A Dannemarie, "l'année de la femme" provoque un tollé

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Écrit par France 3 Alsace et Louise Hemmerlé (franceinfo)
© Vincent Voegtlin

D'étranges silhouettes sont apparues dans les rues de la commune haut-rhinoise en juin. Dannemarie a décidé de mettre à l'honneur les femmes cette année. Un hommage pas vraiment au goût des associations féministes. 

durée de la vidéo: 01 min 47
C'est ce qu'on appelle un bad buzz ! Voulant célébrer une "année de la femme", la commune haut-rhinoise a parsemé ses rues de silhouettes féminines. La campagne a suscité l'indignation sur les réseaux sociaux.

D'une bonne intention... 


Lorsque la municipalité de Dannemarie a décidé de placer 2017 sous le thème de "l'année de la femme", cela partait d'une bonne intention. "Nous le faisons tous les ans, confie Dominique Stroh, première adjointe au maire. L'année dernière, c'était celle du vélo. Et ça a déplu à certains aussi..." 

Cette fois-ci, la commune haut-rhinoise a donc choisi de mettre à l'honneur "la femme". Mais l'initiative a déraillé début juin, avec l'installation de décorations qui ont vite suscité la polémique.

Ces soixante-cinq pancartes construites en contreplaqué et installées dans les rues représentent des femmes enceintes en robe courte et talons aiguilles, des danseuses de cabaret, des femmes aux bras chargés de sacs de shopping ou encore des bouches écarlates. 


... à la polémique


Sarah Pyd, référente strasbourgeoise de l'association Les Effronté-e-s créée en 2012, prévenue par le Centre national d'information sur les droits des femmes et des familles du Haut-Rhin, s'en est émue dans un billet posté sur Facebook mercredi 19 juillet : 



"Ca donne une très mauvaise image des femmes, ça les met dans un carcan qui ne devrait plus exister depuis des années", regrette Sarah Pyd. 


Depuis, la mairie fait face à un flot d'insultes sur les réseaux sociaux, de mails et même d'un courrier jeudi dernier. 
"Waw bonjour les stéréotypes !", "Quelle honte" ou encore "Mais c'est encore possible à notre époque avec tout ce qui est mis en place en communication pour faire en sorte que les femmes ne soient pas ramenées juste à un corps "sexy" ou aux rôles "féminins"", peut-on lire en commentaires.
Mais l'avis n'est pas unanime. Comme pour cet internaute : "Franchement, je vois pas où est le problème !!!?? Quoi que le maire fasse, vous trouverez toujours à redire !!! Déjà, je trouve l'initiative du maire très engagée pour la cause féministe, car déclarer une année de la femme dans sa commune est une exception qui doit être encouragée."

 

Nos habitants à Dannemarie n'y voient aucune objection


Dominique Stroh ne s'explique pas non plus la polémique. La première adjointe au maire, fleuriste de profession, a consacré deux à trois mois à la conception de ces silhouettes. Avec la volonté de "représenter toutes les femmes et pas une femme stéréotypée." "Je peux comprendre que l'on aime pas mais de là à avoir autant de haine, je le déplore (...) nos habitants à Dannemarie n'y voient aucune objection."

Pas de mea-culpa donc. La municipalité souligne toutefois ses autres initiatives. "Le 13 juillet, nous avons mis deux dames à l'honneur qui avaient oeuvré dans l'associatif pendant quarante ans", rappelle l'adjointe. Une rue a également été inaugurée au nom de Monique Wittig, l'une des fondatrices du Mouvement de libération des femmes (MLF), native de la commune. Les 12 et 13 août enfin, la Ville promet de rendre hommage aux femmes au front pendant la guerre à l'occasion de la reconstitution de la Grande guerre. 


Le maire pour qui ces illustrations "ne posent aucun problème" ironise : "S'il y a un point sur lequel on a réussi, c'est que ça fait débattre", explique l'édile.
Hors de question pour Paul Mumbach de retirer ces pancartes, qui resteront donc installées jusqu'à l'automne, avant de laisser place à d'autres décorations. Et d'ajouter : "Mon problème maintenant, c'est de réfléchir au thème que je vais décréter pour 2018, parce que là, j'ai mis la barre haut, reconnaît-il. Peut-être l'année de l'homme !"
 

 

La réaction cynique du maire nous a choqué 



Une réponse peu appréciée par l'association féministe.
"J'ai trouvé assez déplacé de la part du maire de proposer cela pour répondre à notre indignation", explique la référente strasbourgeoise des des Effronté-e-s. "Si on fait des journées internationales de lutte pour les droits des femmes c'est parce que les femmes n'ont pas les mêmes droits que les hommes, que les femmes sont moins payées, que les femmes ont moins accès à des postes à haute responsabilité, qu'elles sont battues, violées et qu'elles ont moins de représentation dans l'espace public."



 

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