1940, la bataille de France au jour le jour : 12 mai, embouteillage dans les Ardennes

EPISODE 4 - C'était il y a 80 ans. Alors que l'Etat-major allié peine encore à croire les informations transmises par le renseignement aérien, des colonnes de blindés allemands s'avancent dans les Ardennes belges en direction de Sedan. Dans le Nord, les premiers bombardements commencent. 

Des chars allemands dans les Ardennes belges le 12 mai 1940.
Des chars allemands dans les Ardennes belges le 12 mai 1940. © picture-alliance / Judaica-Samml/MaxPPP

Dans la nuit, un avion de reconnaissance français observe de nombreuses colonnes de véhicules allemands qui s’étirent sur des kilomètres, tous feux éteints. Il en informe le commandement français, toujours sceptique. Au petit matin, un autre avion est envoyé vérifier, celui-ci revient les ailes percées et le réservoir troué par des balles.

Le pilote décrit un nombre effrayant de blindés qui avancent dans les Ardennes. Le chef de service du renseignement français refuse de croire une information "aussi absurde". Ce jour-là des photographies prises par les avions de reconnaissance montrent bien la masse de blindés allemands ainsi que des transports de pontons qui progressent vers la Meuse.
 

Un convoi allemand lors de la traversée des Ardennes en mai 1940.


En début d’après-midi les Allemands ont atteint le fleuve. Pourtant l’Etat-major français ne s’adapte pas et continue d’envoyer ses troupes les plus mobiles dans le centre et le nord de la Belgique. Aucun renfort vers Sedan… 
 


La Guerre-éclair d’Hitler démarre en fait par un monstrueux bouchon de 250 kilomètres, presque du Rhin jusqu’à la Meuse. 41 140 véhicules et blindés et leurs 4 800 tonnes de carburant et munitions avancent vers Sedan en longues files.
 

Reconstitution de "l'embouteillage" des Ardennes par la propagande nazie.
Reconstitution de "l'embouteillage" des Ardennes par la propagande nazie. © Extrait "DIVIDE AND CONQUER" - FRANK CAPRA
Reconstitution de "l'embouteillage" des Ardennes par la propagande nazie.
Reconstitution de "l'embouteillage" des Ardennes par la propagande nazie. © Extrait "DIVIDE AND CONQUER" - FRANK CAPRA

 
Conscients du danger à ce moment crucial, les Allemands ont concentré un nombre impressionnant d’avions de chasse pour protéger les convois. C’est sans doute pour ça qu’ailleurs sur le front, les Alliés peuvent se mettre en place et bloquer l’avancée des Allemands sans en être empêchés par l’armée de l’air allemande, la Luftwaffe.
 

L'armée britannique croisant des réfugiés belges entre Bruxelles et Louvain le 12 mai 1940.


 
L’historien militaire allemand Karl-Heinz Frieser estime qu’une attaque de bombardiers alliés à ce moment sur les véhicules bloqués sur les routes étroites des Ardennes aurait eu des conséquences dévastatrices pour l’armée allemande. Mais aucun avion allié ne sera envoyé malgré la météo très favorable, au grand étonnement des soldats allemands.

La section des anciens combattants de Floing/Gaulier préserve la mémoire des combattants français qui se sont opposés à l’élite de l’armée allemande près de Sedan sur la Meuse en mai 1940. Il s’agissait essentiellement de réservistes, mal équipés ou entrainés. Sedan était le secteur le plus faible du dispositif français.

Les officiers français n’ont pas cru aux renseignements aériens, ils disaient : "Ce n’est pas vrai, les Allemands ne peuvent pas être là, c’est pas possible…"

Jean-Claude Forêt, président des anciens combattants de Floing.

Nous avions rencontré Jean-Claude Forêt, président des anciens combattants de Floing, en mai 2010 à l’endroit même où les Allemands ont réussi à traverser la Meuse. Expert de cette époque, il ne comprend toujours pas pourquoi l’Etat-major français s’est obstiné à ne pas voir ce qui s’est déroulé dans les Ardennes.
 
"On n’a jamais pensé qu’ils passeraient par ici, Gamelin le généralissime français a dit que les Ardennes étaient impénétrables du fait de leurs forêts. Mais il y avait quand même des axes de pénétration, des routes. Les Allemands ont également fait des traversées de bois avec des troncs d’arbres pour que les chars ne s’embourbent pas. Les officiers français n’ont pas cru aux renseignements aériens, ils disaient : "Ce n’est pas vrai, ils ( les Allemands) ne peuvent pas être là, c’est pas possible…". Du fait de la suprématie de la Luftwaffe dans le secteur, l’aviation française n’a pas pu contenir et faire ce qu’elle aurait dû faire, les Allemands étaient totalement maîtres du ciel. La Ligne Maginot s’arrête à Ferté ( à quelques kilomètres à l’Est de Sedan NDR), ici sur le secteur il n’y avait que quelques blockhaus implantés là pour casser une attaque allemande, ça n’a pas très bien marché. Le coup de poing ( de l’armée allemande) a bien eu lieu ici".

