les Sicules ont terminé avec la médaille en chocolat : 4è. Auraient-ils fait mieux avec László Bölöni à leur tête ?