Hôpital de Saint-Dié : avec la peur du Covid, des patients ont arrêté leurs soins, "c'est une catastrophe pour les diabétiques"

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Écrit par Yves Quemener

A l'hôpital de Saint-Dié (Vosges) les médecins sont confrontés à une nouvelle difficulté. La prise en charge des malades avec leurs peurs et leurs angoisses dues au Covid-19. Ils ne viennent plus en consultation. Avec des conséquences dramatiques pour les malades atteints de diabète.

Depuis l’apparition du coronavirus, il y a deux ans, les médecins de l’hôpital de Saint-Dié dans les Vosges sont confrontés à une nouvelle difficulté. La peur des patients de venir en consultation. Pascal Mattei est médecin-spécialiste du diabète. Dans son service, l'accueil des patients reste bien sûr une priorité. "C'est indispensable !".

De nombreux malades sont en quelques sortes sortis du parcours classique des soins. Je pense beaucoup aux diabétiques.

Pascal Mattei, médecin, spécialiste du diabète.

Et pourtant lui aussi le constate, même s'il conseille en insistant à certains de ne pas attendre, la situation ne s'arrange pas du tout. "De nombreux malades sont en quelques sortes sortis du parcours classique des soins. Je pense beaucoup aux diabétiques. Ils ont tellement peur d'attraper le Covid à l’hôpital qu’ils ne viennent pas", explique Pascal Mattei. "Parfois ils sont vaccinés, parfois ils ne sont pas vaccinés. Ce matin par exemple, j’ai une patiente, vaccinée, qui devait impérativement venir. Il est 8h20 et elle vient d'annuler. Elle a peur. Elle me dit "je ne sors pas de chez moi j’ai peur d'attraper le Covid".  Des appels comme ça j'en reçois plusieurs par jour".

Le diabète une maladie chronique en augmentation

Le diabète est une maladie complexe. Sa prise en charge ne peut pas être approximative et irrégulière. "Alors vous allez dire que je ne pense qu'aux pieds ! Mais oui la première complication du diabète reste la gangrène et donc l’amputation. Et ça peut aller très très vite", dit-il. 

La première complication du diabète reste la gangrène et donc l’amputation. Il faut impérativement que les malades viennent à l'hôpital pour leurs soins.

Pascal Mattei.

La qualité des soins n'est pas en cause. Car déjà avant le Covid, c'est un sentiment spontané et anxieux que tout le monde ressent. L'appréhension d'arriver à l'hôpital, d’attendre dans une chambre. Le bruit, le va et vient. Le manque de sécurité. Et la pandémie n'a fait qu'aggraver cette situation. Les patients ne se sont pas sentis aussi fragiles depuis l'apparition de la l'épidémie. Pascal Mattei est inquiet. "Des patients atteints de pathologies chroniques repoussent leur consultation et on arrive à des situations très catastrophiques"

Dans les prochains mois ça va quand même être encore compliqué. Le personnel soignant le sait bien. Mais les prévisions du professeur Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'Institut Pasteur apporte un petit espoir. Lundi 17 janvier 2022 il a déclaré sur France Inter : "Le scénario du pire s’éloigne, la décrue a commencé, le pic des infections au Covid-19 a été passé".

Dans son petit bureau de l'hôpital de Saint-Dié, le Docteur Pascal Mattei espère réussir à convaincre tous ses patients de revenir pour leurs soins. "C’est sûr que nous sommes dans une zone géographique où il y a beaucoup de gens âgés qui ont peur de l’hôpital".