C’est le général allemand Guderian qui a organisé l’attaque dans les Ardennes. Sa division blindée ouvre la marche. Dans l’après-midi du 12 mai, il a établi son poste de commandement dans l’Hôtel Panorama à Bouillon.

 


Des bombardiers britanniques passent au-dessus de la ville et bombardent une colonne allemande du génie chargée d’explosifs non loin de l’hôtel. Une puissante détonation ébranle le bâtiment.
 

La ville de Bouillon en Belgique. L'imposant hôtel Panorama se trouve sur les hauteurs à gauche de l'image.
La ville de Bouillon en Belgique. L'imposant hôtel Panorama se trouve sur les hauteurs à gauche de l'image. © J. De Meester/picture alliance / Arco Images/Newscom/MaxPPP


Au-dessus de la table de travail de Guderian, un trophée de chasse est accroché, une gigantesque tête de sanglier.
 

Le général allemand Guderian à Bouillon (Belgique) le 12 mai 1940.

 
Sous l’impact de l’explosion, le trophée se détache et manque d’un rien de s’écraser sur la tête du général Allemand (lire Le Mythe de la Guerre-éclair de Karl-Heinz Frieser). A cet instant l’attaque allemande a bien failli être décapitée…

Déjà de longues colonnes de civils chassés du pays de Liège, poussaient sur les bas-côtés.

Marc Bloch, affecté à l'Etat-major du groupe d’armées du Nord.


Pendant que les Allemands avancent vers Sedan, les Alliés, eux, continuent de s’engager en Belgique. Dans la foulée des troupes, Marc Bloch et l’Etat-major avancent jusque Charleroi, via Nivelles et Fleurus. "Les mineurs du Borinage, du pas de leur porte, acclamaient les autos françaises. Mais déjà de longues colonnes de civils chassés du pays de Liège, poussaient sur les bas-côtés, la classique voiture d’enfant de l’évacué, chargée des bagages les plus hétéroclites ; et, symptôme plus inquiétant, des soldats belges débandés, commençaient à se glisser à travers les villages".
 

Des réfugiés belges sur les routes en mai 1940.

Au même moment, pas très loin de l’endroit où se trouve Marc Bloch et l’Etat-major, à Hannut, a lieu la première bataille de chars de cette Seconde Guerre Mondiale.
 


380 chars français font face à 664 chars allemands. Les chars français, mieux blindés, bloquent les chars allemands pendant deux jours. Les Allemands perdent 195 chars contre 105 chars français mis hors de combat, surtout par les Stukas. La première bataille de chars de la seconde guerre mondiale se termine par une victoire française du général Prioux. Une victoire pour rien, car c’est exactement ce que voulait Hitler. Les meilleures troupes alliées stoppent 2 divisions blindées allemandes au centre de Belgique, pendant que dans les Ardennes, 7 divisions blindées se préparent à passer la Meuse près de Sedan. 
 

Le char français SOMUA S35.
Le char français SOMUA S35. © Collection privée Régis Potier


Le char français SOMUA S35 est considéré comme le meilleur blindé de l’époque. A Hannut, le général Prioux a engagé 80 chars de ce type qui ont causé de lourdes pertes aux chars allemands beaucoup moins bien blindés.

Le problème des chars français est le manque de communications. Très peu sont équipés de radio fiable alors que les chars allemands peuvent communiquer facilement et donc se réorganiser en fonction de l’évolution des combats. A Hannut, ce handicap ne fut pas insurmontable contrairement au combat de chars de Flavion quelques jours plus tard.

Premiers bombardements sur des villes du Nord


En ce dimanche de Pentecôte, Jacques Duquesne assiste avec sa famille à la messe dans l’église de son quartier de Dunkerque. Le sacristain apparaît, il est belge et il a mis son uniforme de l’armée royale. Après l’office, il part rejoindre son régiment en Belgique. Comme c’est la Pentecôte, de nombreux militaires et gradés français sont en permission spéciale chez eux pour le week-end, alors que les Allemands viennent de lancer leur offensive…

Dans tout le Nord-Pas-de-Calais, ce dimanche de Pentecôte est rythmé par les alertes et les sirènes. Pour la première fois, les survols et attaques de l’aviation allemande se multiplient tout au long de la journée. D’après la presse française de l’époque, 148 civils sont tués et 337 blessés dans ces bombardements.

Des villes comme Hazebrouck, Cassel ou Bailleul sont bombardées. Pour l’instant les combats ont lieu en Belgique mais la guerre se fait plus concrète pour les habitants de la région.

Ce 12 mai, l’agence Havas, ancêtre de l’Agence France Presse, publiait une dépêche : "Le Haut Commandement français en Belgique a érigé un mur qui arrêtera le rouleau compresseur allemand". Le piège d’Hitler s’est pourtant bien refermé sur les troupes alliées, près de Sedan.


► La suite de notre série demain avec la journée du 13 mai 1940. Vous pouvez relire les épisodes précédents dans le récapitulatif ci-dessous :
 

 
 

 

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