Redemption, le trio rock messin retrouve son public après deux ans de Covid, "on est encore plus motivé qu’avant"

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Formé il y a seulement cinq ans, le groupe de power rock messin a repris la route des concerts vendredi 22 avril 2022. Pendant deux ans, le trio composé d’un père et de ses deux jeunes fils n’a pas pris le temps de se reposer. Au sortir du Covid, l’ambition reste la même qu’aux débuts : vivre selon la sainte trinité du rock.

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La cicatrice forme un motif tribal autour de son coude, qu’il exhibe à qui veut l’admirer. Rodolphe Kuhn alias Rod, s’est fracassé le bras droit en cours de sport quelques semaines auparavant. Une opération plus tard, le batteur de Redemption ne pourra pas assurer les concerts prévus fin avril 2022, les premiers depuis l’irruption du Covid.

Le collégien de 14 ans est quand même du voyage à la Rodia, la salle de concert de Besançon (Doubs) où le trio partage l’affiche le samedi 23 avril 2022 avec Crisix et Tagada Jones, pour le warm-up du Hellfest, le plus gros festival metal d’Europe qui se tient traditionnellement en juin à Clisson dans l’Ouest de la France. Le 23 juin 2018, Redemption y a joué sur la mainstage, Rod n’avait que… dix ans. "Combien de collégiens peuvent se vanter d’y avoir joué ?" taquine John, leur tour manager.

Mais avec le coude en vrac, le batteur est obligé de céder son siège pour les deux premières dates de la saison post Covid, "impossible de les annuler, on se bat depuis deux ans pour rejouer, c’est chelou mais on a dû se résoudre à prendre un batteur intérimaire" explique Mathias, le grand frère de 20 ans, guitariste et chanteur du power-trio auquel Jean-Serge, le papa, vient greffer sa basse. La date de naissance du groupe reste incertaine : "on a toujours fait de la musique" crane l’ainé, biberonné aux disques familiaux, au rock pêchu et aux rêves étoilés. Depuis cinq ans, ils mangent les kilomètres et avalent les concerts partout en France. Sur la route, ils croisent Phil Campbell, guitariste de feu Motorhead, qui tourne désormais… avec ses trois fils !

Ils enregistrent leur album Three of a kind lors du premier confinement. La presse spécialisée compare les Messins à Metallica, "il y a pire pour des débuts" sourit Jean-Serge. Mais ses fils préfèrent les références rock, et l’esthétique léchée aux "tonnes de clou du métal". Mais le groupe préféré de Rod, c’est Oasis et Liam Gallagher, la power-pop anglaise des 90’s. Les vinyles des Beatles tournent régulièrement dans le salon.

Un batteur intérimaire pour remplacer Rodolphe

Rod au repos forcé pour quelques semaines encore, les Redemption ont passé le bottin des batteurs de rêve qu’ils auraient aimé embaucher pour l’occasion. Ceux de Sepultura et de Mass Hysteria étaient chauds, mais pas dispo, c’est Flo Desvignes qui a été choisi. Le jeune homme a été recommandé. Chaudement.

Sur le papier, la tâche est rude. Il doit jouer les parties de Rod aussi bien que lui, et se fondre dans le moule Kuhn. Heureusement, sa frappe de bucheron cache une grande sensibilité et un tact immense. Il occupe le siège sans prendre la place, écoute attentivement le cadet de la famille, le rassure, lui montre ses plans à lui : "il a un niveau incroyable pour son âge, j’ai dû bosser super dur pour en arriver là… Rod est très attentif, hier je lui ai montré quelques trucs, il a voulu les essayer ce matin".

Mathias confie après-coup "avoir été agréablement surpris, Flo avait bien bossé les morceaux, ça s’est fait tout seul, même si ça fait bizarre de jouer sans mon frère, ça ne m’était jamais arrivé !". Flo ne cache pas son appréhension à la première répète : "j’étais tellement tendu que je me suis fait une contracture au bras gauche". Après quatre jours de répète le set est dans la boite. Le trio augmenté de Rod, qui va "accompagner Flo pour le guider sur scène", roule vers l’ouest parisien pour son concert avec Black Bomb A, pointure du punk metal hexagonal.

Des enfants de la balle, mais aussi du spectacle : les Kuhn sont des pros. Ils ont une maison de disque, un tourneur, une équipe technique, des cachets et des fiches de paie. Le père a tenu à ce que ses enfants bénéficient du statut d’enfants du spectacle, qu’ils soient inscrits à la SACEM et touchent des droits. Le groupe répète dur, se structure de manière professionnelle. Rien n’est laissé au hasard. Les deux ans de Covid n’ont pas entamé la détermination du trio, qui en a profité pour mettre un album en boite, tourner des clips, et réaliser une captation vidéo à destination des tourneurs. Au sortir de l’hiver sanitaire, ils sont prêts : "on a mis à jour notre merchandising avec six nouveaux modèles de t-shirts qu’on sérigraphie nous-mêmes, on a lancé ça pendant le confinement. On veut être autonome au maximum" explique Jean-Serge.

A Plaisir (Yvelines), le premier concert depuis deux ans se déroule "dans une salle pas trop pleine, mais c’était cool de rejouer, j’avais hâte" confie Mathias. A la Rodia, changement d’ambiance. 500 fans ont pris leurs billets, et remplissent la salle pendant le concert des Redemption qui expédie un set de 30 minutes sans temps mort, "le Hellfest va pas être content, on a dépassé de cinq minutes" rigole le guitariste.

Au nom du père

Au sortir de scène à Besançon, les Espagnols de Crisix ont félicité les Messins, ébahis par le line-up. Ils ont assisté en coulisse à la fin du show, en bord de scène. Jean-Serge s’est aventuré en anglais : "à la guitare, c’est mon fils ainé, et normalement c’est le plus jeune à la batterie, mais il s’est cassé le bras". Le moment est rare, tant le taulier est pudique. Il a écumé les salles de spectacles en Europe, d’abord en tant que guitariste, puis comme producteur de concerts. Mais s’il déborde de fierté, il ne s’épanche quasiment jamais. Avant de charger le camion la veille des concerts, le quasi quinqua grillait une clope et lâchait que ses fils "me ressemblent tous les deux, quand je pense que Mathias a aujourd’hui l’âge que j’avais quand j’étais dans les Docteur Mezcal… il est bien meilleur guitariste que moi ! Et Rodolphe… son enthousiasme est sans limite".