"La loi du plus faible" : trois raisons de suivre ce documentaire sur l'avocat des ouvriers Ralph Blindauer

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Un représentant des salariés présente Me Ralph Blindauer aux ouvriers. ©FTV

Maître Blindauer, avocat de son état, est aux luttes ouvrières ce que Jean Valjean est à Cosette : il connaît les ruses des escrocs et sait protéger et défendre les opprimés. Le documentaire "La loi du plus faible" le suit lors d'un conflit social à Woippy en Moselle. Voici trois raisons de le regarder.

Avec son accent lorrain et son air de rien, Ralph Blindauer est le caillou dans la chaussure du patron ; surtout celle du patron voyou. Joseph Gordillo, réalisateur, l'a suivi, le temps d'un conflit social, dans une société de charpente métallique, la société Prafer à Woippy, en Moselle, en 2020.

Voici trois bonnes raisons de regarder son documentaire La loi du plus faible, en replay sur France 3 Grand Est.

1. Parce que vous ne connaissez pas Ralph Blindauer et c'est une erreur qu'il faut corriger

Il fait partie de ces hommes qui inspirent soit une grande admiration, soit une grande colère, selon le point de vue où on se place. Un homme qui ne laisse personne indifférent. Un homme entier, fidèle à ses idées, mettant en concordance actes et paroles. Ce qui ne lui attire pas que de la sympathie. Mais il n'en a cure. Fils d'un ouvrier dans la sidérurgie à l'UCPMI à Hagondange (Moselle), engagé syndicalement, et d'une ouvrière militante également, il a appris le prix du travail et de la solidarité ouvrière.

Devenu avocat au barreau de Metz, spécialisé en droit du travail, il va se faire connaître comme "l'avocat rouge", à force de défendre les salariés menacés par les fermetures de leurs usines. Il s'est notamment illustré, avec sa consœur Marie-Laure Dufresne-Castets, dans les dossiers de Renault, PSA, mais surtout de Continental, aux côtés des "Conti". Ça vous dit quelque chose, ça vous revient maintenant ? 

2. Parce que vous le connaissez déjà et que vous voulez conforter votre avis

Le réalisateur du documentaire a choisi de le suivre, le temps d'un dossier. Le temps où va se jouer l'avenir des 43 salariés de l'entreprise de charpente métallique Prafer de Woippy à côté de Metz en Moselle. Le groupe allemand Kloeckner qui détient Prafer souhaite fermer le site mosellan. Sous le coup de la loi dite Florange, obtenue suite à la lutte des salariés d'ArcelorMittal à quelques dizaines de kilomètres de là, elle doit d'abord chercher un repreneur, avant de lancer un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui vise à "accompagner" les salariés avant leur licenciement collectif.

Ralph Blindauer, mandaté par la section syndicale CGT de Prafer représente les salariés dans cette épreuve. Il connaît les arcanes, les rouages du système judiciaire. Il sait où et quand appuyer pour que ça fasse mal. "Moi, je vais mettre en œuvre tout ce qui les emmerde", dit-il en s'adressant aux ouvriers, au départ peu convaincus. Il sait que pour la partie adverse, tous les moyens sont bons et qu'ils ont des "tueurs" en face d'eux. Il est rompu à l'exercice, c'est pour ça que les délégués syndicaux le choisissent. Car ne vous y trompez pas, si maître Blindauer vient défendre leurs droits et leurs dédommagements, ce sont bien eux qui vont perdre leurs emplois. Ce sont bien eux le véritable sujet du film, eux qui prennent les risques.

Ces hommes, car il n'y a pas de femme à l'image, qui ont parfois travaillé sur le site depuis 15 ou 20 ans, et qui voient leur avenir se boucher. Qui ne savent pas de quoi demain sera fait et à quelle sauce ils vont être mangés par le loup financier. Ces hommes qui vont manifester, occuper, échanger, en un mot comme en cent, qui luttent.

3. Parce qu'il ne mâche pas ses mots et qu'il faudrait plus d'hommes comme lui

Trois scènes "frappantes" montrent l'implication physique de l'avocat auprès de ses clients, n'hésitant pas à donner de sa personne dans des accès de colères homériques. Ainsi le découvre-t-on crier sa colère en allemand à l'aide d'un mégaphone, devant le siège allemand du groupe à Duisbourg, interpellant les salariés allemands, les appelant à la solidarité avec leurs collègues français. La scène d'ouverture du documentaire, que je vous laisse découvrir en augmentant légèrement le niveau sonore, et une autre, paroxystique, qui prouve, si besoin était, la réalité des valeurs de cet homme, qui honnit aussi bien le financier aux dents longues, "le patron escroc", que l'ouvrier envieux qui se trompe de cible, et empêche son camarade de toucher un dédommagement plus haut que le sien. "Ça me gonfle. Votre réaction est à vomir. (...) tous ces calculs d'apothicaires : elle est tombée bien bas, la classe ouvrière. C'est là que vous êtes tombés ? (....) Vous devriez avoir honte !

Il pourrait passer - ce qui ne manque pas de l'agacer - pour le chevalier blanc, hérault des ouvriers contre le tyranique despote patronal. Loin s'en faut. Il fait au mieux pour les intérêts des plus faibles parmi les faibles, mais en ne mâchant pas ses mots contre ceux qui se trompent de combat. Un homme de valeurs. Et c'est en citant Brecht qu'il résume le mieux sa pensée : "Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu." Tout est dit.

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